Quand le soldat Cabu croquait l’Algérie en guerre


Le Maghreb des livres expose à l’Hôtel de ville de Paris des dessins peu connus du caricaturiste assassiné en 2015.
Par Frédéric Potet

« Chercher l’argent là où il est », dessin de Cabu publié dans « La Dépêche de Constantine ». © V.CABUT
Mort le 7 janvier 2015 dans l’attentat contre Charlie Hebdo, Cabu connaissait bien le pays d’origine de ceux qui l’ont tué : l’Algérie. L’exposition « Cabu croque Constantine », présentée par le festival Le Maghreb des livres du vendredi 13 au dimanche 15 mai à l’Hôtel de ville de Paris, n’évoque nullement cette coïncidence plus dramatique qu’ironique, mais se penche sur le long séjour (vingt-sept mois) que le dessinateur passa, dans le cadre de son service militaire, dans ce qui était alors un département français, en pleine guerre. Peu connu, l’épisode s’est avéré décisif dans la conscientisation politique de Cabu. Mobilisé à l’âge de 20 ans sans opinion affirmée sur l’armée, il deviendra sur place un antimilitariste acharné, caractère qui ne le quittera jamais par la suite et nourrira abondamment son œuvre.

De son vrai Jean Cabut, le jeune homme travaille déjà pour plusieurs journaux (L’Union, Ici Paris, Paris-Match) quand il est appelé pour servir son pays, en septembre 1958. La guerre a commencé depuis quatre ans. Entre 1956 et 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français seront envoyés en Algérie ; 25 000 n’en reviendront jamais. Parti de son fief de Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne), le soldat Cabut fera d’abord ses classes dans un régiment semi-disciplinaire de zouaves, avant d’être affecté au fort Clauzel, près de Bougie (aujourd’hui Béjaïa), puis d’être intégré au 137e régiment d’infanterie de Constantine. Il finira sa « carrière » militaire dans cette même ville en rejoignant le service cartographique du « 5e bureau d’action psychologique » au retour d’une permission salvatrice.

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Guerre d’Algérie : comment la France en est venue à tenter d’assassiner l’un de ses propres ressortissants

Cette nuit de juin 1957, la ville marocaine d’Oujda, frontalière de l’Algérie, devait être encore chaude du soleil de la journée. Ses habitants, dans les quartiers européens comme dans la médina, avaient dû laisser les fenêtres des chambres ouvertes, les rideaux flottant au gré de quelques souffles d’air.

Au centre de la cité, dans sa villa bourgeoise, le docteur Louis Tonellot, directeur de l’hôpital Maurice-Loustau, tardait à s’endormir, en dépit de l’heure avancée. Ce chirurgien de 46 ans était assis à son bureau. Il n’avait pas eu beaucoup de chemin à parcourir pour venir de l’hôpital. La maison familiale, entourée d’un grand jardin, se trouvait juste en face. Une rue à traverser, un bel escalier à gravir, et il arrivait chez lui, auprès des siens.

Les trois enfants du couple, deux garçons et une fille, dorment profondément. La petite dernière, Michèle, 6 ans à peine, a rejoint sa mère dans le lit parental. Tout semble paisible lorsque, tout à coup, une explosion retentit et fait trembler l’édifice. La bombe, deux kilos d’explosif plastique, était posée sur la terrasse des parents. La déflagration a soufflé les vitres, le mobilier et l’huisserie de la pièce. La fillette et sa mère ont été blessées par des éclats. Le père, lui, n’a rien, et peut donc prodiguer les premiers soins après s’être assuré que ses deux fils sont indemnes. A l’évidence, l’attentat visait à tuer. C’est un miracle si personne n’est mort. L’engin avait été mal orienté, conclueront les enquêteurs.

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Un fils de harki témoigne : « je suis fier du parcours de mon père »


Le Saumurois Tayeb Kacem est à l’origine d’une cérémonie organisée jeudi 12 mai à Saumur, en mémoire des harkis, ces supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie qui ont été abandonnés. Il raconte son parcours de fils de harki.

Tayeb Kacem est président de Harkis 49, une association qui défend la mémoire de ces supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie qui vécurent un drame après la fin du conflit. Tayeb Kacem organise jeudi 12 mai une cérémonie en leur hommage. Elle est doublée d’une conférence et d’une exposition.Qui était votre père ?

