Avis de recherche de petits-enfants d’appelés en Algérie

Doctorant à Sciences Po où je travaille sur les mémoires de la guerre d’Algérie chez les jeunes, je cherche à entrer en contact avec des descendants d’anciens appelés en Algérie.
J’essaie de savoir ce que les jeunes français ont comme mémoire et images de l’Algérie française, de la guerre et de ses acteurs, d’où ils tiennent ces représentations et surtout qu’est-ce qu’ils en font.
Je travaille plus particulièrement sur les descendants de personnes ayant connu ou participé au conflit (la 3e génération, les petits-enfants de pieds-noirs, d’appelés, de harkis, de militants pour et contre l’indépendance, de Juifs d’Algérie, d’immigrés algériens etc). Je recherche en ce moment à faire des entretiens avec des petits enfants d’appelés âgés de 16 à 30 ans environ.
Je suis joignable au 06 83 11 46 45 ainsi que par email paul.morin@sciencespo.fr
Merci d’avance de l’attention que vous porterez à cette demande
Paul Max Morin

Editorial

Le monde dans sa quasi-totalité subit l’assaut d’un ennemi invisible mais dévastateur.

Permettez-moi tout d’abord de saluer le professionnalisme, le courage et l’abnégation dont font preuve celles et ceux qui veillent à notre survie et doivent sans relache affronter la dureté de la réalité .

Comment ne pas y associer celles et ceux qui nous permettent de vivre au quotidien en assurant les tâches élémentaires de notre société , des tâches essentielles qui nous paraissaient normales et qui aujourd’hui offrent un autre visage.

En quelque sorte l’ordinaire presque invisible est devenu visible !

Beaucoup de familles voient leurs proches engagés dans ce combat qui bouleversent leur vie.

Remercions les aujourd’hui mais sachons le faire plus encore demain ; nous avons une dette envers eux individuelle et collective !

L’Espace parisien regroupe des anciens combattants d’Algérie , du Maroc et de Tunisie nés entre 1932 et 1944. Une génération certes encore vaillante mais dont la tranche d’âge est une proie facile pour cet adversaire identifié mais pour lequel il n’existe pas encore d’antidote.

A tous et toutes , « anciens » , épouses, compagnes, veuves de nos camarades disparus au nom de notre association je vous recommande la patience afin de nous préserver et ainsi de nous retrouver dans des jours meilleurs.

Aux internautes qui suivent notre parcours en nous consultant et ainsi nous encouragent à poursuivre notre objectif de transmettre la mémoire j’adresse ce même message et les remercie de leur fidélité.

Prenons soin de nous et de nos proches.

Si vous me permettez un trait d’humour dans ce contexte particulier le respect des consignes « faire barrage » , « gardez les distances » nous est familier et nous revient en écho  à nous les anciens .Pardon pour ce rappel mémoriel mais l’humour est également un moyen de lutte.Nos ainés nous l’ont montré par le passé en des temps difficiles et la jeunesse n’en manque pas.

Je vous adresse mes amicales salutations.

Jean-Pierre Louvel

Président de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie

Histoire de l’édition Boris Vian, le centenaire et la censure

(…)

Malchance

Vian joue de malchance – il faut reconnaître qu’il provoque un peu le sort –, puisque, en 1954, jour de la défaite de Dien Bien Phû, il enregistre Le Déserteur, chanson écrite pour Mouloudji et narrant le refus d’un jeune homme mobilisé de prendre les armes, qui est immédiatement interdite d’antenne.

« Refusez d’obéir/ Refusez de la faire/N’allez pas à la guerre/Refusez de partir/S’il faut donner son sang/Allez donner le vôtre/Vous êtes bon apôtre/Monsieur le Président/Si vous me poursuivez/Prévenez vos gendarmes/Que je n’aurai pas d’armes/Et qu’ils pourront tirer. »

C’est entre autres à cause de ce dernier couplet que la chanson Le Déserteur de Boris Vian subit le couperet de la censure pour « antipatriotisme ». Un homme ayant reçu son ordre de mobilisation exprime, directement auprès du président de la République, son refus de partir à la guerre − « Depuis que je suis né/J’ai vu mourir mon père/J’ai vu partir mes frères/Et pleurer mes enfants » explique-t-il, préférant donc aller « sur les chemins » pour « mendier » sa vie plutôt que « tuer des pauvres gens ». C’est donc un encouragement limpide à la désertion, dans un contexte international pour le moins compliqué et délicat (guerre d’Indochine [1946-1954] et défaite de Diên Bien Phu ; début de la guerre d’Algérie [1954-1962]).

