Un film pour raconter une partie de la guerre d’Algérie

Samedi, la médiathèque L’Arc-en-ciel propose une séance gratuite de cinéma. Le film projeté, réalisé par Dorothée-Myriam Kallou, a pour titre À Mansourah, tu nous as séparés.

Il revient sur un épisode méconnu de la guerre d’Algérie, lorsque 2 350 000 personnes ont été déplacées par l’armée française dans le cadre de la lutte contre le Front de libération nationale (FLN). Forcées de quitter leur lieu de résidence, elles ont été regroupées dans des camps. Malek Kallou est retourné à Mansourah, son village natal, accompagné de sa fille, Dorothée-Myriam, pour revenir sur cet épisode historique que la plupart des jeunes ignorent malgré les terribles bouleversements qu’il a causé. La projection sera suivie d’un temps d’échange avec Malek Kallou.

Samedi 16 novembre, à 20 h, à la médiathèque. Gratuit. Réservation obligatoire au 09 67 04 68 78 ou directement à la médiathèque.

« Harkis, quand la France abandonne ses enfants »

Aujourd’hui dans Affaires sensibles, l’histoire de Français que la France a oubliés : les harkis. Invitée Fatima Besnaci-Lancou, spécialiste de la guerre d’Algérie et co-fondatrice de l’association Harkis et droits de l’Homme.

« Harki. Nom masculin. Militaire servant dans une formation militaire – appelée harka – pendant la guerre d’Algérie ». Mais aussi, par extension « Membre de la famille d’un harki ou descendant d’un harki ». C’est la définition que donne le Larousse, suggérant ainsi que le qualificatif se transmet par le sang, de génération en génération. Un mot singulier, puisqu’il désigne encore aujourd’hui des centaines de milliers de Français alors que les harkis, ces militaires engagés aux côtés de la France en Algérie, n’ont été soldats, de fait, que pendant la guerre.

Réfugiés en France à partir de 1962, ceux que l’on appelle alors « Français musulmans rapatriés », ne forment pas tout de suite une communauté. C’est l’accueil que leur réserve la France qui va les souder autour d’une histoire partagée : celle de l’exclusion et du silence. Une histoire qui serait sans doute restée longtemps enfouie, s’il n’y avait pas eu les enfants de harkis : brisés, révoltés, engagés, ils vont se battre pour être entendus et reconnus.

Des montagnes de Kabylie au Massif Central, des camps de transit aux HLM de banlieues, c’est ce combat, celui des harkis et de leurs enfants, que nous allons raconter aujourd’hui.

invitée Fatima Besnaci-Lancou

Notre invitée, Fatima Besnaci-Lancou, est Docteur en Histoire contemporaine, spécialiste de la guerre d’Algérie, co-fondatrice de l’association Harkis et droits de l’Homme. et membre du Conseil scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur les harkis.

EN SAVOIR PLUS

PARUTION : « MARRAINE DU DJEBEL »

Préface Benjamin Stora
Isabelle Laurent

À vingt ans, Pierre Simon quitte ses Vosges natales et la ferme familiale pour débarquer en Algérie, aux côtés d’autres soldats venus des quatre coins de la métropole, tous appelés à la fin des années 50, dans le cadre de leur service national, à renforcer la présence militaire en Algérie. Le 11 février 1958, il écrit sa première lettre à Georgette Kollmann. La correspondance entre Pierre et Georgette courra tout au long des 21 mois de mobilisation du jeune homme. Au retour de la guerre, nombre de ces correspondances se sont poursuivies et se sont concrétisées par un mariage. Le jeune soldat rejoindra sa marraine de guerre, devenue entre-temps institutrice, dans ses forêts de Moselle, et dont les mots finiront par le sauver.Photos et lettres à l’appui, Isabelle Laurent retrace l’histoire de ses parents, Pierre Simon et Georgette Kollmann, et à travers elle, l’histoire de toutes ces jeunes femmes – institutrices, infirmières, agricultrices, étudiantes, ménagères – qui, par leurs lettres, ont soutenu toute une génération d’appelés du contingent pendant la guerre d’Algérie.

