II – L’immédiat après-guerre en France et en Algérie (années 60 – début des années 80)

II – L’immédiat après-guerre en France et en Algérie (années 60 – début des années 80)

  1. En France. : Amnisties et constitution de mémoires plurielles.
  • Des lois d’amnistie pour « tourner la page »

Le gouvernement de la France, celui du général de Gaulle d’abord, est pressé de tourner la page :

  • il faut apaiser les fractures d’une société divisée (nostalgiques de l’Algérie française/ anticolonialistes). Des fractures qui se sont traduites aussi par 5 attentats contre le Président de la République comme celui au carrefour du Petit Clamart[1] le 22 août 1962.
  • Il faut utiliser les ressources financières de l’Etat, libérées des dépenses de la guerre, pour moderniser le pays dans le contexte des 30 Glorieuses…De Gaulle a d’autres projets pour la France, bref « passons à autre chose… pensons à l’avenir ».

Très vite, des lois d’amnistie sont adoptées par le Parlement (article 34 de la Constitution), dès 1962, pour les actes commis pendant la guerre (avec l’amnistie, les actes perdent leur caractère délictueux, les condamnations éventuelles sont effacées du casier judiciaire et les poursuites judiciaires sont impossibles).

  • Dès le 22 mars 1962 : 2 décrets, inclus dans les accords d’Évian : « en vue de permettre la mise en œuvre de l’autodétermination des populations algériennes (…) sont amnistiées toutes infractions commises avant le 20 mars en vue de participer ou d’apporter une aide directe ou indirecte à l’insurrection, algérienne. Sont amnistiées les infractions commises dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre dirigées contre l’insurrection algérienne avant le 20 mars 1962 »

En clair : l’amnistie concerne surtout les militaires français, les anticolonialistes qui ont soutenu activement l’insurrection algérienne (ex : les porteurs de valises[2]).

Lois confirmées et complétées par les suivantes

– Loi du 17 juin 1966 amnistie l’insurrection contre le gouvernement légal, les membres de l’OAS ou ceux qui luttaient contre cette organisation

  • Loi 31 juillet 1968[3] qui permet la libération de tous les anciens dirigeants de l’OAS (par exemple : le général Salan ou le colonel Antoine Argoult, responsable des actions OAS en France, Jean Jacques Susini, co-fondateur de l’OAS etc.)

Les lois d’amnistie se poursuivent après la période gaullienne

  • 1974, Valery Giscard d’Estaing fait adopter des mesures favorables à l’indemnisation des rapatriés et, avec la loi du 16 juillet 1974, efface toutes les condamnations prononcées pendant ou après la guerre d’Algérie.
  • Enfin la Loi du 22 septembre 1982. Pierre Mauroy (1er ministre de François Mitterrand) dépose un projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord»

Cela conduit à la révision de carrière pour tous les policiers ou administrateurs civils renvoyés de la Fonction publique entre 1961 et 1963 et à la réintégration dans le cadre de réserve des 8 généraux putschistes d’avril 1961 (ils toucheront leur retraite d’officiers généraux)!

Ce projet provoque des fractures dans la majorité de Gauche à l’Assemblée Nationale (hostilité de Michel Rocard, de Lionel Jospin…). Le gouvernement est contraint d’utiliser l’article 49.3 pour faire passer le texte de loi.

En clair, toutes ces lois d’amnistie font qu’il n’y aura pas de jugement des criminels de guerre (comme il y en eut aux États-Unis à propos de la guerre Vietnam).

Ces mesures prises par l’État suscitent de vives prises de position, notamment lors de débats parlementaires à l’Assemblée Nationale, mais elles sont facilement acceptées par une majorité de Français de la métropole qui veulent tourner la page et bénéficier des extraordinaires mutations économiques des Trente Glorieuses.

Mais c’est aussi l’époque où se constituent les mémoires des vaincus. Contrairement à une idée diffusée dans de nombreux manuels scolaires, il n’y a pas silence et amnésie.

