L’association Josette et Maurice Audin réagit au rapport Stora : «Dire les atrocités commises par la France»

Mustapha Benfodil
06 février 2021 à 10 h 32 min
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L’Association Josette et Maurice Audin a réagi à son tour au Rapport Stora, à travers un document où elle insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur l’affaire Maurice Audin et sur le sort des personnes disparues, enlevées par l’armée française.

L’Association Josette et Maurice Audin vient de réagir à son tour au Rapport Stora avec, à la clé, un document riche en propositions publié ce jeudi 4 février sur son site officiel (www.association-audin.fr). «Alors que le rapport de l’historien Benjamin Stora fait couler beaucoup d’encre et suscite des réactions contrastées, L’association Josette et Maurice Audin poursuit ses actions de rapprochement entre la France et l’Algérie, pour la vérité et pour la justice. Et met en débat ses suggestions», peut-on lire en ouverture de ce document.

Dans cette déclaration, l’association insiste en premier lieu sur la nécessité de «dire et partager la vérité sur la colonisation de l’Algérie par la France et les atrocités et injustices commises par celle-ci sur le peuple algérien». Elle plaide aussi pour l’ouverture de «toutes les archives relatives à la colonisation et la guerre d’Algérie/guerre d’indépendance algérienne».

Elle appelle en outre à «continuer à établir la vérité sur les conditions de l’assassinat de Maurice Audin et la disparition de milliers d’Algériens et de Français de cette guerre».

Autre piste suggérée : «Soutenir politiquement et financièrement toutes les initiatives citoyennes de solidarité et d’amitié entre les peuples français et algérien.» L’association Josette et Maurice Audin a été «créée en 2004 à l’initiative du mathématicien Gérard Tronel (ancien membre du comité Audin 1957-1962)».

Depuis sa création, elle milite pour faire toute la lumière «sur les circonstances de l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français et sur le lieu où sa dépouille a été enterrée». Elle se bat également pour «établir la vérité sur la disparition de milliers d’Algériens et de Français pendant la guerre» et pour «dénoncer l’utilisation de la torture comme système de terreur à l’égard de la population algérienne» durant la colonisation.

L’association n’a pas manqué de revenir sur la reconnaissance, par le président français Emmanuel Macron, du crime perpétré contre le chahid Maurice Audin, assassiné le 21 juin 1957 à Alger. Il avait été arrêté dix jours auparavant. «Le 11 juin 1957, l’armée française arrêta Maurice Audin à son domicile, avant de le torturer, l’assassiner et faire disparaître son corps» précise une rubrique consacrée à l’affaire Audin sur le site de l’association.

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Sylvie Thénault : sur la guerre d’Algérie, « parler de “réconciliation” n’a pas de sens »

L’historienne fait part de ses divergences, dans une tribune au « Monde », avec les analyses de Benjamin Stora dans le rapport sur « les questions mémorielles » remis en janvier à Emmanuel Macron.

Publié le 05 février 2021 à 01h36 – Mis à jour le 05 février 2021 à 20h27 Temps de Lecture 4 min.

Tribune. La commande à Benjamin Stora du rapport sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » repose sur un présupposé : la « guerre d’Algérie » serait l’objet d’une « guerre des mémoires » qu’une « réconciliation » franco-algérienne devrait apaiser. Il y aurait donc une fracture dans l’approche de ce passé, opposant Français et Algériens.

Ce n’est pas ce que raconte l’histoire de la guerre. En Algérie comme en France, les sociétés ont connu des clivages profonds, parfois violents, qui ont transcendé les appartenances nationales. Cette guerre n’a pas mis en présence des Français et des Algériens unis face à face, ni incapables de converger.

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Des « Européens », dans la taxonomie coloniale, ont lutté pour l’indépendance selon une conception de la nation algérienne ouverte à leur égard ; des Français ont dénoncé la torture en invoquant la République et ses valeurs quand d’autres défendaient l’œuvre coloniale ; des anticolonialistes français et des nationalistes algériens ont partagé un idéal révolutionnaire, internationaliste ; des indépendantistes se sont entre-tués. Aucune homogénéité, aucun unanimisme, donc ; cette guerre a mis les nations à l’épreuve. Rien n’est plus faux que de la penser en affrontement de deux blocs nationaux.