« Voici le merveilleux livre d’un amour qui se construit doucement entre une jeune institutrice et un jeune soldat, perdu au milieu de la guerre d’Algérie. Le récit progresse en partie par le dévoilement progressif de lettres intimes, pleines de vérités, d’émotions contenues. (…) Souvenirs emmurés, que les enfants de ceux du contingent commencent peu à peu à découvrir. Des textes qui valent pour hier, mais aussi pour toujours, c’est-à-dire pour aujourd’hui. Des écrits de toutes les guerres. » Benjamin Stora

Isabelle Laurent est auteure pour la jeunesse.

Broché – format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-84186-917-6 • 4 avril 2019 • 240 pages
EAN PDF : 9782347001667
EAN ePUB : 9782347016814

Roman: « Mon père, ce tueur », de Thierry Crouzet, l’autre face de la médaille militaire

Mercredi 6 novembre 2019 / Danièle Secrétant

Mon père, ce tueur. Il faut être très courageux, ou poussé par une absolue nécessité, pour écrire ce genre de récit-témoignage, qui n’a laissé que très peu de place à la fiction, dit Thierry Crouzet. Mon père était un tueur, annonce-t-il avec calme, avec même un certain étonnement dans la voix. Tel qu’il en parle, il ne s’agit pas d’un psychopathe, il s’agit d’un homme à la personnalité complexe embarqué dans une histoire elle aussi complexe : la guerre d’Algérie. Il s’agit de l’histoire partielle d’une lignée d’hommes portés vers la violence, de génération en génération.

Factuel publiera, dans les jours à venir, une chronique sur le dernier ouvrage de Thierry Crouzet, un récit très autobiographique : Mon père, ce tueur, sorti en août 2019, édité par La manufacture de livres. Un récit, une interrogation majeure, à partir d’une histoire de violence individuelle, de crainte d’une transmission familiale de cette violence, en guise d’héritage. Qui était cet homme, qui était ce père, ce tueur ? C’est aussi une histoire de violences collectives avec pour contexte, la guerre d’Algérie. C’est enfin une histoire de l’addition de ces violences, vécue par un enfant, par un adolescent, décryptée plus tard par un homme.

L’auteur a accepté de témoigner pour Factuel. Ou plutôt, d’expliquer comment l’enfant qu’il fut a vécu sous l’ombre d’un père qu’il voyait comme un surhomme, beau, grand, costaud… Il explique comment, brutalement, l’image du père s’est effritée, pour laisser place à celle d’un homme terrifiant. Il décrit le lent cheminement de l’écriture de cette histoire, vers l’acceptation de son édition.

« Il m’est difficile de mesurer combien cette pression qui a longtemps pesé sur moi m’a façonné. Je reste encore souvent sur la défensive, méfiant, sur le qui-vive, surtout quand je suis au milieu d’une foule. Ce n’est que seul, dans la nature, que je me sens libre, soulagé, protégé » a écrit Thierry Crouzet. Une nature dans laquelle il se réfugie grâce à de très longues randonnées à vélo, une nature qui lui permet de tenir à distance les démons qui encore parfois viennent le mettre à l’épreuve, il le reconnaît. Quand on a grandi dans une ambiance de violence, sans pouvoir identifier ce mal dans lequel sa famille baignait, il est difficile de se défaire de certaines pulsions vers la colère, vers l’agressivité. Thierry Crouzet dit qu’il a appris à se connaître, à sentir venir cette « chose » qui rampe en lui, qu’il a appris à la maîtriser, à ne pas passer à l’acte.