Ceux qui furent directement impliqués dans la guerre sont porteurs d’une mémoire vive… mais elles s’expriment peu sur la place publique

1.2. La constitution des mémoires plurielles

  • Les appelés du contingent

Les mémoires dépendent de l’expérience de la guerre ; d’une certaine façon il y a autant de mémoires que d’anciens combattants. Cela dépend de l’année du séjour en Algérie, du lieu d’affectation, de l’exposition au combat, de l’éventuel bagage idéologique de l’appelé etc.

On peut néanmoins dégager quelques traits dominants de ces mémoires.

La plupart des appelés du contingent, pendant la guerre, ont protégé leurs familles en ne parlant pas de ce qu’ils vivaient… ils continuent une fois démobilisés.

Ce sont de jeunes hommes qui reviennent souvent meurtris psychologiquement par la guerre : la violence qu’ils ont subie (les embuscades, la mort des copains, la peur…), la violence qu’ils ont infligée, la violence dont ils ont parfois été témoins : torture, déplacements de population (2 millions de «Français musulmans » déplacés dans des camps de regroupement afin de priver le F.L.N. de bases de ravitaillement), destruction de villages et de récoltes, bombardements au napalm…

L’historien Guy Pervillé[4] fait allusion à l’analyse du quotidien catholique La Croix (3 et 4 mars 2001) qui, à partir de lettres de lecteurs ayant participé à la guerre d’Algérie conclut qu’un tiers a gardé le souvenir d’une action désintéressée au service des populations, un tiers a considéré que la torture était un mal nécessaire pour sauver d’éventuelles victimes du terrorisme, un tiers a été révolté par l’usage de la torture.

Ils veulent désormais vivre leur vie d’hommes dans une France en pleine transformation, soucieux de se marier, de fonder une famille, de bénéficier des avancées économiques et sociales de cette période exceptionnelle des Trente Glorieuses.

Le silence relatif des anciens combattants dans l’immédiat après-guerre n’est pas total : certains publient dès cette époque des témoignages à compte d’auteur (les éditeurs n’en veulent pas), mais ils sont peu lus. Beaucoup adhèrent à des associations d’anciens combattants, dont l’action vise surtout à faire valoir des droits. Ils y fréquentent d’autres appelés.

Mais ces associations sont diverses :

  • La FNACA, plutôt à gauche[5]: fondée dès 1958, ne regroupe que des anciens soldats d’Algérie et d’Afrique du Nord (c’est donc une association spécifique)

Les buts de la FNACA sont : « entretenir et renforcer les liens de camaraderie et d’amitié entre les anciens d’Algérie, permettre la défense de leurs droits matériels et moraux ». Par exemple: obtenir le titre de combattant (et donc les avantages liés à ce statut, comme la pension), défendre les droits des veuves de guerre.

  • L’UNC, regroupe parfois des nostalgiques de l’Algérie Française et surtout d’anciens appelés qui ne veulent pas rejoindre une association comme la FNACA qu’ils considèrent trop marquée à Gauche. Elle est non spécifique à la guerre en Afrique du nord puisqu’elle a été fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale

Il s’agit d’une part de faire reconnaître le droit à réparation des anciens combattants et, plus généralement, la reconnaissance de la Nation envers ceux-ci.

Ces associations obtiennent d’ailleurs en 1974 la carte du combattant : droit de porter la croix du combattant et surtout la retraite du combattant, une demi-part pour les plus de 74 ans lors de la déclaration d’impôt et divers avantages (prêts sans intérêt, hébergement en foyer après 60 ans si manque de ressources, allocation aux veuves de guerre etc.).

Pourquoi 2 fédérations ? Parce que la lecture de la guerre d’Algérie diffère parmi les anciens combattants d’Afrique du Nord (on le verra, à titre d’exemple, à propos du choix d’une date de commémoration de la fin de la guerre d’Algérie).

 

  • La « nostalgérie » des rapatriés ou la mémoire de l’exil

« Rapatriés », voilà des gens bien mal nommés… ils rentrent dans une France métropolitaine que la plupart d’entre eux ne connaissent pas. Ils partagent le sentiment d’avoir été chassés de chez eux.

La plupart ont tout abandonné là-bas (surtout la grande masse des pieds-noirs urbains), ils arrivent en France avec quelques valises. Ils ont vécu un véritable déracinement.

