Guerre d’Algérie : l’exécutif veut réconcilier les mémoires lors d’une commémoration pour les 60 ans de la fin du conflit

Emmanuel Macron travaille à une commémoration qui aura lieu en dehors des cérémonies du 19 mars, date du cessez-le-feu et des accords d’Evian de 1962.

Emmanuel Macron veut poursuivre « jusqu’au dernier quart d’heure » son travail pour la réconciliation des mémoires de la guerre d’Algérie. L’exécutif travaille ainsi à une commémoration pour les rassembler à l’occasion du 60e anniversaire de la fin du conflit en 2022. Cette commémoration aura lieu en dehors des cérémonies du 19 mars, date du cessez-le-feu et des accords d’Evian en 1962. Car si pour les appelés, le 19 mars correspond à la « quille », pour les militaires de carrière il s’agit d’une défaite et pour les harkis c’est la date à laquelle la France les a abandonnés. « Des mémoires communautarisées qui souvent s’opposent », relève l’historien Benjamin Stora.

Geneviève Darrieussecq, la ministre chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, pilote le dossier. « Il faut construire un temps mémoriel qui ait du sens pour tous », explique-t-elle. Elle souhaite « trouver une date neutre » autour de laquelle « unir toutes les mémoires de ce conflit douloureux ». Elle a commencé à réunir les associations du monde combattant pour plancher sur un rendez vous commun. Les Invalides sont cités comme lieu probable pour cette commémoration.

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Partage Facebook Twitter Email Archives de la guerre d’Algérie : « Il ne faut pas s’attendre à des découvertes fracassantes », affirme l’historien Fabrice Riceputi

La France a ouvert, jeudi, l’accès à ses archives relatives aux affaires judiciaires et aux enquêtes de police pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Une avancée pour le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias, qui s’inquiète toutefois de l’effectivité de cet arrêté. Le bâtiment qui contient une grande partie de ces archives reste inaccessible depuis deux ans pour cause de présence d’amiante.

Le 24 déc 2021
Par Héléna Berkaoui
5mn

« Je vois avec plaisir que le gouvernement revient sur le sujet », se réjouit le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias. Un arrêté du ministère de la Culture, publié jeudi 23 décembre au Journal officiel, rend consultables toutes « les archives publiques produites dans le cadre d’affaires relatives à des faits commis en relation avec la guerre d’Algérie entre le 1er novembre 1954 et le 31 décembre 1966 ».

« Le texte est conforme à ce que l’on nous avait annoncé. La surprise vient du côté des signatures de l’arrêté : la première est celle de la ministre de la Culture », remarque le sénateur des Hauts-de-Seine. En effet, l’arrêté est porté par Roselyne Bachelot dont le ministère a la charge des archives nationales (exceptées celles des ministères des Armées et des Affaires étrangères). L’arrêté porte par ailleurs les signatures des ministères des Armées, des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Justice. « Un engagement ministériel fort », note Pierre Ouzoulias.

« On aurait aimé un plan interministériel de gestion des archives et de mise à disposition », regrette Pierre Ouzoulias

Si le sénateur communiste se ravit de la place du ministère de la Culture sur le sujet, c’est que son absence avait été largement soulignée lors de la réforme de l’accès aux archives, l’été dernier. La loi relatif à la prévention des actes de terrorisme et au renseignement, adoptée en juillet 2021, inscrit plusieurs exceptions à la communication des archives. L’accès à celles-ci se fera désormais à la discrétion des services de renseignement. « C’est un vrai souci parce que la loi de 2008 précisait que seul le Parlement était habilité à prévoir les critères de restriction à l’accès aux archives », rappelle Pierre Ouzoulias (lire ici).

Lire aussi. Accès aux archives : les sénateurs dénoncent « un recul historique »

L’ouverture des archives judiciaires sur la guerre d’Algérie apparaît donc à contre-courant. Cette décision, saluée au Sénat, pourrait avoir un effet très restreint. Le sénateur des Hauts-de-Seine attire l’attention sur un élément de taille : la majeure partie de ces archives est renfermée dans un bâtiment inaccessible depuis deux ans. Situé à Le Blanc, dans l’Indre, « ce bâtiment n’est pas accessible parce qu’il y a de l’amiante ». Pierre Ouzoulias a adressé une question écrite à la ministre des Armées pour l’avertir de cette situation au début du mois de décembre. « En plus de l’arrêté, on aurait aimé un plan interministériel de gestion des archives et de mise à disposition », souligne-t-il.

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Les archives judiciaires de la guerre d’Algérie ouvertes avec 15 ans d’avance

Le 10 décembre 2021, Roselyne Bachelot avait créé la surprise en promettant d’ouvrir les archives judiciaires de la guerre d’Algérie. L’annonce a été rapidement suivie d’effet, puisqu’un arrêté interministériel publié le 23 décembre a ouvert une dérogation générale.