Guerre ou paix

Le conseiller municipal de la Seine, Paul Faber, est directement initiateur de l’interdiction de la chanson sur les ondes, au motif qu’elle fait insulte aux anciens combattants. Dans une lettre célèbre, Boris Vian lui répond qu’elle « a été applaudie par des milliers de spectateurs à l’Olympia (trois semaines) et à Bobino (quinze jours) depuis que Mouloudji la chante ». Il l’interpelle : « (…) vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? » Et de poursuivre un peu plus loin : « D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous — car où sera la patrie ? Ce n’est pas la terre — ce sont les gens, la patrie (le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre — et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée. » La conclusion est sublime : « Mais de grâce, ne faites pas semblant de croire que lorsque j’insulte cette ignominie qu’est la guerre, j’insulte les malheureux qui en sont les victimes (…) Et un conseil : si la radio vous ennuie, tournez le bouton ou donnez votre poste ; c’est ce que j’ai fait depuis six ans ; choisissez ce qui vous plaît, mais laissez les gens chanter, et écouter ce qui leur plaît. C’est bien la liberté en général que vous défendiez quand vous vous battiez, ou la liberté de penser comme monsieur Faber ? »

L’interdiction de diffusion sera levée en 1962, après la guerre d’Algérie, et la chanson très souvent reprise pour la cause pacifique (par Joan Baez, Serge Reggiani, Eddy Mitchell, Hugues Aufray, Juliette Gréco, etc. ; Renaud en fera une adaptation en 1983). Le sujet demeure cependant sensible, car en 1999, une directrice d’école s’est trouvée sous le coup d’une suspension pour avoir fait chanter Le Déserteur à ses élèves le jour de la commémoration de 8-Mai 1945, devant le monument aux morts.

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PALME D’OR – « Les Parapluies de Cherbourg », l’amour en chanson

© Ciné Tamaris

Le Festival de Cannes n’aura pas lieu. En tout cas pas en mai. Et pas sous la forme que l’on connait. La rédaction vous propose une sélection non exhaustive de Palmes d’or qui ont jalonnées l’histoire du festival depuis sa création. En 1964, Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy fait le pari gagnant d’un film coloré, tout en chansons, sur l’histoire d’un amour manqué.

En 1964, Jacques Demy connaît son premier succès auprès du grand public. Le réalisateur de Lola (1960) et La Baie des anges (1963) révèle Catherine Deneuve dans le rôle de Geneviève, une adolescente rêveuse de dix-sept ans qui tombe enceinte de son petit-ami Guy (Nino Castelnuovo). En 1957, le jeune homme est contraint de partir pour son service en Algérie. Forcée de rester aux côtés de sa mère (Anne Vernon) dans une petite boutique de parapluies de la ville, Geneviève rêve du retour de son petit ami. Pour elle, sa mère a d’autres projets.

En rendant à Marc Michel le rôle de Roland Cassard, Demy fait un clin d’oeil à Lola, son premier long-métrage. Fidèle au poste, Michel Legrand revient pour sa troisième collaboration et signe un motif mémorable auquel le film doit beaucoup. En quelques notes, toute la mélancolie prend corps. Il y a dans Les Parapluies de Cherbourg les occasions manquées qui sont chères à Demy. Du début à la fin, la tragédie s’annonce. Les retrouvailles n’auront pas l’effet escompté. Les deux amants sont cantonnés à répéter un même air, la promesse d’un futur qui n’est pas le leur.

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Malek Bensmaïl. Cinéaste majeur : Le cinéma donne à voir nos échecs et nos réussites, c’est du politique

Les films de Malek Bensmaïl, cinéaste majeur, sont visibles sur internet, même ceux interdits en Algérie et en France comme le Grand Jeu pour ne pas déplaire à Bouteflika et ne pas égratigner le locataire de l’Elysée d’alors. C’est l’occasion de revenir sur sa filmographie qui développe une très aiguisée critique sur l’état du pays tant par rapport à sa tumultueuse histoire qu’au temps présent, une situation rendue dans toute sa complexité, ce qui fait des films des œuvres foisonnantes qui ont été primées par au moins un prix. Aborder son œuvre à deux voix, la sienne et la nôtre, sur le mode de l’échange plutôt que de l’interview, nous a paru tout indiqué.