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André Maurel : « Quand j’étais en Algérie, je me sentais comme l’occupant »

 

  • Écrit par  Philippe Amsellem
  • lundi 4 novembre 2019 16:18

Au printemps 1956, André Maurel a fait partie des 2 millions de Français appelés qui ont traversé la Méditerranée pour prendre part à la guerre d’Algérie. Ce Toulonnais témoigne dans le documentaire « Algérie, la guerre des appelés », diffusé dimanche 3 novembre sur France 5.

Comme André Maurel, nombreux sont les appelés du contingent français à être partis en Algérie entre 1954 et 1962, la fleur au fusil. Sans penser au fait qu’ils s’impliquaient en réalité dans une guerre coloniale, celle d’Algérie. Un an après la reconnaissance par Emmanuel Macron du recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, et à l’occasion des 65 ans du début de cette boucherie (500 000 morts), André Maurel, qui fait partie des témoins d’Algérie, la guerre des appelés, se confie sur les sentiments qui l’ont habité pendant cette période. Mais également a posteriori, dans la mesure où son jugement a quelque peu évolué. Retour sur certains des « dilemmes moraux », comme le suggèrent les réalisateurs du documentaire (Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman), auxquels il a été confronté.

Pour quelles raisons avez-vous voulu témoigner dans ce documentaire ?

André Maurel : Je n’ai pas parlé de la guerre d’Algérie pendant longtemps. Je me suis dit qu’il y avait quand même eu, du côté français, 30 000 morts. Pas plus tard qu’hier, mon voisin de 35 ans ne savait même pas qu’il y avait eu la guerre en Algérie. Je voulais témoigner pour qu’il reste une trace de cela. Je veux éviter l’oubli. Moi, je suis né en 1932. À l’époque, la France était en compétition avec les Anglais pour qui aurait le plus d’empires coloniaux. Sur les livres de géographie, on voyait qu’ils avaient plus de territoires conquis que nous. J’allais là-bas en me disant qu’il fallait conserver nos biens.

Pourquoi n’avez-vous pas parlé de ce que vous avez vécu en Algérie, bien avant aujourd’hui ?

A.M. : J’avais peur de passer pour un bouffon, un va-t-en-guerre. C’était un traumatisme. J’étais tireur au fusil-mitrailleur. Mon pourvoyeur, celui qui me portait une musette de chargeurs, s’est fait plomber à deux mètres de moi. Et j’en ai vu d’autres tomber. J’étais en fait un civil habillé en fusilier marin. La guerre d’Algérie est un épisode important de ma vie. C’est la première fois qu’on essayait de me descendre. J’avais 24 ans à ce moment-là. C’est un épisode de ma vie post-traumatique.

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Témoignage sur la guerre d’Algérie. « Nous étions des chasseurs, les fellagas le gibier »

Au printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Deux millions de français, âgés d’à peine vingt ans, ont traversé la Méditerranée pour une opération de maintien de l’ordre, appelée à devenir la guerre d’Algérie.

Parmi eux, Jean-Pierre Crépin, né le 17 octobre 1937 à Lisieux (Calvados). Jeune instituteur, il avait réussi à retarder son départ en obtenant un sursis d’un an en prenant une « inscription factice » à la faculté. Il quitte finalement Granville en septembre 1958 pour Guingamp (Côtes d’Armor), son lieu de convocation, « sans savoir que c’était pour partir en Algérie. » Il prend le bateau à Marseille, « encore en civil. Nous étions 3 000 à bord. »

Pacifiste au sein d’un commando

Ce n’est qu’une fois arrivé à Alger qu’il revêt les habits militaires, pour être intégré au 9e régiment des zouaves. Il fait ses classes quatre mois en Kabylie. « En tant qu’instituteur, j’aurai dû faire une école d’officier mais j’ai refusé, explique ce pacifiste, qui avait manifesté contre cette guerre. Je faisais alors partie des rares privilégiés à être préparé mentalement à ce qu’il allait m’arriver, en lisant notamment La Question, d’Henri Alleg, interdit à l’époque, et les journaux (Témoignage Chrétien, France Observateur) qui tentaient de rendre compte de la réalité. »

