Les poussières de sable du Sahara étaient porteuses de Césium-137, résidu d’anciens essais nucléaires français


Quand un nuage de sable jaune orangé nous rappelle le passé. Du sable ramassé dans le massif du Jura a été analysé par un laboratoire près de Rouen en Normandie. On y retrouve des traces des essais nucléaires français au Sahara au début des années 60.
Publié le 26/02/2021 à 14h18 • Mis à jour le 28/02/2021 à 08h50

Pierre Barbey est spécialiste de la radioprotection à l’Université de Caen, il est aussi conseiller scientifique bénévole du laboratoire ACRO, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest.

Le 6 février, lorsque le phénomène de nuages de sable du Sahara traverse la France, il est aux premières loges dans le massif du Jura dans le secteur de Chapelle des Bois (Doubs). “Ce jour-là, c’était très étrange, nous avons chaussé les raquettes tôt le matin, la neige était blanche, au fil de la balade tout a changé, ça a duré toute la journée. J’étais avec des amis qui étaient inquiets en voyant ces poussières ocres recouvrir le sol », raconte-t-il.

Le scientifique pense très vite que ces poussières peuvent provenir du Sahara. Sur sa voiture, avec un kleenex, il prélève un échantillon. “Je me rappelle très bien qu’il y a 30 ans au moment de la création de l’ACRO (née après la catastrophe de Tchernobyl), nous avions déjà analysé du sable en provenance du Sahara. On y avait vu des traces de Césium-137. 30 ans après, je ne savais pas si on en aurait encore des traces, à une si lointaine distance du Sahara” ajoute le scientifique.

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Programmes et manuels d’histoire: pour ces profs, voici ce qu’il manque vraiment


Décolonisations, invisibilisation, repentance : l’histoire qu’ils enseignent est l’objet de polémiques. Face à la guerre de tranchées du débat public, trois profs donnent leurs positions sur ces questions.

Par Catherine Laurent

HISTOIRE – Attention, matière sensible! Déboulonnage de statues, guerre d’Algérie, esclavage… Les débats qui animent la société, les tensions qui la fracturent et les mémoires blessées remettent régulièrement en cause l’enseignement de l’histoire à l’école, tour à tour accusé de repentance ou de ne pas représenter une partie des citoyens français.

Une question dont s’empare régulièrement la classe politique: en 2017, le candidat à la présidentielle François Fillon regrettait qu’on apprenne aux enfants à “avoir honte” de la France au lieu de “réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national”. Le candidat Emmanuel Macron avait, lui, qualifié la colonisation de “crime contre l’humanité” en pleine campagne présidentielle de 2017. En 2005, sous Jacques Chirac, l’idée d’enseigner les aspects “positifs” de la colonisation avait été inscrite dans la loi, avant d’être supprimée sous le coup des critiques.

Accorder, dans les programmes scolaires, plus de place à l’histoire de la France en Algérie

Rapport Stora, 2021

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Guerre d’Algérie : les cicatrices profondes des descendants de combattants algériens, de harkis et de pieds-noirs

Les équipes de France 2 ont rencontré un pied-noir, un petit-fils de combattants algériens et un fils et petit-fils de harkis, alors qu’un rapport portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie a été remis à Emmanuel Macron fin janvier.

Même 60 ans après, la guerre d’Algérie a laissé des cicatrices profondes dans les mémoires. Même loin des yeux, dans son cœur de pied-noir, l’Algérie est restée son pays. Jacki Malléa a quitté précipitamment cette terre natale à l’âge de 22 ans, quatre jours après la déclaration d’indépendance. « Il y avait des bruits qui couraient partout, que les Algériens allaient se venger (…). Quand j’étais dans l’avion, je me suis même posé la question, si je faisais bien de partir. Je laissais mon pays », raconte Jacki Malléa. Comme lui, 900 000 Français d’Algérie ont alors été rapatriés en France à partir de l’été 1962.

« C’est normal qu’on se révolte »
Dans la famille de Hichem Meguellatni, aussi, une partie du passé s’est envolée. Petit-fils d’ancien combattant algérien, il n’a aucune photo de son grand-père paternel. Tout a disparu avec lui, le jour de son exécution par l’armée française. La guerre, qui éclate en novembre 1954, oppose l’armée française aux partisans de l’indépendance algérienne. Les nationalistes veulent mettre un terme à plus d’un siècle de colonisation. « Tu n’as pas le droit de vivre comme tu veux chez toi. On te prend ce qui t’appartient. Les terrains, ce n’est pas à vous. C’est normal qu’on se révolte », confie Hichem Meguellatni.