-Dans votre filmographie, vous avez réalisé des documentaires de deux types. Les uns pourraient être classés dans un format proche de celui de la télé et les autres de celui de cinéma. Ces derniers sont plutôt des docs de création…

Disons que ce qui prime, c’est l’idée d’abord de faire des films afin d’enregistrer une mémoire collective. Le documentaire, pour moi, c’est la narration du réel. Après je ne me focalise pas sur un certain style.

Chaque sujet doit trouver sa forme, son questionnement. Il n’y a pas de style TV ou cinéma à mon sens, il y a une écriture qui s’adapte au sujet même du film. Je pense qu’il est plus important de raconter les strates de notre pays et sa complexité, que de se focaliser sur son propre style. Certains sujets comme l’enfance, la folie,  la presse, la famille, sont filmés dans un style de cinéma direct et poétique, d’autres films, plus dans l’intimité d’un témoignage (politique et historique) relèvent d’une narration apparemment plus classique mais qui en fait travaillent plus en profondeur les témoignages (La Bataille d’Alger, un film dans l’Histoire, Algéries(s) ou Boudiaf, un espoir assassiné).

Ce qui est le plus important, à mon sens, et de questionner les thèmes importants et les mutations de notre société et ainsi d’archiver peu à peu, au fil des années une mémoire collective algérienne. Cela me semble plus passionnant que d’archiver son propre style et au final s’enfermer dans son propre musée, non ? Pour moi, ça en deviendrait lassant.

J’essaye donc de renouveler les écritures selon les sujets abordés. Donner à écouter les voix des militants de la guerre (exemple le film Guerres secrètes du FLN en France) me permet de filmer au plus près les visages et une histoire incroyable en allant chercher des archives, quasi dans l’épure, alors que filmer une classe et des enfants dans un village des Aurès («La Chine est encore loin»), ouvrent les possibilités des espaces, des paysages et des mises en scène. C’est le même style mais avec des ingrédients et matières différents.

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La mort du photographe Marc Garanger

En 1960, le photographe, envoyé en Algérie pour son service militaire, avait pris des photos marquantes de la répression et des femmes dévoilées de force. Il est mort le 27 avril, à l’âge de 84 ans.

Par

Le photographe Marc Garanger a fait des milliers d’images, mais ce sont celles qu’il a prises pendant la guerre d’Algérie qui resteront dans les mémoires : alors jeune appelé, il est l’un des rares photographes professionnels à fixer sur pellicule les atrocités de l’armée française. Il a aussi réalisé des milliers de portraits de femmes algériennes, le regard révolté. Le photographe est mort le 27 avril à 84 ans.

Gêné par un lourd bégaiement, Marc Garanger voit d’abord dans la photographie un moyen de s’exprimer sans mots. Dès 17 ans, il photographie la nature, les bistros, les petits vieux de l’Eure où il est né. Un voyage en Afrique, en 1957, lui ouvre les yeux sur son époque : « J’ai découvert les colonies, les gens n’y parlaient que d’indépendance », racontera-t-il au Monde.

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Guerre d’Algérie: la France ouvre une partie des archives sur les disparus

Texte par : Magali Lagrange

Depuis le début de la semaine, une centaine de dossiers d’archives concernant les disparus de la guerre d’Algérie (1954-1962) sont accessibles au public, sur décision du gouvernement français. L’arrêté, publié dimanche au Journal Officiel, prévoit une « dérogation destinée à faciliter l’accès aux archives publiques relatives aux disparus de la guerre d’Algérie conservées aux Archives nationales ». Ces dossiers ont été établis par une commission créée en 1957 pour enquêter sur la répression militaire et les disparitions au cours de la bataille d’Alger (de janvier à septembre 1957).

La mémoire de la guerre d’Algérie et la question des disparus sont des sujets sensibles, des deux côtés de la Méditerranée. Depuis des années, les Algériens demandent à avoir accès à ces archives.