« Nous étions chasseurs de gibier »

Après ses classes, Jean-Pierre Crépin est envoyé dans un commando de chasse en zone interdite, dans le massif montagneux de l’Ouarsenis, au sud d’Alger, dans le cadre de la mise en place du plan Challe. Ce plan avait pour objectif de détruire les unités de l’Armée de libération nationale (ALN) de l’intérieur, d’occuper de façon permanente leurs positions, et de démanteler l’organisation politico-administrative du Front de libération nationale (FLN). « Ces zones interdites, parfois équivalentes à un département français, étaient vidées complètement de leur population qui trouvait refuge dans des camps. Nous étions des chasseurs qui chassaient le gibier, en l’occurrence les fellagas (combattants du FLN). » Au sein de ce commando, Jean-Pierre Crépin côtoient des harkis (supplétifs dans l’armée française), « des volontaires payés pour rapporter de l’argent dans leur famille ».

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Parution « Mon père, ce tueur »

« J’ai toujours eu peur de mon père. Je savais qu’il avait déjà tué au cours de la guerre d’Algérie. J’étais persuadé qu’il pouvait recommencer. »

Thierry grandit dans l’ombre glaçante de Jim, élaborant des scénarios de fuite et se barricadant toutes les nuits dans sa chambre. Quelques années après la mort de ce père menaçant, le fils se plonge dans les photographies et les carnets où Jim ne parle que de la guerre. Il décide de partir à la recherche du fantôme, de retrouver par les mots celui qui avait été un jeune garçon à qui l’on avait appris à être un tueur. Car pour se garder de transmettre l’héritage de la violence, il faut en connaître la source.

Thierry CROUZET

Né à Sète en 1963, Thierry Crouzet devient journaliste dans diverses revues d’informatique et publie des textes en ligne. Il se consacre à la littérature noire et à d’autres littératures de genre ainsi qu’à des récits ou essais sur notre rapport aux nouvelles technologies. Mon père, ce tueur est son premier roman de littérature blanche.

Sortie de « À Mansourah, tu nous as séparés »

 

Pendant la guerre d’Algérie, 2 350 000 millions de personnes ont été déplacées par l’armée française et regroupées dans des camps. 1, 175 000 ont été forcées de quitter leur lieu d’habitation.

De retour à Mansourah, son village natal, Malek collecte avec Dorothée-Myriam, sa fille, une mémoire historique, que la plupart des jeunes ignorent et qui pourtant a été sans précédent dans les bouleversements qu’elle a causés à cette Algérie rurale. 

Dans le village, fille et son père interrogent ce silence intime.

