Benjamin Stora, les deux rives de la mémoire franco-algérienne

Issu d’une famille juive de Constantine confrontée à l’exil en 1962, l’historien s’est attaché à explorer la relation franco-algérienne par le biais de la mémoire. Une dimension intime qui résonne avec le rapport qu’il doit remettre à Emmanuel Macron sur un sujet délicat : favoriser la réconciliation entre les peuples français et algérien.

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Publié le 11 décembre 2020 à 12h28

Temps de Lecture 17 min.

« Un truc de dingue ! » Benjamin Stora raffole de la formule qui se perd vite dans un rire étouffé, nuance baryton-basse. Des « trucs de dingue », l’homme peut en narrer à satiété, car avec sa vie bien remplie, exils et honneurs mêlés, militances et académies croisées, Algérie et France entrelacées, on se fait forcément un peu conteur. Ce jour-là, Benjamin Stora, cheveu en broussaille, reçoit dans son appartement vide du quartier de Montparnasse, à Paris. « Si vous préférez, on peut se voir au cimetière, c’est permis », avait-il plaisanté quand il s’était agi de trouver un lieu de rencontre.

Ce fut son domicile tout simplement, appartement dégarni par un déménagement en perspective, cartons empilés au pied de murs nus où se devinent des cadres décrochés, auréoles évanescentes d’un passé sur le départ. Il ne migrera certes pas trop loin – la banlieue sud – mais cette nouvelle transhumance lui ressemble tant. On confesse un regret, celui de ne pouvoir jauger photos, tableaux et autres bibelots dont la constellation dit en général les vies mieux que les discours. Il nous conduit pour se faire pardonner dans son bureau dépouillé où surnage un poster plissé en rouleau. Il s’agit d’une photo de famille, celle de sa branche maternelle Zaoui, fameux bijoutiers de Constantine.

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