Tayeb Kacem : « Mon père était paysan en Algérie. Il a intégré l’armée française en 1948 et effectué la guerre d’Indochine où il a été blessé. Il est rentré en 1952. »

Et déjà à son retour, il est pris entre deux camps…

« Il a été fait prisonnier par le Front de libération nationale (FLN) qui lui a reproché d’avoir été dans l’armée française. Il s’est sauvé dans un autre village et là, il a été fait prisonnier par l’armée française qui le soupçonnait d’être du FLN. Le commandant, qui était son chef en Indochine, l’a fait libérer et lui a conseillé d’intégrer l’armée française. Il a rejoint les gardes mobiles de sécurité, des militaires dépendant du ministère de l’Intérieur. Le 21 mars 1960, il a été blessé grièvement. Il a même été déclaré mort. Notre famille vivait dans la caserne des GMS. »

« On nous a conseillé de ne pas rester là »
Quelles ont été pour vous, les conséquences des Accords d’Evian signant le cessez-le-feu en mars 1962 ?

« Un jour, nous avons découvert que tout le monde avait quitté notre caserne. Il restait quelques familles….

Saumur. Un fils de harki témoigne : « je suis fier du parcours de mon père »

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«Je suis revenu alors que 27000 autres sont morts en Algérie»


Fondateur de la section des Anciens combattants de Bourghelles à la fin des années 1970, Gérard Marcel, ancien de la guerre d’Algérie, sera mis à l’honneur ce dimanche 8 Mai.

Il a vécu ses 20 ans comme une blessure. Le jeune bourrelier (il fabriquait des harnais pour les animaux de ferme) doit se faire inspecter par une commission de révision. Les autorités militaires, les maires des environs examinent les futurs conscrits, nus comme des vers. « La maire de Bachy de l’époque, qui était une femme, s’est fait remplacer par son premier adjoint », se souvient Gérard Marcel, en évoquant Fortunée Boucq. Il ne pèse pas 50 kg mais on l’estime apte à partir combattre en Afrique du Nord.

Gérard Marcel évoque toujours ses 28 mois de service avec émotion. Ce qui l’a fait tenir: le portrait de sa fiancée, devenue sa femme, qui se trouvait au-dessus de son lit en Algérie et dans sa salle à manger aujourd’hui. Repro la Voix

« J’ai fait quatre mois de classes à Verdun, sept en Tunisie et 17 en Algérie », se souvient le Bourghellois de 85 ans. Chez les zouaves, dont il arbore la célèbre ceinture bleue, il est chargé de surveiller un pipeline dans le Sahara. « Il fallait rester immobile dans le sable par 60º C. On devait subir », se souvient-il.

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Agora. Germaine Tillion, une voix contre la torture


Les Amis de l’Humanité et l’association Germaine-Tillion rendront hommage à la résistante et ethnologue, le samedi 21 mai. Une journée pour célébrer les 60 ans de la fin de la guerre d’Algérie.

Au plus noir de la guerre ­d’Algérie, il y eut des éclairs d’humanité. L’un des plus exceptionnels porte un nom : Germaine Tillion. Dont la vie, pourrait-on dire, sans abuser de l’image, est un roman : ethnologue dans les Aurès (1934-1939), résistante au nazisme et déportée à Ravensbrück (1940-1945), de retour dans l’Algérie de la misère et de la guerre (1954-1962), une voix contre la torture jusqu’en 2000 avec l’Appel des douze, publié dans l’Humanité, qui défraya la chronique et dont l’ultime soubresaut fut la reconnaissance présidentielle, le 13 septembre 2018.

Revenir au cas Germaine Tillion, pour les soixante ans de la fin de cette dernière et sale guerre coloniale, est un rendez-vous incontournable. Les Amis de l’Humanité l’ont fixé au samedi 21 mai (15 heures) dans l’endroit même où s’est tenue la rencontre précédente, sur le même sujet, à l’auditorium du carré Pleyel (5, rue Pleyel, à Saint-Denis). L’association Germaine-Tillion sera associée à l’hommage.

Mais les Amis de l’Humanité ont une raison particulière qui motive cette invitation. L’espace, qui porte leur nom à la Fête du journal, est celui-là même qui a eu pour invitées deux femmes d’une détermination inouïe : Louisette Ighilahriz, dite Lila dans l’Armée de libération nationale, dont les révélations sur la torture et les viols subis, publiées dans le Monde du 20 juin 2000, puis dans l’Humanité du 26 juin, furent suivies de sa venue à La Courneuve, le 16 septembre 2000.

