Des «archives citoyennes» pour répondre aux archives militaires interdites

7 mars 2020

À la décision du Service historique de la Défense d’interdire la consultation des documents tamponnés « secret » ou « très secret », après 1940, ce qui couvre toute la période de décolonisation, mesure discrétionnaire à l’encontre du droit des historiens à pouvoir travailler scientifiquement et des citoyens à être informés, pour la guerre d’Algérie, s’opposent les « archives citoyennes ».

Les difficultés de la recherche historique sont connues, sécheresse désincarnée et relativité des documents, approximation et partialité des témoignages, complexité des gens, des faits et des situations font que l’événement n’est jamais accessible à 360 degrés, ce sur quoi vient interférer les convictions propres de l’historien. Comme pour le journaliste, le travail de l’historien relève donc du respect du précepte d’Hubert Beuve-Méry, « si l’objectivité n’existe pas, l’honnêteté oui ». Mais les difficultés deviennent plus grandes encore quand le témoin n’est plus et que les archives ne sont pas accessibles, d’où les réactions des historiens concernés et de milliers de signataires contre la décision du Service historique de la Défense d’interdire la consultation des documents tamponnés « secret » ou « très secret », après 1940, ce qui couvre toute la période de décolonisation et constitue une entrave grave à la recherche historique et une peur d’assumer.

Pour s’en tenir plus particulièrement à la guerre d’Algérie, l’Histoire offre mille entrées, dont l’une, importante, est celle de la violence coloniale, ce à quoi visent plus particulièrement les dispositions de non-accès aux archives. À cette mesure discrétionnaire à l’encontre du droit des historiens à pouvoir travailler scientifiquement et des citoyens à être informés, pour la guerre d’Algérie, s’opposent les « archives citoyennes ».

Le plus souvent, les horreurs de la guerre ne se dévoilent qu’au terme du conflit – au Cameroun par exemple ou restent toujours ignorées comme au Niger. Soumises à l’occupation et à la répression, ne disposant pas alors des moyens de communications aujourd’hui accessibles, les victimes éprouvent de grandes difficultés à faire entendre leurs cris. Il en a été différemment lors de la guerre d’Algérie où, dès les premières semaines du conflit, la réalité et l’indicible furent dénoncés, sous toutes ses formes et dans toutes ses applications. Il en fut ainsi grâce au travail de dénonciation mené par des Français qui, bénéficiant d’un accès à la parole alors refusé aux Algériens, furent le principal vecteur de la voix des victimes.

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