Leur seule chance est de rentrer dans une France en plein essor économique capable d’absorber entre 1962 et 1964 près d’un million de pieds-noirs... pas toujours bien vus (concurrence). Beaucoup s’installent dans le sud de la France.

Ils portent le souvenir d’un pays perdu, présenté comme un paradis perdu

Ils vivent la nostalgie d’un style de vie méditerranéen (soleil, convivialité, un mode de vie spécifique, une cuisine particulière, un accent partagé, une particularité qui les caractérise par rapport à ceux qu’ils appellent les « patos », les Français de métropole, etc.)

Ils magnifient souvent les souvenirs de convivialité entre les populations européennes et musulmanes en effaçant les inégalités du temps colonial.

Ils vivent un déracinement jugé injuste car ils ont le sentiment d’avoir « fait l’Algérie », d’y avoir apporté le progrès.

Ils ont surtout le sentiment d’avoir été trahis par les politiques :

  • Ressentiment profond envers de Gaulle qui, selon eux, les a trahis (« je vous ai compris[6]»),
  • rejet de la Gauche vue comme favorable à l‘indépendance de l’Algérie,
  • rancœur vis-à-vis des Algériens: la France leur apportait le progrès (c’était donc une bonne affaire pour les « Français musulmans ») ; d’ailleurs de nombreux Français musulmans ont combattu les rebelles au côté de l’armée française (image idéalisée du harki présenté comme un patriote),
  • l’entente était réelle entre les diverses communautés qui se côtoyaient en Algérie (oubliant au passage que les droits n’étaient pas les mêmes),
  • la guerre était gagnée sur le terrain, ce sont les politiques qui les ont trahis et d’abord de Gaulle.

Cette image idéalisée est désignée par un néologisme : nostalgérie (la nostalgie de l’Algérie).

Certains événements occupent une place prépondérante dans leur mémoire : le discours de de Gaulle le 4 juin 1958 du balcon du gouvernement général à Alger, la semaine des barricades d’Alger en 1960, le putsch d’avril 1961 et surtout l’après 19 mars avec la fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962, le massacre de civils à Oran le 5 juillet 1962 sans que l’armée française n’intervienne et, bien sûr, l’exode vers la métropole.

Évidemment, on dégage ici une tendance générale qui masque, là aussi, la diversité des mémoires des pieds-noirs (et des pieds-noirs eux-mêmes selon qu’ils sont d’origine juive et implantés parfois depuis des siècles en Algérie ou d’origine européenne ). Si beaucoup ont considéré l’O.A.S. comme une alliée, ce ne fut pas le cas de tous.

En France, nombreux sont ceux qui se reconnaissent dans une association : L’association RECOURS, créée en 1975 (Rassemblement et coordination des rapatriés et spoliés d’outre-mer) qui défend les droits matériels des rapatriés (demande d’indemnisations par exemple).

Ils développent une culture propre teintée de nostalgie qu’expriment, par exemple, les chansons d’Enrico Macias, les sketchs comiques interprétés avec l’accent pied-noir de Robert Castel et d’Arlette Sahuquet ou des films tel Le coup de Sirocco d’Alexandre Arcady en 1979 qui raconte l’exode d’une famille pied-noir et son arrivée à Paris.

Cette mémoire est partagée par de nombreux militaires de carrière pour qui la victoire sur le terrain a été volée et qui vivent comme une blessure nationale la perte de l’Algérie.

Une mémoire proche est celle des ultras de l’Algérie française, notamment des membres de l’OAS. On verra plus loin qu’elle trouvera en partie son expression politique avec la naissance du Front National.

La mémoire discrète des harkis 

Le terme « harki » regroupe en fait différentes formations qui, à un moment ou à un autre, ont combattu aux côtés de l’armée française.

Ils sont présentés comme des patriotes par les tenants de l’Algérie française et comme des traîtres par le FLN.