RENCONTRE ET TÉMOIGNAGES À LA MAIRIE DU XIXe

À l’occasion du 65e anniversaire du début de la guerre d’Algérie, le Comité d’entente des anciens combattants, à l’initiative de son président Jean-Claude Tallarini   et l’Union Départementale de Paris (UDAC) présidée par Jean-Pierre Leclerc, ont organisés le 17 octobre 2019 à la Mairie du XIXe une « Rencontre -Témoignage ».
Cette demi-journée a reçu le concours de l’Office National des Anciens Combattants Victimes de Guerre (ONACVG), représenté par Hervé Serrurier, conseiller-mémoire et de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie (EPHMGA)- son président, Jean-Pierre Louvel (2), en assurant l’animation. Mme Teyssédre, chargée de mission auprés du Maire et l’équipe technique municipale ont accueilli dans la Salle des Fêtes prés de quatre vingts personnes de toutes générations.
En introduction, Tramor Quemeneur (4), historien chargé de cours à l’université Paris VIII, membre du conseil d’orientation du Musée National d’Histoire et d’Immigration (MNHI) rappela le long cheminement historique, politique, économique, culturel et sociétal qui conduisit l’Algérie à cette guerre.
La seconde partie permit à des acteurs de ces périodes d’évoquer leur propre histoire. Ainsi Roger Barbieux, officier appelé du contingent, président des ACPG-CATM de Paris, Maryse Prévost, née en Algérie et son mari Claude Prévost (3), président de l’ARAC-Paris et ancien appelé ont apporté leur témoignage sur leur vécu et les circontances qui les aménérent à vivre des épisodes tragiques.
La parole fut donnée à la salle ce qui permit un échange animé chargé parfois d’émotion selon les personnalités.En effet, l’assistance était très éclectique composées de responsables culturels du monde littéraire et théatral, de l’enseignement, d’étudiants de Sciences-Po dont le programme comporte cette page d’histoire, d’anciens combattants, de leurs veuves, de représentants associatifs issus des conflits antérieurs.
Parmi les personnalités participantes, la présence de M. Saïd Boudaoud, Ministre plénipotentiaire de l’ambassade d’Algérie à Paris fut particuliérement remarquée et appréciée.
Le reportage photographique a été assuré amicalement par Jean-Yves Jeudy membre du Comité d’entente.
La clôture de cette rencontre revint à M. Mahor Chiche, adjoint au maire, M. François Dagnaud, chargé de la mémoire et des relations avec le monde combattant. Il remercia l’assistance et les intervenants, rappelant l’intérêt d’organiser de tels événements qui contribuent à la transmission de la mémoire, un objectif concrétisé par cette journée et auquel la municipalité est très attachée.
Jean-Pierre LOUVEL

(Photos : Jean-Yves Jeudy)

 

 

DIFFUSION EXCEPTIONNELLE : « ALGÉRIE, LA GUERRE DES APPELÉS »

« Ils avaient 20 ans et leur insouciance s’est consumée dans les Djebels. Deux millions de Français ont traversé la Méditerranée pour une opération de maintien de l’ordre qui est devenue la Guerre d’Algérie. »

Printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Sans expérience de la vie, ces jeunes hommes sont confrontés à des dilemmes moraux auxquels aucune autre génération n’avait eu à répondre et leur insouciance va se consumer dans une entreprise dont personne ne connaissait le but. 

Après des décennies de silence, à l’heure du bilan de leur vie, ils libèrent leur parole. À partir de leurs témoignages et d’images amateurs inédites, Algérie, la guerre des appelés, un documentaire en deux parties, raconte l’épreuve qu’ils ont traversée.

Compétition FIPA DOC 2019
Sélection documentaire national

DIFFUSION

© ftv

Une soirée documentaire

Dimanche 3 novembre à partir de 20h50 sur France 5,
les deux films à la suite

à l’occasion du 65e anniversaire du début de la guerre d’Algérie

LES ÉPISODES

LE BOURBIER Épisode 1 (durée 68’21)

©Whatsupfilms

1956, 10 ans après la fin de la guerre, le temps est à l’insouciance. Mais de l’autre côté de la méditerranée l’Algérie s’embrase et le contingent est envoyé en masse pour une simple « opération de maintien de l’ordre ». Pour la plupart des appelés, c’est un premier voyage, une aventure. Mais sur place, ils sont plongés dans un conflit dont ils découvrent la violence. Dès l’arrivée, la différence de niveau de vie entre certains Européens et les Algériens en interroge beaucoup sur le but de cette guerre. Dispersés ensuite sur l’ensemble du territoire, piégés à la poursuite de rebelles insaisissables, ils sont condamnés à vivre sous une menace permanente.

L’incertitude de la guerre, son absurdité apparente, la disparition de copains et l’isolement se conjuguent alors pour dessiner une vie en pointillé où disparaissent les repères.

L’HÉRITAGE

Épisode 2 (durée : 61’16)

© Whatsupfilms
4 ans après le début de la révolte en Algérie et 2 ans de guerre à outrance, pas un canton de France qui ne compte son jeune homme « mort pour la France ». Alors qu’une majorité de Français est désormais favorable à une solution négociée en Algérie, sur le terrain, les 400 000 hommes du contingent se sont enlisés dans une sale besogne aussi vaine, ingrate, que dangereuse. Une sale besogne qui conduit à un engrenage implacable.

