Balma : « Quand pleurent les fusils », au cœur de la guerre d’Algérie

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Comme toujours dans les romans de Jean Dupin, la réalité et la fiction ne sont jamais très éloignées. Dans « Quand pleurent les fusils », son 16e ouvrage, la guerre s’immisce dans la vie de Jacques Vénach, jeune instituteur aveyronnais. « À la sortie de l’école normale en 1956, il a vingt ans et doit partir faire l’armée en Algérie », détaille Jean Dupin. Une époque d’insouciance, où la conscription rattrape le destin de Jacques, pourtant promis à une vie de passion pour sa bien-aimée, et pour son métier. « Il faut comprendre qu’on ne savait même pas ce qu’était un fusil quand on nous a envoyés là-bas. Nous devions faire du maintien de l’ordre, mais un fusil sert à tuer des gens ! Il s’agissait en fait d’opérations de guerre », se souvient l’auteur, âgé aujourd’hui de 84 ans.

Une jeunesse broyée

Dans « Quand pleurent les fusils », le jeune héros finit par être nommé sergent, par prendre la tête de sa troupe, par faire front à l’ennemi, par côtoyer la mort. Pour autant, s’il relate la monstruosité d’un conflit qui a broyé la jeunesse, aucune haine revancharde ne perturbe le récit. Aussi, selon Jean Dupin, « à la fierté et à l’honneur de servir son pays se substituent bientôt l’angoisse, l’horreur puis l’indicible douleur ». Un héros attachant, qui sacrifiera le grand amour de sa vie pour ne pas l’entraîner dans le désespoir d’une existence brisée. Le lecteur s’embarque vite dans cette fiction historique, où l’horreur se confronte au pardon.

Une émission de télé

Pour Jean Dupin, l’écriture est souvent un déclic. À l’origine de « Quand pleurent les fusils », un programme de télévision, diffusé le 3 novembre 2019. « C’est à cette date que j’ai vu une émission qui évoquait les appelés d’Algérie, se rappelle-t-il. C’est alors que l’idée m’est venue d’écrire ce livre ». Un roman qui s’achève le 4 novembre 2019 quand, au crépuscule de son existence, Jacques voit sa vie défiler.

Publié à compte d’auteur, « Quand pleurent les fusils » de Jean Dupin est disponible sur commande : 06 73 05 41 38 ou 05 61 48 91 45.

Pour une réflexion apaisée sur la guerre d’Algérie

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« La guerre d’Algérie est-elle terminée ? ». La question, toujours sensible, sera posée, le samedi 10 octobre, au cinéma L’Utopie à Sainte-Livrade, à l’occasion d’un colloque « AlgérieS » organisé par la revue Ancrage et l’association Écran Livradais.

Des conférences avec des intervenants, une table ronde, une avant-première nationale (« Des hommes » avec Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin) suivie d’un débat, le programme du colloque (son détail est à lire ci-dessous) est bâti avec la volonté de ne rien occulter.

« Ce n’est pas une révision de l’histoire mais la volonté d’apporter une réflexion constructive, apaisée et d’aborder le sujet avec lucidité », explique Joël Combres, directeur de la publication (et créateur) de la revue Ancrage dont le dernier hors série est intitulé « Algéries ».

Pourquoi ce « s » à la fin ? L’édito y répond parfaitement : « Algéries au pluriel, orthographe symbolique pour marquer tout autant la variété des sujets abordés, la diversité de la population de l’ancienne colonie française, et la complexité d’une histoire enracinée dans la souffrance et les espoirs de celles et ceux qui l’ont écrite ».

Un sujet délicat

Ancrage œuvre pour la mémoire des métissages du Sud-Ouest avec le désir d’essayer d’avancer, de réconcilier. Ce n’est jamais simple. En novembre dernier, quelques membres de la communauté harki du Villeneuvois s’étaient élevés contre le documentaire « Résistantes » signé Fatima Sissani. Traitant de la guerre d’Algérie à travers le portrait de trois femmes impliquées dans le conflit, la projection du film était prévue dans le cadre des AOC de l’égalité, en partenariat avec Ancrage.