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« La guerre d’Algérie dans la BD »


Le scénariste Luc Revillon sort un ouvrage qui s’intéresse aux représentations de la guerre d’Algérie dans la BD française.

Algérie 54-62, la guerre fantôme dans la bande dessinée francophone » est le dernier ouvrage du scénariste bartholoméen Luc Révillon, paru le 15 avril.

Depuis quand vous intéressez-vous à la BD ?

Luc Révillon : « J’ai enseigné l’histoire et la géographie pendant plus de 30 ans en collège et je me servais d’albums de BD, ce qui n’était pas très bien vu dans les années 70. C’étaient alors des classiques comme Tintin ou Alix. »

Pourquoi publiez-vous un livre sur la guerre d’Algérie ?

« Il y a 10 ans, je me suis intéressé aux représentations de la guerre d’Algérie dans la BD, et il y en avait beaucoup ! J’en ai recensé 106 au 30 septembre 2021. C’était une résurgence de récits mémoriels de la deuxième et de la troisième génération des combattants. »

Que trouve-t-on dans cet ouvrage ?

« J’offre un état des lieux de la manière dont la BD d’expression française montre la guerre d’Algérie depuis 60 ans, avec des planches et des cases de bandes dessinées. J’ai aussi interrogé quatre auteurs essentiels : les français Frank Giroud, Jacques Ferrandez, Laurent Galadon, le belge Philippe Richelle. L’ouvrage est largement illustré par des extraits de BD, il comporte des écrits d’historiens spécialistes du sujet comme Benjamin Stora, Mohammed Harbi, Guy Pervillé, Raphaëlle Blanche, pour ne citer qu’eux. »

Le livre est édité chez dans la collection Mémoire Vive chez PLG Éditions. 22 €,

Ancien soldat en Algérie, il a recensé les noms de ceux qui ont sauvé les harkis des massacres

Orne. Ancien soldat en Algérie, il a recensé les noms de ceux qui ont sauvé les harkis des massacres

Guy Amand, habitant de Champcerie, dans l’Orne, s’est engagé en Algérie en 1958. Des décennies plus tard, il a recensé les noms de celles et ceux qu’il appelle les « justes » : des hommes et des femmes qui ont aidé des harkis à s’installer en France après la guerre.

Guy Amand, 82 ans, a consacré cinq ans à recenser les noms de ceux qu’il appelle les « justes » : des hommes et des femmes qui ont aidé des harkis à s’installer en France, après la guerre d’Algérie. | OUEST-FRANCE

« L’Algérie, j’en parle peu », avertit d’emblée Guy Amand. Cet habitant de Champcerie (Orne), engagé en 1958 à Reghaïa au sein d’un bataillon de parachutistes, s’est pourtant récemment replongé dans cette parenthèse douloureuse. Son idée ? Recenser, pour leur rendre hommage, le nom des Français et Françaises ayant participé au rapatriement de harkis

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Viols pendant la guerre d’Algérie, un scandale occulté

Il y a soixante ans, l’Algérie prenait son indépendance. Si beaucoup d’ouvrages et de documentaires ont été réalisés sur la guerre d’Algérie, très peu ont abordé la question du viol. Honte des anciens soldats de l’armée française, censure ou auto-censure des femmes en Algérie, Florence Gaillard a mené l’enquête sur ce sujet tabou.

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Conférence de l’historien Benjamin Stora sur la mémoire de la guerre d’Algérie

À l’occasion du 3e rendez-vous des grandes conférences, la ville de Givors accueille Benjamin Stora, un historien reconnu et spécialiste de la guerre d’Algérie.

Professeur à l’Université de Paris XIII et inspecteur général de l’éducation, il a écrit de nombreux ouvrages et essais sur l’histoire du Maghreb contemporain.

Un épisode douloureux dans les mémoires

Cette année marque le 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie et le président Emmanuel Macron a chargé l’historien d’un rapport pour tenter de guérir les blessures liées au conflit.

Cette guerre achevée en 1962 reste un épisode très douloureux dans les mémoires des familles de millions de Français et d’Algériens.

Lors de la conférence, Benjamin Stora se concentrera sur la mémoire du conflit et « sur ce qu’il a été fait et ce qu’il reste à faire ».

Une séance de dédicace ponctuera la rencontre.

Pratique : mardi 10 mai à 18 h 30 Salle de conférence de la maison du fleuve Rhône. Entrée libre.