Didier Daeninckx donne la parole aux oubliés de l’Histoire

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l’essentiel Le romancier Didier Daeninckx publie « Le roman noir de l’Histoire », un recueil de 77 nouvelles consacrées aux soubresauts de l’Histoire, avec un H majuscule, vue à hauteur des « petites gens », oubliés des manuels et des films.

On retrouve dans le nouveau livre de Didier Daeninckx toute la sensibilité de l’auteur de « Cannibale », son empathie pour les opprimés et son horreur de l’injustice. Il présentera ce livre essentiel aujourd’hui vendredi à Ombres Blanches, une de ses « 5 librairies françaises préférées ». Rencontre.

« Le roman noir de l’Histoire » évoque ces oubliés de la grande Histoire…

Ce sont des nouvelles écrites ces quarante dernières années. Elles reflètent, en effet, mon point de vue sur la vie et la société : je suis né dans une famille qui a traversé le siècle dernier et a vécu tous ces bouleversements – la guerre de 14, le Front Populaire, la décolonisation – mais qui étaient ce que l’on appelait « des gens de peu ». Dans tous mes livres, ces gens, j’ai essayé de les mettre à l’honneur, car aucun livre ne parlait d’eux. Il a fallu attendre les « Paroles de Poilus » pour lire les témoignages des soldats de 1914 et découvrir la force de la parole du peuple. On parlait de Joffre, des maréchaux, des stratèges – jamais d’eux. Ils étaient les figurants d’un grand film, mais je dis toujours : « Enlevez les figurants, et le film n’existe plus. »

Il y a, notamment, l’histoire bouleversante de Fatima, assassinée le 17 octobre 1961…

Lorsque j’ai écrit « Meurtres pour mémoire » en 1983, je parlais de ce massacre d’octobre 1961, lorsque des Algériens furent jetés dans la Seine. Un massacre d’état, qui ne fut suivi d’aucune enquête concernant cinq morts, dont Fatima Bédar. Dans des interviews, je parlais d’elle. Puis je reçois un jour une lettre de sa sœur, Louisa, qui s’insurge contre ce que j’écris : « Fatima n’est pas morte le 17 octobre sous les coups de la police, mais elle s’est suicidée cinq jours après, on l’a retrouvée coincée au niveau de l’écluse du Canal Saint-Martin ! » Je me prends cette lettre en pleine figure, vous l’imaginez bien, mais je poursuis ma contre-enquête, avec Jean-Luc Einaudi, qui avait publié « La bataille de Paris ». Nous avons pu confirmer que Fatima, 15 ans, était bien décédée le 17 octobre 61, après avoir demandé à sa maman la permission d’aller à la manifestation contre la guerre d’Algérie. Son « suicide » était la thèse qui avait été imposée à la famille…

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