Face à des risques de débordement, le cinéma L’Utopie de Sainte-Livrade avait décidé d’annuler. Indignées, plusieurs associations du 47 étaient montées au créneau pour sa reprogrammation au nom de la liberté d’expression. Les neuf cinémas indépendants du 47 l’avaient alors mis simultanément à l’affiche en février dernier. « Et tout le monde a trouvé le film intéressant », fait remarquer Joël Combres. Le respect et la tolérance permettent souvent de trouver un chemin.

13 heures : accueil des participants et présentation du hors-série « AlgérieS »

14 heures : début des interventions

– Katia Khemache, docteur en histoire professeur d’histoire-géographie.

« Harkis, un passé qui ne passe pas ».

Olivier La Cour Grandmaison, politologue, maître de conférences en science politique à l’université d’Evry-Val d’Esonne.

« Le rôle des militaires français dans la colonisation de l’Algérie »

Ahmed Atlaoui, professeur d’économie, expert en relations internationales, acteur associatif, militant du rapprochement franco-algérien.

« Pari sur un avenir apaisé et constructif ? »

Gérard Gouzes, ancien président de la commission des lois à l’Assemblée nationale. Rapporteur de la loi d’amnistie dite « des généraux ».

17 heures : Table ronde animée par Patrick Figeac

19-20 heures : buffet

20 heures : court – métrage et communication sur le cinéma algérien.

20 h 30 : Film « Des hommes » en avant-première nationale. Un film de Lucas Belvaux avec Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin. Adapté du roman éponyme de Laurent Movignier.

22 heures : Débat avec l’assistance.

23 heures : clôture du colloque.

Inscription : ancragenpartage@gmail.com

> Port du masque obligatoire

> Entrée gratuite au colloque

> Limité à 100 personnes

Guerre d’Algérie, d’un maquis à l’autre

Par Luc Chessel

«La Maquisarde» de Nora Hamdi questionne la place des femmes en temps de guerre dans ce huis-clos carcéral entre une paysanne et une Française pro-FLN, résistante sous l’Occupation.

En 1956, dans l’est de la Kabylie, pendant la guerre d’Algérie, la jeune Neïla (Sawsan Abès) fuit son village ratissé par les soldats français et se réfugie auprès d’un groupe de maquisards. Faite prisonnière par l’armée coloniale au cours d’un combat, elle est enfermée dans un camp d’internement où s’organisent la torture et l’exécution de femmes algériennes, et partage sa cellule avec une infirmière française, Suzanne (Emilie Favre-Bertin), engagée du côté du FLN. La Maquisarde de Nora Hamdi se concentre dès lors sur le huis-clos de leur dialogue, la rencontre entre une très jeune paysanne soudain projetée dans la guerre, et une Française un peu plus âgée, marquée par l’expérience de son engagement, quelques années plus tôt, dans la résistance contre l’occupation nazie et la collaboration. C’est leur alliance, leur entente profonde, le temps de quelques jours suspendus à un sort incertain, qui intéresse Nora Hamdi, et elle filme cette situation comme un morceau d’histoire à écrire, esquissé sur fond de multiples trahisons : celle, au présent du film, d’une «France libre» redevenue république, vite repartie torturer et tuer en Algérie, ou celle, au futur et en filigrane, d’une Algérie indépendante qui oubliera vite la place centrale des femmes dans les combats de la décolonisation (comme la France, d’après le personnage de Suzanne, l’oubliait après 1945 dans ceux de la Résistance).

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Afrique Histoire L’actualité en Algérie Indépendances africaines « Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? » : enquête sur un silence familial

De 1954 à 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Ils ont été plongés dans une guerre qui ne disait pas son nom. Depuis lors, les anciens d’Algérie sont réputés n’avoir pas parlé de leur expérience au sein de leur famille. L’historienne Raphaëlle Branche a cherché à comprendre les raisons de ce silence familial dans son ouvrage « Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? ». Cette longue enquête auprès de nombreuses familles françaises est publiée, au moment où le président français Emmanuel Macron entend résoudre les conflits mémoriels entre l’Algérie et la France.