Leurs motivations, en fait, étaient diverses et plus prosaïques : la misère qui pousse à s’engager pour avoir une solde, la fidélité à une autorité que l’on suit dans ses choix comme le bachaga Boualam[7], le rejet du FLN notamment quand celui-ci s’en est pris à leur famille… sans compter le ralliement de combattants de l’ALN retournés après leur arrestation ou de soldats français musulmans qui effectuaient leur service militaire…

D’autre part, ont été baptisés « harkis » de simples « Musulmans » qui n’ont pas pris les armes mais étaient en relation avec l’administration française (des fonctionnaires, un garde champêtre par exemple).

Leur drame est double : engagés dans l’armée française, celle-ci reçut l’ordre de les abandonner en Algérie après les avoir désarmés. Ils ne furent pas autorisés à venir en France. Ils ne furent pas considérés comme des « rapatriés », mais seulement « réfugiés » pour ceux qui réussirent tout de même à se réfugier en France.

Désarmés par l’armée française, ils ont vu les troupes françaises partir puis furent nombreux à être lynchés publiquement par les Algériens (des dizaines de milliers, les chiffres variant d’une source à l’autre) en violation des accords d’Evian.

Près de 40 000 réussirent cependant à gagner la France, notamment quand des militaires ont refusé d’appliquer les ordres de les abandonner.

En France ils ne furent pas les bienvenus (rejetés parce qu’Algériens, menacés par les immigrés algériens qui les considèrent comme des traîtres). Ils furent longtemps internés dans des camps de regroupement, comme à Rivesaltes où ils vécurent dans des conditions précaires.

Ils sont peu audibles car souvent ce sont des gens très modestes, peu instruits. Ce sont leurs enfants et surtout leurs petits-enfants qui prendront plus tard en charge leur mémoire et leurs revendications.

  • La mémoire des anticolonialistes

Contrairement aux trois mémoires évoquées précédemment, il ne s’agit pas d’une mémoire de vaincus. Elle ne donne pas lieu à la constitution d’associations, mais s’exprime sous d’autres formes.

Les engagements anticolonialistes de la guerre d’Algérie ne disparaissent pas au lendemain de 1962. Ils s’expriment clairement au moment des débats sur les lois d’amnistie auxquelles ils sont opposés. Il y a des débats houleux à l’Assemblée nationale.

Le cinéma exprime rétrospectivement leur vision de la guerre d’Algérie, une vision critique et dénonciatrice des actions de l’armée française[8].

On se contentera de citer quelques films

  • La Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo en 1966. Il s’agit d’une reconstitution de la bataille d’Alger.

Le film sort en 1966 et est présenté au festival de Venise où il reçoit le Lion d’or.

Le film est interdit en France et lorsqu’il sort enfin en 1970, les distributeurs arrêtent la projection en salles devant les menaces d’attentats à la bombe, en provenance de l’extrême droite.

  • Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier en 1972

Comment le chef d’un commando transforme en redoutables guerriers.

Des appelés d’abord insoumis ou peu enclins à faire laguerre.

  • A.S.,d’Yves Boisset en 1973. Un thème proche du film précédent.
  • Elise ou la vraie vie, de Michel Drach en 1970. En France, une jeune ouvrière tombe amoureuse d’un ouvrier algérien pendant la guerre d’Algérie

La diffusion d’une littérature de témoignage, en particulier d’ouvrages qui ont été interdits au moment de leur parution. :

  • Le désert à l’aube de Noël Favrelière (1960), le témoignage d’un appelé qui sauve un prisonnier de l’exécution sommaire et s’enfuit avec lui en Tunisie.
  • La question d’Henri Alleg (1958). Henri Alleg, militant communiste en Algérie, dénonce la torture contre les civils. Torture dont il fut lui-même victime.

Il y a donc bien une mémoire vive des engagements contre la guerre. La dénonciation d’une guerre colonialiste, la dénonciation des méthodes utilisées par certains éléments de l’armée française (comme la torture et les exécutions sommaires), le sort des immigrés algériens des bidonvilles.

La dénonciation des actions de l’OAS est vive. Lors des débats à propos des lois d’amnistie. C’est à cette époque que le Parti communiste commémore le souvenir des 8 morts du métro Charonne, le 8 février 1962, lors d’une manifestation (interdite en raison de l’État d‘urgence décrété depuis 1961) contre les violences de l’OAS et contre la guerre d’Algérie.