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Ce que la fiction révèle sur la guerre d’Algérie

Demain, ils n’oseront pas nous assassiner, Joseph Andras a stupéfié la France lors de sa sortie – et reste également d’une pertinence frappante dans les débats nationaux sur le colonialisme d’aujourd’hui.

Dans un essai peu connu de 1947 Humanism and Terror , le philosophe français Maurice Merleau-Ponty affirmait qu ‘«une société n’est pas le temple des idoles de valeur qui figurent sur le devant de ses monuments ou dans ses rouleaux constitutionnels; la valeur d’une société est la valeur qu’elle accorde à la relation de l’homme avec l’homme. Il critiquait ce qu’il considérait comme un libéralisme français grandiose, trop épris de ses idéaux pour voir ce qui se faisait en son nom. «Pour comprendre et juger une société», a-t-il poursuivi, «il faut pénétrer sa structure de base jusqu’au lien humain sur lequel elle est construite; cela dépend sans aucun doute des relations juridiques, mais aussi des formes de travail, des manières d’aimer, de vivre et de mourir.

Merleau-Ponty écrivait à une époque de débats incendiaires parmi les intellectuels de la France d’après-guerre. Des philosophes de gauche comme Merleau-Ponty, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, se trouvant pris entre le capitalisme à l’américaine et le communisme à l’URSS, se sont demandé s’il y avait une alternative à l’un ou l’autre. ( Humanism and Terror était en partie une réponse à Darkness at Noon d’Arthur Koestler , un roman sur les procès de Staline dans les années 1930.) Des amitiés se sont formées et déchirées au cours de discussions sur l’utilisation de la violence au service de la révolution. Merleau-Ponty rompt avec Sartre et Beauvoir sur leur défense continue de l’Union soviétique.

Puis, en 1954, un autre bouleversement historique relancera rapidement le débat sur la violence, la politique et la révolution: la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Elle a provoqué ses propres divisions, notoirement entre Sartre, qui louait le potentiel émancipateur de la violence révolutionnaire – notamment dans son introduction aux Misérables de la Terre de Frantz Fanon (1961) – et Albert Camus. Camus, un pied noir algérien d’origine européenne, a d’abord soutenu que la violence pouvait rapidement se transformer en nihilisme dans The Rebel (1951); plus tard, il est monté sur un podium devant un large public à Alger pendant la guerre, proposant une «trêve civile» et demandant à la foule de renoncer au «massacre d’innocents». Son attitude hésitante à l’égard de l’indépendance algérienne suscite encore des désaccords en Algérie aujourd’hui – tout commedébats en France sur la laïcité, l’islam et les survivances coloniales de la nation.

La fiction est une manière de confronter le paradoxe de Merleau-Ponty entre l’écart des idéaux et la réalité vécue. Il peut bouleverser les dictons de notre temps et parler de nos modes de vie, d’aimer et de mourir contemporains qui ne font pas la une des journaux ou dans les discours des politiciens. Ou, comme Fernand Iveton, le protagoniste du roman de Joseph Andras de 2016, Demain ils n’oseront pas nous assassiner , traduit par Simon Leser, le dit en référence aux attitudes françaises face aux revendications d’indépendance algériennes: «Nous les mettons derrière les barreaux et abolissons leurs fêtes, dissoutes, réduites au silence, et puis nous nous tenons si hauts avec Culture, Liberté, Civilisation, ces majuscules, défilées de haut en bas.

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«Rapport Stora sur la mémoire de la guerre d’Algérie: certaines propositions seraient inadmissibles»

L’Union nationale des combattants (UNC) est une des principales associations d’anciens combattants, également ouverte aux soldats français en activité. Le général (2s) Hervé Longuet, ancien pilote de l’armée de l’air, ancien commandant de la Force aérienne de combat, préside l’UNC depuis 2019.


L’Union nationale des combattants (UNC), créée après la Première Guerre mondiale, compte parmi ses adhérents de nombreux anciens combattants d’Afrique du Nord ou leurs veuves et orphelins. Comme elle l’a fait pour leurs aînés, Poilus de 1914 ou combattants de 1939-1945, comme elle le fait pour nos soldats déployés sur les théâtres extérieurs, elle perpétue le souvenir de ces combattants Morts pour la France et reste très vigilante vis-à-vis de toute démarche qui porterait atteinte à leur honneur.