Car face à des rebelles mobiles qui se fondent dans la population, les plus hauts gradés ferment les yeux sur des méthodes déjà éprouvées en Indochine : la guerre du renseignement se gagne par tous les moyens.

Comment un simple soldat peut-il  résister ? Est-ce possible ?

Un fossé se creuse alors entre les appelés pris dans une guerre sans merci et une société française éblouie par l’embellie que promet le début des années soixante. Le silence des appelés s’installe alors, avant même leur retour définitif.

FICHE TECHNIQUE

Un film écrit et réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman

Conseiller historique Tramor Quemeneur

Documentaire en deux parties
Épisode 1 – Le bourbier – durée 68’21
Épisode 2 – L’héritage   – durée 61’16

Commentaire dit par Johanna Nizard

Musique originale Stéphane Lopez

Une production What’s Up Films (Matthieu Belghiti), avec le soutien de la Procirep Angoa, avec la participation du Centre national de cinéma et de l’image animée et de France Télévisions Année 2019

Durée du replay sur france.tv  J+7

Note d’intention des auteurs / réalisateurs

WhatsupFilms

NOTE D’INTENTION DES AUTEURS/RÉALISATEURS, THIERRY DE LESTRADE ET SYLVIE GILMAN

Quand Matthieu Belghiti nous a proposé – à Sylvie Gilman et à moi même – de travailler sur « Algérie, la guerre des appelés », un gros travail de recherches d’archives avait été réalisé par Tramor Quemeneur, historien et conseiller historique.
C’était une récolte unique de films amateurs tournés par les appelés eux-mêmes en Algérie, mais aussi des lettres, des photos. C’était un petit trésor… et nous avons pourtant hésité, Sylvie et moi. Pourquoi en effet un film supplémentaire sur la guerre d’Algérie ?  L’essentiel n’avait-il pas déjà été dit ?
Le vocabulaire de cette guerre est bien connu de tous : pacification, barricades, De Gaulle, rapatriés, putsch des généraux, OAS, Harkis, torture… Au gré de l’ouverture d’archives secrètes, du travail des historiens, les vérités enfouies ont affleuré. Qu’ajouter de plus au récit historique ? C’est à cette période là, où nous hésitions, que mon père est mort. Et alors que je mettais un peu d’ordre dans son hangar, quelques jours après la dispersion de ses cendres, j’ai trouvé sous un établi un objet tout en longueur, soigneusement empaqueté dans du papier cartonné. J’ai défait la corde qui le maintenait : c’était le fusil de mon père, canon replié. Je ne me souvenais pas de mon père se servant d’un fusil. Même pas à la chasse, contrairement à ses voisins. L’intérieur du canon était d’ailleurs recouvert de rouille. M’est alors revenu en mémoire une phrase qu’il avait maintes fois répétée, que je n’avais sûrement pas su comprendre : « Vous donnez un fusil à un homme, et ce n’est plus le même homme ». Son fusil maintenant entre les mains, j’ai compris qu’il parlait de la guerre d’Algérie. Mon père est mort sans en avoir dit plus sur sa guerre. Il est parti avec ses silences. Comme tant d’autres. Mais ce silence ne doit pas nous abuser : cette guerre a marqué toute une génération. Il m’a alors paru indispensable de faire raconter leur guerre à ceux qui étaient encore vivants. De poser les questions que je n’avais pas posées à mon père.