En septembre 2018, Emmanuel Macron a reconnu la mort de Maurice Audin – mathématicien et militant pour l’indépendance, disparu en 1957 en Algérie – « sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ». Le chef de l’Etat français s’est aussi engagé à garantir la libre consultation des archives concernant les disparus du conflit (dont le nombre reste aujourd’hui encore difficile à établir), qu’ils soient civils ou militaires, Français ou Algériens.

Des questions sensibles

L’historien Benjamin Stora, auteur du livre « Une mémoire algérienne », paru aux éditions Robert Laffont, constate que la France ouvre petit à petit ses archives sur ces questions sensibles. Il y voit quelque chose d’important pour les chercheurs français et algériens.

« Il faut se féliciter du fait que progressivement, l’Etat ouvre ses portes sur ces questions-là. Mais on n’a pas encore ouvert les archives de la guerre d’Algérie sur le modèle de la Seconde Guerre mondiale, par exemple », explique l’historien. « Ce sont des ouvertures qui se font très souvent sous la pression des associations, des intellectuels, des historiens, des familles », précise-t-il.

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La France ouvre des archives sur les disparus de la guerre d’Algérie

Cette ouverture permettra d’approfondir les connaissances sur la guerre d’Algérie, sur laquelle perdurent beaucoup de mythes, salue un historien.

Le 14 avril 2020 à 19h41

Une avancée de plus dans le travail de mémoire. Le gouvernement français a ouvert l’accès à une centaine de dossiers d’archives sur les disparus de la guerre d’Algérie (1954-1962), selon un arrêté paru au Journal Officiel repéré par le journal L’Essor de la gendarmerie.

Cet arrêté publié dimanche prévoit la libre communication de dossiers sur les disparus du conflit, actuellement conservés aux Archives nationales.

Ces dossiers ont été établis par la « commission de sauvegarde des droits et libertés individuels », précise l’arrêté. Cette commission, créée en mai 1957 par le président du Conseil Guy Mollet, avait pour mission d’enquêter sur la réalité de la répression militaire et sur l’existence de tortures et de disparitions durant la bataille d’Alger (janvier-septembre 1957).

Le devoir mémoriel ravivé par Macron

Depuis le début de son quinquennat, le président Emmanuel Macron a mené plusieurs actions mémorielles pour tenter de guérir les blessures que traîne la société française depuis la guerre d’Algérie.

Il a notamment honoré les harkis, ces combattants algériens ayant servi la France puis qui ont été abandonnés par Paris dans des conditions tragiques. Il a aussi reconnu que Maurice Audin, mathématicien pro-indépendance disparu en 1957, é tait bien « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ».

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« Fils de Harki en équipe d’Algérie » : Les révélations d’un ancien international

Dans Sports

L’ancien international algérien du début des années 80, Abdelmadjid Bourebbou, s’est exprimé lundi 6 avril, dans un long entretien accordé au quotidien sportif La Gazette du Fennec, sur l’affaire dite des « fils de harkis » en équipe d’Algérie 1982. Bourebbou a révélé qu’il n’a jamais caché le fait qu’il soit lui-même « fils de harki,  mais non pas harki ».

L’ancien attaquant de l’équipe d’Algérie s’est exprimé sur la polémique autour de la convocation de plusieurs joueurs franco-algériens à la veille de la Coupe du Monde 1982 en Espagne. Il indique que « la majorité des joueurs ou du staff nous ont accueilli à bras ouverts et sans polémiques. Mais c’est vrai qu’il y avait aussi d’autres gens qui nous voyaient autrement. Certaines personnes avaient peut-être peur pour leur place et donc ne voyaient pas nos arrivées d’un bon œil », a-t-il déclaré.

Concernant l’affaire dite des « fils de harkis » parmi ces joueurs binationaux qui ont représenté l’Algérie à la Coupe du Monde 82, Abdelmadjid Bourebbou a déclaré, « oui je suis fils de harkis, et non je ne l’ai pas caché. À l’époque, on avait appelé Abdelmadjid Bourebbou, parce qu’il était Algérien et bon footballeur ».