Raphaëlle Branche est professeure d’histoire contemporaine à l’université Paris-Nanterre. Elle vient de publier aux éditions La Découverte « Papa, qu’as-tu fait en Algérie «  Raphaëlle Branche est connue pour ses travaux pionniers sur la guerre d’Algérie et la violence coloniale. Elle a entre autres publié La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962) en 2001. L’entretien se divise en quatre périodes chronologiques : le conflit proprement dit, le retour en France, les années 1970 et les années 2000.

Essais nucléaires français en Algérie : Gerboise bleue refait surface

«Le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables…», ont écrit deux experts français en désarmement dans une tribune publiée le 14 septembre dans le journal Le Monde.

«Gerboise bleue», est le nom de code de l’opération qui avait pour but de procéder à l’essai de la première arme nucléaire à Reggane et qui fut tenue secrète. La bombe d’une puissance de 70 kilotonnes représentait l’équivalent de quatre fois celle d’Hiroshima. L’autre face, barbare, de la guerre d’Algérie, celle du passé nucléaire français est remise sous les feux de l’actualité. À travers les essais nucléaires menés au Sahara algérien dans les années soixante, une nouvelle page d’horreur vient d’être exhumée. 132 années de colonisation et de présence française en Algérie n’ont peut-être, avec ce nouvel éclairage, pas livré tous leurs secrets. Une des pages les plus sombres que l’armée coloniale a épinglé pour l’éternité sur le revers de sa vareuse. Une cocarde qui dévoile à la face du monde son côté sauvage. Le coût qu’il aura fallu en vies humaines avec des conséquences irréversibles sur l’environnement, les espaces occupés par des populations qui en portent les séquelles aujourd’hui et qui n’épargneront certainement pas leurs enfants demain, pour que la France se dote de l’arme atomique.

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Guerre d’Algérie : comment concilier mémoire familiale et histoire collective ?

La guerre d’Algérie demeure irréconciliée. En-deçà des récits officiels, le souvenir familial se transmet ou se dissimule dans l’intimité. Silencieux ou non, ces témoignages multiples voire concurrents participent d’une histoire douloureuse. Points de départ d’une histoire collective ?

Le Président de la République a confié le 24 juillet dernier à Benjamin Stora une mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie en vue de favoriser la réconciliation entre les peuples français et algérien. Dans cette optique, l’historien doit rendre des recommandations d’ici la fin de cette année.

Un ouvrage de l’historienne Raphaëlle Branche vient opportunément ajouter à la compréhension de ce phénomène mémoriel particulier : « Papa, qu’as tu fait en Algérie ?  » : Enquête sur un silence familial. Elle y a interrogé des anciens combattants français mais aussi leur famille pour mieux comprendre ce silence qui a duré si longtemps au cœur de notre société.

Comment passer des mémoires familiales à une histoire collective ?

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« Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial » par Raphaëlle Branche

De 1954 à 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Mais ils ont été plongés dans une guerre qui ne disait pas son nom. Depuis lors, les anciens d’Algérie sont réputés n’avoir pas parlé de leur expérience au sein de leur famille. Le silence continuerait à hanter ces hommes et leurs proches. En historienne, Raphaëlle Branche a voulu mettre cette vision à l’épreuve des décennies écoulées depuis le conflit.

Fondé sur une vaste collecte de témoignages et sur des sources inédites, ce livre remonte d’abord à la guerre elle-même : ces jeunes ont-ils pu dire à leur famille ce qu’ils vivaient en Algérie ? Ce qui s’est noué alors, montre Raphaëlle Branche, conditionne largement ce qui sera transmis plus tard. Son enquête suit ensuite les métamorphoses des silences et des récits jusqu’à nos jours. Elle pointe l’importance des bouleversements qu’a connus la société française et leurs effets sur ce qui pouvait être dit, entendu et demandé dans les familles à propos de la guerre d’Algérie. Elle éclaire en particulier pourquoi, six décennies après la fin du conflit, beaucoup d’enfants ont toujours la conviction qu’existe chez leur père une zone sensible à ne pas toucher.