Sylvie, dont le père fut également en Algérie, s’est engagée dans la même démarche. Après le recueil des images, le projet du film s’est doublé d’un recueil de témoignages. Pour expliquer au mieux cette guerre, il fallait avant tout écouter ceux qui l’avaient faite, ceux qui l’avaient vécue, ceux qui l’avaient subie. Les paroles des anciens appelés que nous avons recueillies nous ont donné la certitude que ce film devait être un film de témoignages qui allaient nous permettre de faire revivre ces images. Une façon de s’approcher au mieux de la vérité de toute une classe d’âge, la dernière « génération du feu ». Avec l’idée que la multitude des visages allait donner un
visage à la guerre d’Algérie. La guerre d’Algérie, même si son récit s’est éclairé ces dernières années, demeure une zone d’ombre de notre histoire. Elle reste au cœur d’affrontements de mémoires, même à l’intérieur du pays. Si, en tant que documentariste, notre rôle est d’avancer sur ces terrains minés, une seule attitude paraît possible : adopter une démarche de vérité et d’honnêteté.

LA RENCONTRE AVEC LES APPELÉS

© Whatsupfilms
(en photo : André Maurel, un des appelés)
Tramor Quemeneur nous a donné accès à de nombreux appelés. Plusieurs sont aujourd’hui des personnages du film comme Stanislas Hutin ou Bernard Henry mort à 20 ans en Algérie. Ce dernier est présent dans le film grâce aux archives personnelles que son frère nous a confiées ainsi que les correspondances avec sa famille. Mais nous voulions avant tout rencontrer des personnes qui n’avaient encore jamais parlé. L’intention était de recueillir une parole la plus spontanée possible, en évitant les récits déjà construits, répétés maintes fois et qui risquaient de ne pas laisser place au sentiment. Nous ne cherchions pas forcément de révélations spectaculaires, nous voulions plutôt nous atteler à un travail d’archéologie. Mais une « archéologie du sentiment», pour reprendre l’expression de Ken Burns à propos de sa série « The war ». Car il s’agit avant tout de sentiments. Donc de paroles : celle des appelés. Pendant les interviews, il était très émouvant de voir tout à coup ressurgir chez ces hommes de plus de 80 ans les jeunes hommes de 20 ans. Le « jeune homme de 20 ans qui pleure encore», pour reprendre l’expression d’un appelé. De cette sincérité émerge toujours une vérité. C’est la vérité du soldat, c’est aussi la vérité du vieil homme qui cherche à se réconcilier avec le jeune homme qu’il fut. Il était évidemment très important de recueillir leur parole à la première personne. Et de centrer le témoignage sur ce qu’ils avait vécu et vu.
Dans le choix des intervenants nous avons voulu respecter un équilibre géographique, mais aussi balayer le spectre politique et social. Certains étaient professeurs, ouvriers, séminaristes, d’autres communistes, chrétiens engagés ou pour la plupart non politisés. Chacun incarnant à sa manière des « missions civilisatrices » de la France mises à mal pour tous sur place.

LE TRAVAIL DES ARCHIVES

© Whatsupfilms

Pour nous, Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, ce qu’ont vécu ces jeunes hommes de 20 ans s’apparente à une odyssée. Quitter sa famille, sa fiancée, son village, prendre un bateau pour aller de l’autre côté de la mer, affronter l’inconnu, se confronter à la guerre, aux choix moraux qu’elle impose, puis rentrer à la maison. Revenir métamorphosé. Se murer dans le silence devant la pudeur des proches et l’indifférence des autres.

Notre pari était de réaliser un film qu’avec le maximum d’archives personnelles et amateurs tournées par des soldats en Algérie. Tramor Quemeneur a effectué un travail de recherches colossal en cinémathèques et chez des particuliers. Les images tournées en 8 mm, inédites pour la plupart, participent de manière essentielle à la signature de ce film, à sa subjectivité. Si certaines d’entre elles sont remarquables, il s’agit surtout de décrire le quotidien du soldat : camions ensablés, méchouis, balades à dos d’ânes, danses et travestissements de soldats faisant les idiots devant la caméra, ennui, écriture de lettres aux familles… Loin des images de conflits et de la guerre, les appelés ont enregistré leurs souvenirs d’Algérie. Au premier abord, ces images pouvaient paraître banales. Mais une fois portées par la voix d’autres appelés, ces images ont retrouvé toute leur émotion : derrière le grain de chaque plan, on sent tout à coup le
regard de celui qui filme, la main qui tremble de celui qui tient la caméra. Ces images participent tout autant que les témoignages à cette archéologie du sentiment.