Le politique pour champ de bataille

Ce n’est pas non plus ainsi que les mémoires individuelles se sont construites. En France, les recherches démontrent la multiplicité des appréhensions de ce passé par les générations postérieures, les témoins disparaissant au fil du temps. Tout est possible : de la réappropriation la plus vive à l’indifférence totale, en passant par une vaste gamme complexe. La remémoration n’est pas toujours douloureuse, ni publique. Elle exprime souvent une demande d’histoire, à des fins de compréhension et non de revanche.

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Guerre d’Algérie : « Nommer les victimes de la disparition forcée vaudrait réparation symbolique »


Tribune
Malika Rahal Historienne
Fabrice Riceputi Historien

Les responsables du projet « 1 000 autres » tentent de sortir de l’anonymat les milliers de « disparus » de la guerre d’Algérie, alors que le rapport Stora remis en janvier à Emmanuel Macron recommande d’œuvrer à la publication d’un « guide » sur le sujet.

Publié le 05 février 2021 à 07h00 Temps de Lecture 2 min.

Tribune. En septembre 2018, le président français demanda pardon au nom de la France à Josette Audin, veuve du disparu Maurice Audin, et reconnut qu’un « système » avait permis le crime. Son « pardon » aurait donc pu s’adresser à toutes les autres Josette Audin. Le rapport de Benjamin Stora suggère aujourd’hui au président de reconnaître la séquestration, la torture et l’assassinat maquillé en suicide de l’avocat Ali Boumendjel. La veuve de ce dernier, Malika Boumendjel est morte en août 2020, sans avoir reçu de la France cette reconnaissance qu’elle aussi n’avait eu de cesse d’exiger. Mais des milliers de Josette Audin et de Malika Boumendjel sont toujours vivantes.

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Durant la guerre d’indépendance algérienne, des milliers d’Algériens et d’Algériennes cherchèrent désespérément à savoir quel sort avait été réservé à un de leur proche enlevé, souvent sous leurs yeux, par l’armée française. Nos archives en gardent quelques traces. Ainsi cette lettre de Mme Remil, en décembre 1958, aux autorités coloniales :

« Si mon fils vit et est emprisonné, on n’a pas le droit de me laisser ignorer l’endroit où il se trouve. Et s’il est mort, on doit me le dire également. Si l’on reprochait quelque chose à mon fils, il aurait dû être interrogé, emprisonné, jugé et enfin condamné. Mais lui, de l’instant où il a été pris, il a disparu. »

C’est seulement bien plus tard que ce mode opératoire de la répression coloniale, systématiquement employé par l’armée française à partir de 1957 en Algérie, fut condamné par le droit international. Notamment du fait de son emploi en Amérique latine, où des militaires français l’avaient enseigné : la disparition forcée est considérée aujourd’hui par l’ONU comme un crime contre l’humanité.

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Le parc Audin profané à Bagnolet

Walid Mebarek
02 février 2021 à 10 h 20 min
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Une plaque gribouillée et une autre démontée remplacée par le sigle de l’OAS (Organisation de l’armée secrète). La mémoire de Josette et Maurice Audin a été profanée à Bagnolet.

n Dans cette ville de la banlieue parisienne, à l’initiative de la composante communiste de la commune, la pose de cette plaque avait été entérinée en 2019 par le conseil municipal pour dénommer un parc.

Il s’agissait de rendre un hommage particulier au militant assassiné et à sa veuve décédée en 2019, qui avait vécu les 25 dernières années de sa vie dans la commune, se consacrant à faire éclater la vérité sur l’implication des militaires dans le meurtre de son époux en 1957.

«Ce sont sûrement des crétins qui n’ont pas aimé la publication du rapport Stora… Ils se sont rappelé qu’ils avaient perdu. Il faut vraiment être stupide pour faire une chose pareille», a déclaré Pierre Audin, le fils de Josette et Maurice.

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Pour Bagnolet en Commun, «cette souillure n’est pas anodine, elle intervient au moment où la mémoire de la conquête, de la colonisation, de l’occupation et de la guerre d’Algérie revient en débat. Les fachos de tout poil en veulent aux symboles, à celui de Josette et Maurice Audin notamment, chez nous, à Bagnolet. C’est abject, et s’indigner est nécessaire mais ne suffira pas. Après les indispensables réparations, il faudra continuer à porter, enseigner, faire vivre la mémoire d’un pan très sombre de l’histoire de France, pour la dépasser sans en oublier une seule page».