« Je suis fils de harki et non pas harki »

Aussi, l’ancien joueur de Laval en France a indiqué que « si à l’époque, on m’avait posé la question, j’aurais répondu comme je vous réponds aujourd’hui. Oui, je suis fils de harki et non pas harki (…) Mon père qui est décédé, je ne le renie pas, » explique t-il.

Abdelmadjid Bourebbou, natif de la ville d’Arris, à Batna, révèle une anecdote, « Mustapha Ben Boulaïd, le grand Moudjahid algérien, était mon voisin. Je l’ai toujours dit, et je vous le dis encore aujourd’hui, si à l’époque de la guerre d’Algérie, j’avais 5 ou 6 ans de plus, j’aurais pris les armes aux côtés de Mustapha Ben Boulaïd », a-t-il conclu.

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« Requiem pour une République »

Avec son premier roman « Requiem pour une République » (Gallimard), Thomas Cantaloube décroche cette année le prix Quais du Polar- « 20 Minutes ».

En cette période de confinement, la rédaction de « 20 Minutes » vous conseille vivement de lire ce polar passionnant où se croisent personnages historiques, truands cabossés et grands manipulateurs.

Des conditions particulières. Cette année, en raison des mesures de confinement imposées par le gouvernement pour enrayer la pandémie de coronavirus sur le territoire, le festival Quais du Polar s’est déroulé de façon virtuelle le week-end dernier. Ce qui n’a pas empêché Thomas Cantaloube de décrocher le Graal en s’adjugeant le prix des lecteurs Quais du Polar- « 20 Minutes » pour son roman policier Requiem pour une République (Gallimard). Un premier roman et un coup de maître à l’arrivée.

L’écrivain-journaliste plonge de façon envoûtante les lecteurs à la fin des années 50. Retour à l’automne 1959. La guerre d’Algérie fait rage. A Paris, dirigé d’une main de fer par le préfet Maurice Papon, un avocat proche du FLN se fait assassiner. Son épouse et ses enfants n’échappent pas non plus au massacre. Voilà pour le point de départ du récit au cours duquel trois destins vont rapidement s’entremêler. Ceux de trois hommes que rien ne permet de rassembler. Trois personnages, animés par des convictions différentes et des parcours de vie, radicalement opposés.

Collabo, trafiquant de drogue et flic inexpérimenté

Antoine Carrega, ancien résistant corse a quitté le maquis pour s’installer dans la capitale et faire écouler discrètement quelques cargaisons de drogue dans le milieu. L’un de ses amis, beau-père de la victime, le charge de faire la lumière sur ce meurtre et d’en trouver l’auteur. Sirius Volkstrom est lui aussi déterminé à débusquer le suspect. Mais pas pour les mêmes raisons. Cet ancien collabo, habitué à effectuer les basses besognes pour les officiels au pouvoir, possède une longueur d’avance. Il connaît l’identité du tireur, qui s’est évaporé dans la nature. Mais peine à lui remettre la main dessus. Et pourtant, il doit s’assurer de liquider le félon afin de l’empêcher de balancer le nom des commanditaires.

Du côté de la police chargée de mener l’enquête, Luc Blanchard, jeune flic naïf et idéaliste, fraîchement débarqué à la brigade criminelle, va vite comprendre que ses supérieurs ne vont pas lui faciliter la tâche en cherchant à brouiller les pistes. Et que les ordres pourraient même venir de bien plus haut.

Miterrand, Papon et Le Pen s’invitent dans le récit

Trahisons, revirements de situation, alliances improbables, les trois protagonistes vont s’affronter à distance, se mettre des bâtons dans les roues pour finalement s’unir au fil des 500 pages du récit que l’on dévore littéralement. Un récit dans lequel on croise Papon, Mitterrand, Le Pen, Pasqua.

Thomas Cantaloube enchaîne les chapitres subtilement, sans laisser de place à l’ennui ou la lassitude. Il parvient à mêler la fiction et les faits historiques sans dérouter le lecteur, happé par le scénario et l’intensité de personnages complexes mais fouillés. Barbouzes, truands au code d’honneur… Les salauds du départ finissent par émouvoir, révélant progressivement une part d’humanité que l’on pensait secrètement enfouie. Sans que l’histoire ne tombe dans la mièvrerie. Bien plus qu’un roman historique, Thomas Cantaloube signe là un véritable polar, passionnant et instructif. A coup sûr, la révélation de l’année.