LA CRÉATION DE DÉCOR POUR LES INTERVIEWS

Le décor était essentiel pour recueillir les témoignages. Il était important de faire venir nos appelés dans un décor unique. Venir jusqu’à Paris constituait une démarche très forte qui ouvrait déjà le chemin de la parole. Ce n’est pas sans scrupules que nous l’avons demandé à tous – c’était un effort important pour certains d’entre eux qui ont une santé déclinante – mais cela nous paraissait constitutif du projet. Il fallait créer les conditions particulières pour recueillir leur parole. La scénographie est minimale : un fauteuil, une lampe sur pied, une table basse et quelques éléments personnels que chaque témoin était libre d’apporter. L’important était avant tout de permettre à nos personnages de pouvoir faire ce saut arrière dans le passé. Chacun savait qu’un autre homme avant eux s’était assis sur le même fauteuil et qu’un autre homme leur succéderait. Enfin le décor unique égalise les différentes conditions sociales, comme l’armée.

NOTE DU CONSEILLER HISTORIQUE –  TRAMOR QUEMENEUR

J’ai commencé à travailler sur les appelés du contingent dans la guerre dans le cadre de ma thèse, dirigée par Benjamin Stora, qui portait plus particulièrement sur la question des désobéissances. Depuis lors, je n’ai jamais arrêté de travailler sur la guerre d’Algérie et sur les appelés. En 2010, j’avais élaboré un premier travail avec Benjamin Stora autour des archives privées et des parcours individuels. C’est le livre Algérie 54-62. Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, publié aux éditions Les Arènes. L’année suivante, j’ai poursuivi le travail avec le journaliste Slimane Zeghidour autour des photographies en couleurs prises par les appelés pendant la guerre (L’Algérie en couleurs, Les Arènes). Enfin, en avril 2018, j’ai publié un dossier dans le magazine Historia sur les témoignages d’appelés, à travers leurs lettres, leurs journaux intimes, leurs photographies…

Aussi, de la photo au film amateur, il n’y avait qu’un pas. C’est pourquoi, ce projet avec What’s Up Films m’a enthousiasmé. Nous avons écumé les cinémathèques de France, lancé des appels, découvert des pépites… En creusant, j’ai pu constater qu’il existe des films qui restent dans les familles, parfois sans même pouvoir être visionnés. Mais ils sont bien là et ils ont une valeur de témoignage importante. Nous avons ainsi fait des dizaines d’heures de visionnage de ces films, repéré certains d’entre eux, effectué des recherches sur leurs auteurs et obtenu leur témoignage. Thierry de Lestrade a réalisé un immense travail d’indexation et de « découpage » des films pour en garder la quintessence.

Il fallait en plus obtenir le témoignage des appelés. Nous voulions une sorte de « film cathédrale » qui rende compte du nombre conséquent de soldats engagés dans cette guerre (près de deux millions), de la variété de leurs parcours et de l’hétérogénéité de leurs positionnements politiques passés et présents.

Beaucoup d’entre nous avons un père ou un grand-père qui a participé à cette guerre. Ces anciens combattants arrivent maintenant à la fin de leur vie. Il fallait leur donner la parole, eux qui se caractérisent en général par leur silence. J’espère que ce film apportera de nombreuses réponses aux questions qui peuvent se poser, donnera une vue la plus objective et exhaustive possible sur les parcours des appelés dans la guerre, et qu’il amènera de nombreux grands-pères à raconter à leurs petits-enfants la guerre dure à laquelle ils ont dû participer, même si c’est parfois difficile, afin de lever le voile du non-dit et de permettre de cicatriser les plaies mémorielles.