Extraits de la conférence de Jean-Charles Jauffret

EVENÉMENT 50e ANNIVERSAIRE DU CESSEZ-LE-FEU EN ALGÉRIE

GUERRE D’ALGÉRIE : FORUM DES ÉCRIVAINS
DU 26 AU 28 OCTOBRE 2012 À LA MAIRIE DU Ve ARRDT
TOUT LIRE SUR LA GUERRE D’ALGÉRIE

EXTRAITS DE LA CONFÉRENCE JEAN-CHARLES JAUFFRET
« À LA DECOUVERTE DU CONTINGENT/CONTINENT DES APPELÉS
ET RAPPELÉS DE LA GUERRE D’ALGÉRIE »

Débat animé par Jean-Pierre FARKAS


FDE_CONFJAUFFRET FRAKAS
Jean-Charles Jauffret et Jean-Pierre Farkas

L’ARMÉE FRANÇAISE

« C’est la dernière armée de masse. L’ensemble des anciens de cette guerre d’Algérie, tous bords confondus, portent en eux la revendication que l’on reconnaisse qu’ils ont souffert, que ce n’était pas une partie de plaisir et qu’ils ont fait leur devoir. C’est un sentiment qui fédère à peu près tout le monde. Vous avez vingt ans, vous partez pour des opérations de pacification et de maintien de l’ordre. Et vous arrivez là-bas et on vous flingue ! Vous vous apercevez que c’est une véritable guerre ! Comment voulez-vous expliquer ça à votre retour ? À l’époque des yéyés, des blousons noirs et des scoubidous ? C’est impossible. Alors vous finissez par vous taire. D’où le stress post-traumatique. Il y a des images que l’on ne peut absolument pas digérer. »

LES TÉMOINS

« Vous, les anciens combattants, vous êtes à la fois des hommes-silence et des hommes-mémoire. Alors arrive la soixantaine et la question : qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? “Dis papi t’as fait quoi pendant la guerre d’Algérie ?” Et là c’est le déclic. D’ « homme-mémoire », vous devenez témoin. On peut dire que les témoins d’aujourd’hui s’expriment mieux qu’ils ne le faisaient il y a une vingtaine d’années. J’en suis à mille témoins interrogés. Les plus difficiles à interroger sont les sous-officiers d’active qui ont l’impression qu’on ne les comprendra jamais. La guerre d’Algérie est une véritable accumulation de souffrance. C’est pour cette raison qu’il faut écouter tout le monde ! »

FDE_CONFJAUFFRETLE PARADOXE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE

« Ce paradoxe, c’est bien sûr d’avoir perdu moralement, politiquement, diplomatiquement, mais gagné militairement. Souvenez-vous qu’en 1960, aux jeux olympiques de Rome, lorsqu’un Français gagne une médaille d’or en saut d’obstacle, le public conspue la Marseillaise. À l’ONU nous n’avions que deux alliés : l’Afrique du sud et Israël. »

LES HARKIS

« Au sujet des harkis, c’est la grande honte de la cinquième République d’avoir créé ces camps épouvantables, qu’on a cachés pour y placer des gens qui ont été d’anciens citoyens français, ils l’ont été au moins entre 1958 et 1962. »

LES INSOUMIS

« En dehors de ceux qui ont oublié leur convocation sous les drapeaux – ils sont environ dix mille – il y avait aussi les véritables insoumis qui ne se présentent pas devant le Conseil de Révision. L’excellent travail de Tramor Quémeneur a permis de les chiffrer entre huit cent soixante-dix et mille. On avait aussi très peu de déserteurs. L’armée en a déclaré en tout et pour tout 374. C’était se condamner à une vie de paria et d’apatride. Dans tous les cas il fallait un courage politique énorme pour s’opposer aux ordres militaires. Il y avait également les soldats du refus. Ils sont quarante. J’ai pu interviewer seize d’entre eux. Ils écrivaient au Président de la République : «Je ne combattrai pas un peuple qui se libère. Je veux bien porter l’uniforme, mais pas les armes.» Il leur est arrivé plein de choses. Certains sont allés au bagne de Timfouchi, dans l’extrême sud-ouest algérien, sans barbelé ni miradors, entouré par trois cents kilomètres de désert total. D’autres, plus gênés, m’ont raconté qu’après avoir connu bagnes et pénitenciers, ils se sont retrouvés pendant un an, en Corse, dans un bagne qui s’est avéré être… un véritable camp du Club Méditerranée, dans un cadre magnifique, munis d’un seul harpon en guise d’armes et passant leurs journées à construire des cabanes au bord de la plage. Ils devaient juste aller pointer à la gendarmerie une fois par semaine. Mais ils ne comprenaient tout simplement pas pourquoi l’armée, après leur avoir fait connaître les bagnes et la prison, leur faisait maintenant terminer leur guerre dans cet endroit paradisiaque. Comme quoi, en ce qui concerne la guerre d’Algérie, il n’y aucune vérité absolue, uniquement des expériences humaines exceptionnelles. »

UN BILAN

« Quand j’ai posé la question à tous ceux que j’ai pu interroger de savoir ce qu’ils ont gardé en mémoire de la guerre d’Algérie, voilà ce que ça donne après dix-huit ans d’enquête auprès des anciens combattants d’Algérie : 3% estiment avoir défendu la patrie, 5% se sont déclarés fiers de leur œuvre accomplie, 20% estiment avoir faut leur devoir, 19% estiment qu’on leur a volé leur jeunesse et qu’on leur a fait faire des choses effroyables, 20 % ont le sentiment d’un sacrifice non reconnu, et plus de 20 % jugent que leur séjour en Algérie fut totalement inutile. »

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*