Le maire (PS) de la commune Tony Di Martino a décidé de porter plainte et a réagi sur les réseaux sociaux : «Il s’agit d’une attaque inacceptable contre les combats pour la liberté et la justice menés par les époux Audin.»

Pour les élus locaux du Parti communiste, «on voit bien que la question de la mémoire de la guerre d’Algérie est un sujet brûlant d’actualité. Des gens s’en prennent à la mémoire du couple Audin pour promouvoir une organisation terroriste», a estimé Laurent Jamet, l’élu PCF qui avait œuvré pour la création de ce lieu en hommage au couple à Bagnolet.

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Des manuels plus offensifs que les politiques : comment enseigne-t-on la guerre d’Algérie ?

Face à ce traumatisme historique, les manuels scolaires, plus courageux que les hommes politiques, ont malgré tout reflété les débats mémoriels qui agitaient la société.
Par Doan Bui

Publié le 31 janvier 2021 à 08h00

C’était une belle carte de l’empire français, avec l’Hexagone au centre et plein de points rouges dispersés : l’Indochine, Madagascar, et surtout l’Algérie. De la IIIe République de Jules Ferry jusqu’aux années 1960, elle trônait dans toutes les classes, dès le primaire.

Dans les manuels, on enseignait aux écoliers que le général Bugeaud était un grand homme de la trempe de Vercingétorix ou de Napoléon, ce héros qui avait mené la lutte contre Abd el-Kader.

« Nos mémoires d’Algérie » : 27 écrivains, artistes, intellectuels nous racontent leur histoire algérienne
La colonisation, cette geste militaire, était un élément central des cours d’histoire et du « projet d’éducation citoyenne des élèves français ». La déroute de Diên Biên Phu n’ébranlera pas le récit national, l’Indochine est si loin.

En revanche, avec l’indépendance de l’Algérie, c’est tout l’édifice, fondé sur l’apologie de la colonisation et une vision chauvine de l’histoire, qui s’effondre. « Rien ne sera jamais plus comme avant », affirme l’historien Benoît Falaize dans l’une des nombreuses études qu’il a consacrées à l’évolution des manuels d’histoire. Même si le traumatisme continuera longtemps à être évoqué par des euphémismes : « la crise », « les événements ».

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Quand la France testait des armes chimiques en Algérie

Jusqu’en 1978, seize ans après l’indépendance, les essais ont continué sur une base secrète dans le Sahara. Comme l’avait révélé « le Nouvel Observateur » en 1997.
Par Vincent Jauvert

Publié le 31 janvier 2021 à 08h00

Le nom : B2-Namous. Le lieu : un gigantesque polygone de plusieurs milliers de kilomètres carrés dans le nord du Sahara. Là, les militaires français sont restés après 1962, sous l’uniforme puis sous couverture civile, avec l’autorisation des plus hauts responsables algériens. Ce secret d’Etat avait été révélé en octobre 1997 dans « le Nouvel Observateur », au terme d’une longue enquête de Vincent Jauvert. A l’occasion de notre dossier sur « Nos mémoires d’Algérie », nous republions cet article.

C’était le plus vaste centre d’expérimentation d’armes chimiques au monde. Russie exceptée. Un polygone d’essai, comme disent les spécialistes, de 100 kilomètres de long sur 60 de large. Cette base ultrasecrète (nom de code : B2-Namous) était contrôlée par l’armée française et se situait dans le nord du Sahara, près de la ville de Beni-Wenif, en Algérie. Là, les militaires français ont mené, sous leur uniforme puis sous couverture civile, des expériences jusqu’en 1978. A B2-Namous, ils ont testé des grenades, des mines, des obus, des bombes et même des missiles, tous porteurs de munitions chimiques. Ce secret d’Etat bien gardé et révélé ici a donc tenu, fait rarissime, pendant des… LIRE LA SUITE

Un livre majeur sur les soulèvements algériens de décembre 1960

27 janv. 2021
Par François Gèze
Blog : Le blog de François Gèze

« Nous avons subi un véritable Diên Biên Phu psychologique », expliquait un officier français en décembre 1960, au lendemain du formidable mouvement populaire contre l’occupation coloniale qui venait de soulever l’Algérie plusieurs jours durant. C’est l’histoire méconnue de ce moment majeur de la guerre d’indépendance que retrace le livre (et le film) de Mathieu Rigouste, « Un seul héros, le peuple ».

Mathieu Rigouste, Un seul héros, le peuple. La contre-insurrection mise en échec par les soulèvements algériens de décembre 1960, Premiers Matins de novembre, Paris, mars 2020, 388 p., 24 €.

