Dominique Cabrera

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Biographie

Né en Algérie, Dominique Cabrera s’installe en France en 1962. Après des études de lettres modernes, elle entre à l’IDHEC en 1977. Elle travaille comme monteuse dans les stations régionales de FR3, tout en suivant parallèlement des cours de théâtre. En 1981, elle réalise son premier court-métrage, J’ai droit à la parole, où l’on voit comment les locataires d’une cité de transit en banlieue parisienne s’organisent. Depuis, les nombreux documentaires qu’elle a réalisés l’ont fait connaître pour le regard original qu’elle sait porter sur la vie sociale, comme pour Chronique d’une banlieue ordinaire, Une poste a La Courneuve ou encore Rester la-bas, dans lequel elle aborde l’un de ses thèmes privilégiés, les liens entre la France et l’Algérie, à travers le retour de ceux qui sont restés « là-bas ».

L’engagement, et en particulier l’engagement politique, traverse la filmographie de Cabrera, qui comprend des documentaires, des fictions et des films essais hybrides5. Selon certains critiques, Cabrera évite les jugements moraux ou idéologiques, elle aborde ses films avec lyrisme, amour et émerveillement devant la vie qui va, préférant laisser le jugement aux spectateurs6. Ses fictions portent sur le temps qui passe, la politique, l’utopie, la famille, la maternité, l’assimilation culturelle et l’identité. Les origines pied-noir de Cabrera orientent son attention vers l’histoire entrelacée de la France et du Maghreb.

Elle réalise en 1995 son premier long-métrage documentaire, Demain et encore demain, un essai autobiographique, journal intime d’une cinéaste en proie à l’angoisse et au bonheur de vivre7. Dans ce film, elle expérimente des formes, cherche son style et trouve sa voix. Chacune de ses identités (femme, mère, fille, sœur, amante) contribue à une définition croissante du rôle de la cinéaste8. Demain et encore demain est un des premiers journaux intimes tournés en vidéo à être distribué en salles en France par Maurice Tinchant6. Il représente un tournant dans la carrière de la cinéaste et entame son passage vers des fictions qu’elle tissera d’inspiration documentaire et peuplera souvent d’interprètes issus du réel. Ses longs-métrages jusqu’en 2013 et Grandir seront des fictions9.

Son premier long-métrage de fiction, L’Autre Côté de la mer (1996), porte sur le déracinement des pied-noirs exilés en 1962 et sur les Algériens contraints à l’exil par la montée du FIS dans les années 1990. Un pied-noir agriculteur qui vit toujours en Algérie (Claude Brasseur) va à Paris pour se faire opérer de la cataracte. Son jeune chirurgien (Roschdy Zem) se trouve être un Français d’origine algérienne. Le rapport entre ces deux personnages et leurs familles fait émerger les conséquences dans la vie des gens de la guerre d’indépendance et de la décennie noire de l’Algérie contemporaine. Le film sera présenté à Cannes dans la section Cinémas en France, sélectionné aux Césars et gagnera un prix d’interprétation pour Brasseur à Riga.

Les grèves de l’hiver 1995 en France à la SNCF inspirent Nadia et les hippopotames. Présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, le film intègre des éléments documentaires dans une trame de fiction : des cheminots y jouent aux côtés d’Ariane Ascaride, Marilyne CantoThierry Frémont et Olivier Gourmet10. Arte a diffusé une version courte du film sous le titre Retiens la nuit. Hélène Louvart, directrice de la photo, a gagné le prix pour l’image au festival Tous écrans de Genève.

Dominique Cabrera tourne en 2001 Le Lait de la tendresse humaine. Portée par Marilyne Canto cette histoire de baby blues reçoit un accueil critique chaleureux, qui souligne son usage de la couleur et la beauté des cadres, l’empathie avec les personnages et le portrait très vrai d’une dépression post-partum11. Les acteurs, Patrick Bruel, Maryline Canto, Valeria Bruni-Tedeschi, Olivier Gourmet et Yolande Moreau reçoivent un prix d’interprétation collective à Locarno en 2002.

Folle embellie (2004) est un film d’époque qui se passe pendant l’exode de Juin 194012. Sur ce fond tragique, Cabrera fait vivre une utopie, celle de la psychiatrie alternative dans ce conte de fées et de monstres. Un bande d’internés devant l’avancée de l’armée allemande et la désertion des responsables, s’échappe d’une asile pour errer dans la nature et trouver qui la mort, qui ?? une vie nouvelle. Dans ce film Cabrera dirige Jean-Pierre Léaud, Miou-Miou, Yolande Moreau, Marilyne Canto et Olivier Gourmet.  Elle s’est inspirée d’une histoire vraie qu’elle a recueillie lorsqu’elle travaillait à l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-aubrais comme fille de salle dans les années soixante-dix. Folle embellie, le cinquième long-métrage de Cabrera, a été présenté à la Berlinale dans la section Forum où il a gagné le prix du jury œcuménique.

En 2009, elle tourne (dans la série de France 2 Suite noireQuand la ville mord, adaptation du roman éponyme de Marc Villard avec Aïssa Maïga. Ce film est applaudi pour son portrait réaliste d’une jeune Malienne, passionnée par l’œuvre de Basquiat, asservie par un réseau de prostitution qui se libère de ses proxénètes13. Aïssa Maïga obtient le prix d’interprétation au festival Cinema e donne à Florence.

En 2012, elle réalise une coproduction entre France 2 et la Comédie-Française, Ça ne peut pas continuer comme ça, fiction politique inspirée de la crise de la dette et jouée par les comédiens de la comédie française comme Denis Podalydès, Serge Bagdassarian et Sylvia Bergé. Sylvia Bergé reçoit le prix d’interprétation au festival Cinema e donne à Florence.

En 2013 Grandir, son deuxième long-métrage autobiographique14 est sélectionné à Cannes dans la sélection de l’ACID et sort en salles15. Le film reçoit le prix Potemkine au Cinéma du réel.

En 2015, Cabrera tourne l’adaptation du roman de Maylis de Kerangal Corniche Kennedy (Canal+ Everybody on deck, Jour2fête), présenté en 2016 en ouverture du FIDMarseille et sorti en salles au début 2017. Ce film met en scène la grâce et le risque à travers les tribulations d’une bande de jeunes Marseillais des quartiers populaires que rencontre une jeune fille des beaux quartiers (Lola Créton) et qu’observent des flics de la brigade des stups (Aissa Maïga, Moussa Maaskri, Philippe Géoni). Elle y enrôle des amateurs et écrit les dialogues avec eux. Les jeunes Alain De Maria et Kamel Kadri, entraînés par le plongeur de haut-vol champion du monde Lionel Franc sont la révélation de ce film qui obtient le prix du public au festival Renc’art de Montreuil et le prix Claude Chabrol coup de cœur cinéma au festival du Croisic.

Certains comédiens, tels Marilyne Canto, Yolande Moreau, Olivier Gourmet, Ariane Ascaride et Aïssa Maïga apparaissent plusieurs fois dans les films de Cabrera. Elle est fidéle à son équipe, notamment sa chef opératrice Hélène Louvart, l’ingénieur du son Xavier Griette, l’assistante Ariel Sctrick et la compositrice Béatrice Thiriet.

Source Allôciné et Wikipedia.