On parle donc de la guerre d’Algérie (il n’y a pas d’amnésie ou de silence). Le mot « guerre » est employé sauf sur le plan officiel (on parle d’opérations de maintien de l’ordre). Donc, l’idée selon laquelle on ne parlait plus de la guerre d’Algérie est fausse (le thème du « silence » ou de « l’amnésie » est excessif).

Par ailleurs des ouvrages grands publics racontent la guerre comme les 4 livres du journaliste Yves Courrière :    La guerre d’Algérie

  • Les Fils de la Toussaint1968
  • Le Temps des léopards1969
  • L’Heure des colonels1970
  • Les Feux du désespoir1971

Sans compter les historiens qui, dès cette époque travaillent sur la guerre d’Algérie.

Conclusion : dès la fin du conflit, la guerre d’Algérie s’inscrit dans des mémoires plurielles, parfois clairement antagonistes car elles prolongent la diversité des engagements pendant la guerre.

  1. En Algérie : la mise en place d’une mémoire officielle par le FLN

 

Le rapport à la guerre d’Algérie est évidemment d’une tout autre nature en Algérie et ceci pour trois raisons :

  • Première raison. : c’est une mémoire de vainqueurs. La guerre s’appelle, en Algérie, la « guerre d’indépendance ».
  • Deuxième raison (la plus importante)  : la guerre a été l’élément fondateur d’un État algérien, ce que l’Algérie n’avait jamais été auparavant (il y avait bien partage d’éléments culturels dont la religion, l’Islam, mais pas d’unité ethnique (Arabes/ Kabyles…) ni politique. L’histoire de l’Algérie, c’est l’histoire de tribus passées d’une domination à une autre : romaine, vandale, turque, française…

L’identité nationale a eu du mal à s’exprimer, comme en témoigne les propos de Ferhat Abbas en 1936, longtemps partisan de l’assimilation à la France :

« Si j’avais découvert la « nation algérienne », je serais nationaliste… Et cependant je ne mourrai pas pour la « patrie algérienne », parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts ; j’ai visité les cimetières : personne ne m’en a parlé. Nous avons donc écarté une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement notre avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays »

Rappel : sa position évoluera puisqu’il se ralliera au FLN dans son projet indépendantiste et sera le président du premier gouvernement provisoire de la République algérienne ( GPRA) de 1958 à 1962.

Même les limites géographiques de ce qui deviendra l’Algérie étaient problématiques. Le Sahara n’en faisait pas partie. Ce sont les colonisateurs français qui ont rattaché le Sahara aux 3 départements[9].

  • Troisième raison : C’est une mémoire confisquée par le FLN.

Les luttes de pouvoir dans l’Algérie indépendante : mise sur la touche des combattants des maquis, surtout les Wilayas III et IV, et des civils du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) au profit de l’armée des frontières du colonel Boumédienne, conduisent à l’élimination du pouvoir de Ferhat Abbas (à la tête du GPRA), puis de Ben Bella (1er président de l’Algérie indépendante) et à l’accession à la présidence de Boumediene à partir du 20 juin 1965 jusqu’à sa mort.

C’est donc un Etat politico-militaire qui s’impose et impose une histoire officielle très éloignée des réalités historiques afin d’assoir son pouvoir en Algérie

La guerre est baptisée de « guerre d’indépendance » (parfois « Révolution »)

L’histoire officielle se fixe comme projet de construire une mémoire commune qui est diffusée notamment par l’école. Quelles en sont les composantes ? :

