Guerre d’Algérie, d’un maquis à l’autre

Par Luc Chessel

«La Maquisarde» de Nora Hamdi questionne la place des femmes en temps de guerre dans ce huis-clos carcéral entre une paysanne et une Française pro-FLN, résistante sous l’Occupation.

En 1956, dans l’est de la Kabylie, pendant la guerre d’Algérie, la jeune Neïla (Sawsan Abès) fuit son village ratissé par les soldats français et se réfugie auprès d’un groupe de maquisards. Faite prisonnière par l’armée coloniale au cours d’un combat, elle est enfermée dans un camp d’internement où s’organisent la torture et l’exécution de femmes algériennes, et partage sa cellule avec une infirmière française, Suzanne (Emilie Favre-Bertin), engagée du côté du FLN. La Maquisarde de Nora Hamdi se concentre dès lors sur le huis-clos de leur dialogue, la rencontre entre une très jeune paysanne soudain projetée dans la guerre, et une Française un peu plus âgée, marquée par l’expérience de son engagement, quelques années plus tôt, dans la résistance contre l’occupation nazie et la collaboration. C’est leur alliance, leur entente profonde, le temps de quelques jours suspendus à un sort incertain, qui intéresse Nora Hamdi, et elle filme cette situation comme un morceau d’histoire à écrire, esquissé sur fond de multiples trahisons : celle, au présent du film, d’une «France libre» redevenue république, vite repartie torturer et tuer en Algérie, ou celle, au futur et en filigrane, d’une Algérie indépendante qui oubliera vite la place centrale des femmes dans les combats de la décolonisation (comme la France, d’après le personnage de Suzanne, l’oubliait après 1945 dans ceux de la Résistance).

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