Aujourd’hui, la France et l’Algérie sont confrontées à une possible réconciliation. De part et d’autre, la barque de la mémoire est lourdement chargée. Pour l’Algérie, les 130 ans de la présence française, malgré des réalisations incontestables dans la mise en valeur du pays, se sont accompagnées d’injustices sociales et de plus 150 000 tués au terme d’une âpre guerre de huit ans.

Pour la France, la guerre d’Algérie a été un drame, laissant un goût amer né d’un mélange d’incompréhension, de frustration, d’amertume, de haines multiples. Au fil des années, on pouvait espérer que viendrait le temps de l’apaisement. Il n’en a rien été. Aujourd’hui encore, la France traîne l’affaire algérienne comme un boulet.

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Guerre d’Algérie : comment se réconcilier ?

2022 marquera les 60 ans de la fin de la Guerre d’Algérie, une guerre dont les blessures sont toujours profondes entre les deux pays. On en parle ce jeudi 18 février dans le #18H30Paca.
Publié le 18/02/2021 à 07h11

2022 marquera les 60 ans de la fin de la Guerre d’Algérie.

A l’approche de cet anniversaire, sous l’impulsion du président de la République, l’historien Benjamin Stora a rendu un rapport préconisant différentes mesures pour tenter de mettre en place des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur la délicate question de la réconciliation des  mémoires.

Sur son site internet, l’historien raconte comment il a travaillé. Il estime aussi qu’aujourd’hui en France 1 Français sur 10, soit 7 millions de personnes sont concernées directement par la guerre d’Algérie.

Ce n’est qu’une première étape. Préconisé par le rapport, une commission « Mémoire et Vérité » va être créée. Elle devrait réunir diverses personnalités déjà engagées dans le dialogue franco algérien. Charge à cette commission, d’affiner les propositions dont certaines sont déjà fortement critiquées. Cette commission sera aussi présidée par Benjamin Stora.

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Guerre d’Algérie : collecte de témoignages

Publié le | Mis à jour le

Une collecte de témoignages est organisée par une équipe de volontaires autour de l’association Histoire, Mémoire et Patrimoine à Nieuil-l’Espoir. Le président Jean-Yves Vénien explique la démarche : « Au moment où le président de la République a confié à l’historien Benjamin Stora la mission de tenter de rapprocher les mémoires française et algérienne de la guerre d’Algérie, on constate combien le sujet reste sensible des deux côtés de la Méditerranée. Pour notre part, nous ne souhaitons pas, par notre démarche, raviver des polémiques et des souffrances. En offrant la parole aux anciens d’Algérie, civils ou militaires, et à leurs proches, nous avons le sentiment de répondre à un besoin récemment exprimé de laisser une trace de cette expérience douloureuse. » Un projet similaire est en cours dans le canton de Lussac-les-Châteaux. « Contacter, écouter, transcrire avec autorisation, mais aussi respecter les silences et les contradictions. Nous qui avons rédigé les livres d’or des soldats de la Première Guerre mondiale dans les communes du canton de La Villedieu, et avons constaté combien le témoignage oral faisait défaut. Il ne faudrait pas manquer encore ce rendez-vous»
La forme finale de cette collecte sera un recueil de mémoires croisées, illustré si possible de documents personnels et contextualisé par une chronologie et un bref exposé historique. « La cohabitation de récits d’expériences, forcément très diverses selon le statut des témoins, les lieux et les dates, incitera, nous l’espérons, le futur lecteur à saisir la complexité et l’engrenage de cette page d’histoire tragique. Nous envisageons aussi une animation historique à définir (exposition, film, conférence…) quand la situation sanitaire le permettra. » Le périmètre de recherches s’étend en principe aux 16 communes du canton de Vivonne. La période de collecte s’étendra sur l’année à venir.
Tous ceux et toutes celles qui veulent témoigner sur cette période et ses conséquences ou participer à l’équipe d’animation sont bienvenus.
Les intéressés peuvent s’adresser à : Jacques Arlaud, j.arl@wanadoo.fr et Jean-Yves Vénien, jyv.venien@orange.fr

France-Algérie : quel travail de reconnaissance et de vérité ? (1)

Mercredi 17 Février 2021
Latifa Madani
Histoire et mémoire de la colonisation. Le rapport rendu par Benjamin Stora suscite de nombreuses réactions. Comment s’en saisir pour avancer sur la voie de la réparation ?