  • Les manuels scolaires (à partir de l’équivalent de la 6e) montrent de nombreuses images, notamment des cadavres de martyrs. Aucune personnalité vivante après la guerre n’est présentée, ce qui évite de nommer ceux qui sont devenus des opposants au régime
  • C’est le FLN qui a organisé la lutte pour l’indépendance, lui seul, ce qui légitime son accession au pouvoir. Sont effacés tous les autres mouvements qui ont combattu pour l’indépendance comme le MNA. Des figures importantes de la lutte contre le colonisateur français, comme Messali Hadj (ses partisans ont été éliminés par le FLN pendant la guerre et en France aussi dans les bidonvilles) sont des traîtres effacés de la mémoire nationale.
  • La victoire fut militaire (alors que sur le terrain, à partir de 1961, l’A.L.N. était sur la défensive et ses troupes décimées)
  • Il y eut 1 500 000 Martyrs de la révolution et leurs familles (chiffre invraisemblable : 300 000 / 400 000 victimes selon l’historien Guy Pervillé dont sans doute la moitié victimes de la guerre civile. Le chiffre de 1,5 million vient d’un discours enflammé de Ben Bella lors d’un meeting à Oran en avril 1963 : « La violence coloniale (…) la barbarie française (…) qui ont détruit le pays et tué des centaines de milliers de personnes, que dis-je, un million de personnes… que dis-je un million et demi de martyrs »
  • Le travail des historiens algériens est occulté
  • Les Harkis sont présentés comme des traitres
  • Les pieds-noirs comme des maîtres absolus (« les maîtres des lieux et des dominateurs sans partage ») ; ils sont présentés comme des colons ou des militaires, c’est-à-dire comme un bloc homogène qui masque la grande diversité sociale des « Européens »
  • Aucune allusion à la population juive installée depuis des siècles sur le territoire algérien
  • Les luttes internes au FLN ne sont pas abordées
  • L’identité kabyle minimisée.

Cette mémoire officielle s’inscrit rapidement dans l’espace public : Le mémorial des Martyrs, un monument aux morts érigé à Alger en 1982 à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en mémoire des combattants de la guerre d’indépendance algérienne morts pour la libération du pays.

[1] L’attentat du Petit-Clamart (opération « Charlotte Corday) est organisé par OAS-Métropole par le lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry. Il a lieu le 22 août 1962 à Clamart dans le département de la Seine. La voiture présidentielle se dirigeait vers la base aérienne de Villacoublay d’où le Président de la République devait prendre l’avion pour gagner Colombey-les deux églises. Les 9 accusés comparurent devant la Cour militaire de justice le 28 janvier 1963. Jean-Marie Bastien-Thiry  est défendu par Jean-Louis Tixier-Vignancourt, co-fondateur du Front National pour l’Algérie Française avec Jean-Marie Le Pen en 1960 (Jean-Marie Le Pen déclara avoir voulu faire évader Bastien-Thiry).

Condamné à mort, il est fusillé le 11 mars 1963. D’autres inculpés furent défendus par Jacques Isorni, l’ancien avocat du Maréchal Pétain.

[2] Militants anticolonialistes français qui soutiennent le F.L.N. en collectant des fonds ou fournissant de faux papiers. Par exemple, le réseau Jeanson.

[3] après les événements de 1968

[4] Guy Pervillé, Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, Vendémiaire 2018, page 403.

Sur les mémoires, voir également. : Raphaëlle Branche, « Papa, qu’as tu fait en Algérie. ? ». Enquête sur un silence familial, La découverte 2020 ; Benjamin Stora, Les mémoires dangereuses, de l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui, Albin Michel 2016.

[5] La FNACA est fondée en 1958 à l’initiative d’appelés proches des partis socialiste, communiste et radical comme Jean-Jacques Servan Schreiber, fondateur du magazine l’Express).

[6] La formule utilisée par de Gaulle lors de son premier voyage en Algérie, le 4 juin 1958, devant la foule des « Européens » rassemblés sur le forum d’Alger est comprise comme un engagement à conserver l’Algérie française. De Gaulle a, par ailleurs, une seule fois à Mostaganem, le 6 juin 1958 alors qu’il est encore président du Conseil, prononcé la formule « Vive l’Algérie française ».

[7] C’est-à-dire le chef de 24 tribus arabes des Béni-Boudouane, situées dans le Ouarsenis. Il fut à la tête d’une « harka ». De 1958 à 1962, De 1958 à 1962, le bachagha Boualam est élu quatre fois vice-président de l’Assemblée Nationale française.

[8] Notamment la pratique de la torture par les D.O.P. (Dispositifs Opérationnels de Protection).

[9] Ce qui compliquera l’issue de la guerre d’Algérie, car la France voulait conserver un territoire riche en pétrole et servant de base pour les expérimentations de la bombe atomique française.