Voici un livre d’histoire contemporaine comme on aimerait en lire plus souvent. Son auteur, Mathieu Rigouste, se définit comme « chercheur indépendant en sciences sociales ». Il est vrai qu’après la publication d’une adaptation bienvenue de sa thèse d’État sous le titre L’Ennemi intérieur. Une généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine (La Découverte, 2009), ses engagements militants parallèles n’ont pas facilité sa recherche de poste dans l’université. Au point de le conduire à renoncer définitivement à cette quête afin de poursuivre ses recherches historiques en « free-lance », avec une rigueur méthodologique qui n’a toutefois rien à envier à celle des meilleurs historiens « académiques ». C’est ce que montre ce nouvel ouvrage, fruit d’une recherche méticuleuse de sept années, conduite en France et en Algérie, dans les archives et auprès de nombreux témoins. L’auteur y donne à voir dans son ampleur et sa diversité la réalité du formidable mouvement populaire contre l’occupation coloniale qui souleva toutes les villes du pays pendant plusieurs jours, à la mi-décembre 1960.

La mise en échec de la contre-insurrection « à la française »
L’entreprise présente un intérêt historiographique essentiel, dans la mesure où elle bat en brèche une certaine vulgate sur l’histoire de la guerre d’Algérie expliquant que, après les terribles répressions infligées par l’armée française, tout particulièrement de 1957 à 1959, le mouvement nationaliste incarné par le FL N et l’ALN était pratiquement détruit. Et que cette « victoire militaire » de la France ne serait devenue une « défaite politique » que du fait du renoncement de De Gaulle à l’« Algérie française », perçu comme une « trahison » par une majorité de colons et par une minorité significative d’officiers. Cette vulgate, longtemps dominante en France dans les quatre décennies postindépendances, a heureusement été depuis sérieusement infléchie par nombre de travaux plus rigoureux, dont ceux, à partir des années 1990, de Raphaëlle Branche, Hartmut Elsenhans, Mohammed Harbi, Gilbert Meynier, Benjamin Stora ou Sylvie Thénault.

Si ces auteurs n’ignorent pas les soulèvements de décembre 1960, force est de reconnaître que cet épisode pourtant majeur n’a pas fait l’objet d’investigations aussi poussées que nombre d’autres moments ou thématiques de la guerre d’indépendance. D’où l’importance du travail de Rigouste qui, non seulement comble utilement une sérieuse lacune historiographique, mais redonne aussi à l’événement toute sa signification politique et restitue son rôle décisif et méconnu dans le chemin encore long et douloureux qui allait conduire, dix-huit mois plus tard, à l’indépendance.

Massu, Aussaresses, Le Pen : quand « Le Monde » réveillait les mémoires sur la guerre d’Algérie
La reporter Florence Beaugé revient sur plusieurs années d’enquêtes, publiées dès 2000, et largement citées dans le récent rapport de Benjamin Stora.
Par Florence Beaugé

Publié le 26 janvier 2021 à 19h00 – Mis à jour le 27 janvier 2021 à 07h25Temps de Lecture 11 min.

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Récit. Tout commence en juin 2000. Dans l’édition datée du 20 paraît à la une du Monde un bref article. « J’étais allongée nue, toujours nue. (…) Dès que j’entendais le bruit de leurs bottes dans le couloir, je me mettais à trembler. Ensuite, le temps devenait interminable. (…) Le plus dur, c’est de tenir les premiers jours, de s’habituer à la douleur. Après, on se détache mentalement. C’est un peu comme si le corps se mettait à flotter. »

Celle qui parle, c’est Louisette Ighilahriz, une indépendantiste algérienne. Grièvement blessée après être tombée dans une embuscade de l’armée française, la jeune fille a été transférée dans l’un des baraquements de la 10e division parachutiste du général Massu, sur les hauteurs d’Alger. On est en septembre 1957. Pendant trois mois, elle sera torturée et violée par un certain capitaine Graziani. Le général Massu et le colonel Bigeard, deux figures de l’armée française, viennent régulièrement aux nouvelles. Les jours passent. Un soir, un inconnu entre dans son box. Horrifié par son état, il la fait évacuer à l’hôpital Maillot de Bab el-Oued et la sauve. De lui, Louisette Ighilahriz ne retient que le nom : commandant Richaud. Et sa fonction : médecin.

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