La repentance est un mot écran
Gilles Manceron Historien, membre de la Ligue des droits de l’homme

La vérité doit être dite sur la colonisation et la guerre d’Algérie, mais le terrain est miné et les mots sont piégés. Un travail est nécessaire pour que les deux sociétés aient une connaissance des réalités et de la complexité de cette histoire, mais il faut se méfier de la tendance des États à instrumentaliser l’histoire.La République doit reconnaître que la colonisation contredisait le principe de l’égalité de tous les êtres humains proclamé lors de la Révolution française. La repentance est un mot écran destiné à faire obstacle à cette reconnaissance. Il a été inventé par des nostalgiques de la colonisation pour discréditer la demande de désigner pour ce qu’elles sont les injustices et les violences coloniales ponctuées de crimes contre l’humanité.

Ce qui a fait échouer le « traité d’amitié » annoncé par Jacques Chirac avec l’Algérie, c’est le « grand écart » qu’il a tenté entre ce projet de traité et la loi sur les « aspects positifs de la colonisation » de février 2005, qui résultait d’une promesse faite en 2002 au lobby « nostalgériste » pour le dissuader de voter Le Pen au second tour de la présidentielle. L’inscription demandée par l’Algérie dans le préambule du traité des « regrets » de la France pour « les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale » ne pouvait se concilier avec la vision « civilisatrice » des « bienfaits » de la colonisation.

La remise du rapport de Benjamin Stora à Emmanuel Macron le 20 janvier a été l’objet d’une manipulation de la part de l’Élysée. Annoncée à 17 heures, elle a été précédée, dans la matinée, par la diffusion à la presse par le « conseiller mémoire » de la présidence des « éléments de langage » qu’il fallait tenir à son sujet : « Colonisation et guerre d’Algérie : ni excuses, ni repentance. » Même si on ne trouve pas ces mots dans le rapport, ce sont eux qui s’y sont trouvés accolés alors que les préconisations de Benjamin Stora ouvrent sur la perspective non d’une « réconciliation », mais d’un apaisement des mémoires.

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Accès aux archives ‘secret-défense’ de plus de cinquante ans : « Toute la machine est enrayée »

12/02/2021
Par Anne Fauquembergue

Entretien | Alors que la parole officielle encourage l’accès aux archives dans la foulée du rapport Stora sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie », l’Association des archivistes français dénonce une restriction « inadmissible » dans l’accès aux documents secret-défense de plus de 50 ans.

L’Association des archivistes français, l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur, l’Association Josette et Maurice Audin et une quarantaine de personnes en leur nom propre ont déposé mi-janvier un recours devant le conseil d’État. Alors que les archives classées ‘secret-défense’ de plus de 50 ans sont librement communicables, ils dénoncent l’application stricte d’une mesure réglementaire qui oblige à une procédure de déclassification de ces documents. Cette procédure est inscrite dans l' »IGI 1 300″, l’instruction générale interministérielle numéro 1 300 issue des services de Matignon. De fait, elle bloque l’accès aux archives classées ‘secret-défense’ de plus de 50 ans et entrave les travaux de recherche sur la période 1934-1970.

Éclairage avec Céline Guyon, archiviste, maître de conférences associée à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB) et présidente de l’association des archivistes français (AAF).

Avant d’entrer dans les motifs de votre recours, pourriez-vous nous rappeler quels types de secrets sont définis dans la loi et quelles obligations s’y rapportent ?

Globalement, nous avons une loi sur les archives qui cherche à maintenir un équilibre entre la protection des secrets et le nécessaire accès aux archives produites par l’administration pour le travail historique. Les  archives publiques, c’est-à-dire l’ensemble des documents, mais aussi des données produites par l’État et par l’ensemble des administrations et des collectivités locales, sont librement communicables.

Il y a un principe fort inscrit dans la loi de libre accès aux archives, sauf exceptions. Parmi celles-ci, vous avez le secret commercial et industriel qui est protégé pendant vingt-cinq ans, le secret de la vie privée qui est protégé pendant cinquante ans et en ce qui nous concerne, le secret de la Défense nationale qui est également protégé pendant cinquante ans.

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