Grâce à cette enquête, c’est plus largement la place de la guerre d’Algérie dans la société française qui se trouve éclairée : si des silences sont avérés, leurs causes sont moins personnelles que familiales, sociales et, ultimement, liées aux contextes historiques des dernières décennies. Avec le temps, elles se sont modifiées et de nouveaux récits sont devenus possibles.

Raphaëlle BRANCHE

Raphaëlle Branche, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Nanterre, est notamment l’auteure de La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 (Gallimard, 2001) et de L’Embuscade de Palestro, Algérie 1956 (La Découverte, 2018 ; première édition : 2010).

EDITORIAL

Si le confinement a été officiellement levé, il est évident que de nombreuses activités n’ont pas repris ou reprennent partiellement,voire ne pourront reprendre que plus tardivement.Dans quelle catégorie serons-nous ? Soyons optimistes ;nous ferons tout pour nous retrouver en septembre.

Dans un précédent message,je saluais l’engagement de celles et ceux qui assuraient notre survie ainsi que ceux et celles qui contribuaient à notre vie au quotidien. Il est important de ne pas oublier leur dévouement , leur prise de risque en faisant en sorte que nos applaudissements d’hier et les promesses faites se concrétisent par la prise en compte de leurs légitimes revendications individuelles et collectives.Ils ont vécu des moments terribles et leur parole aujourd’hui est une mise en garde face à un avenir incertain.

Par respect pour leur travail,nous devons conserver une grande prudence et continuer à respecter des régles simples même si elles sont contraignantes afin de ne pas être pris au dépourvu.On ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain.

L’Espace parisien qui regroupe les anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de Tunisie déplore la disparition de plusieurs d’entre eux,victimes du virus ou trop atteints pour résister à la maladie qui les affectait déjà. Leurs épouses et compagnes ont été également touchées. Nous saluons leur mémoire comme nous avons une pensée pour toutes et tous ceux,connus et inconnus qui ont succombé à cette pandémie.

Notre association avait programmé une série d’actions mémorielles que nous avons dû reporter et qui à ce jour sont encore dans l’incertitude.Nous avons cependant tenu à faire en sorte d’être présents en activant le site internet ephmga.com par des productions littéraires , des articles et des dossiers de presse récemment parus .

En le consultant vous pouvez constater que fidéle à ses principes,l’EPHMGA donne toute liberté à l’expression de chacun dans sa diversité et sa perception de cette guerre.Il faut remercier celles et ceux qui par l’écrit, la parole, l’image et l’enseignement dispensé,contribuent à faire découvrir ou redécouvrir les facettes multiples qui caractérisent cette longue et douloureuse épopée.

La maintenance et l’actualisation de notre site est une nécessité afin que perdure cet outil de recherche prisé par les internautes. Quelques chiffres nous renforcent dans notre volonté d’utiliser cette technologie.Vous les retrouverez dans le bilan 2019.

Aprés cette période difficile,nous préparons la rentrée et en fonction de l’actualité et des disponibilités de nos partenaires,nous vous proposerons dans la mesure du possible un événement mémoriel et des actions ponctuelles.Notre volonté est intacte .

Je vous remercie de votre fidélité et vous adresse mes amicales salutations.

Jean-Pierre Louvel, Président de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie

 

La guerre d’Algérie, dans le camp des perdants – Jeune Afrique

Près de soixante ans après l’indépendance, quatre ouvrages retracent la trajectoire des vaincus de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui encore, leur histoire modèle le présent.

On est toujours loin d’en avoir fini avec la guerre d’Algérie, près de soixante ans après l’indépendance. L’intérêt porté en avril dernier, des deux côtés de la Méditerranée, à l’ouverture d’archives françaises, en l’occurrence celles concernant les disparus au cours des hostilités, l’a prouvé une fois de plus. Même s’il ne s’agissait encore que d’un petit pas sur le chemin de la transparence concernant la période 1954-1962…

Côté français, il reste en effet beaucoup à faire pour rendre disponible tous les documents utiles aux historiens. Et côté algérien, la situation est bien pire : la plupart des archives demeurent inaccessibles et le travail des spécialistes qui refusent de s’en tenir à la seule histoire « officielle » de la guerre d’indépendance n’est guère encouragé – c’est une litote.

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