Cet arrêté permet la consultation immédiate « des archives publiques produites dans le cadre d’affaires relatives à des faits commis en relation avec la guerre d’Algérie entre le 1er novembre 1954 et le 31 décembre 1966 ». Selon le code du patrimoine, elles n’étaient consultables qu’à l’issue d’un délai de 75 ans, les chercheurs auraient simplement pu commencer à explorer ces fonds à partir de 2029.

Il s’agit d’une réelle ouverture, puisque la décision -dont on ne connaît pas encore les modalités pratiques d’application- est signée de 4 ministères possédant des archives sur ce sujet. Pour la Culture, il s’agit des Archives nationales, des Archives nationales d’outre-mer, des services départementaux d’archives ; pour le ministère des Armées, il s’agit des fonds conservés par le Service historique de la Défense ; pour le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, ce sont les archives qu’il conserve dans ses centres, pour l’Intérieur, le texte vise les archives de la préfecture de police, mais ne parle pas de celles des « services ».

Il apporte en effet des restrictions à la communication : « les documents mentionnés se rapportant à une personne mineure ou dont la communication est de nature à porter atteinte à la sécurité de personnes nommément désignées ou facilement identifiables impliquées dans des activités de renseignement, ou dont la communication porte atteinte à l’intimité de la vie sexuelle des personnes » qui restent dans le cadre fixé par le code du patrimoine.

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À qui profite le crime nucléaire au Sahara ?

C’est en poète attaché à ses « frères, derniers grands nomades du Sahara », que Chakib Abdessalam, expert en patrimoine culturel et naturel de cette région désertique, évoque les cinquante-sept expérimentations nucléaires françaises dans le Sahara algérien. Approuvés par les accords d’Évian, ces essais — et c’est là le plus surprenant — ont perduré sous Houari Boumediène, qui « se fait indemniser en 1967 et reconduit le bail deux fois ». L’État français reconnaît le nombre de 27 000 victimes, tandis qu’un prêtre installé en Algérie les estime, lui, à 40 000. Et l’évaluation globale ne peut pas être effectuée, les conséquences de la radioactivité durant vingt-quatre mille ans…

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«Panser les plaies et œuvrer à la réconciliation»

APRÈS LE RAPPORT STORA
W. M.
28 décembre 2021 à 10 h 00 min
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Le groupe Regards de la jeune génération sur les mémoires franco-algériennes est formé par des descendants de militaires français, de harkis, de rapatriés ou de combattants du FLN. Ils se prénomment Adèle, Alfred, Alma, Clémence, Gautier, Julia, Lina, Linda, Lucie, Maya, Nabil, Nour, Sana, Valentin, Yoann.

Après une rencontre avec le chef de l’Etat Emmanuel Macron en décembre dernier, ils ont préparé des propositions qu’ils devaient lui remettre. On y apprend que le groupe n’est pas du tout apparu spontanément mais que depuis juin 2021 il travaille, dans la foulée du rapport Stora. Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie» remis au Président Macron en janvier 2021. L’objet, avec l’aide de Cécile Renault, directrice de projet au sein de l’Elysée et chargée de mettre en œuvre les préconisations de ce rapport, «de réfléchir, d’échanger et d’apporter notre vision sur l’apaisement des mémoires franco-algériennes.

Le résultat de notre travail se présente sous forme de messages, adressés au président de la République», rapporte Le Monde qui a eu la primeur de ce travail de mémoire très particulier par sa composition puisqu’il mélange quinze jeunes adultes, âgés entre 18 et 35 ans, étudiants ou dans la vie active, d’horizons variés, mais ayant tous un lien familial avec cette histoire. Nos grands-parents ou arrière-grands-parents ont été combattants indépendantistes, appelés, harkis, rapatriés, pieds noirs, juifs d’Algérie, militaires français ou encore membres de l’Organisation armée secrète (OAS)».

Mettre tout dans un pot commun en liant aussi bien les descendants de combattants FLN que ceux des fascistes de l’OAS, voilà bien qui paraît risqué mais ne rebute pas le groupe : «Nous sommes tous animés par la même volonté : apaiser ces mémoires, les reconnaître dans leur singularité, panser les plaies encore présentes dans notre société et œuvrer à la réconciliation et à la construction d’un futur partagé pour les nouvelles générations.»Parmi les projets qu’ils espèrent porter : l’enseignement, la création d’un musée/institut, les témoignages, les lieux de mémoire et les échanges entre jeunes, ainsi que les figures et gestes symboliques.

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Guerre d’Algérie : pourquoi l’ouverture par la France de ses archives est si attendue


La ministre de la Culture a annoncé, vendredi, l’ouverture prochaine des « enquêtes judiciaires » de la guerre d’Algérie avec quinze ans d’avance.

C’est une annonce qui s’inscrit dans la politique de réconciliation mémorielle initiée par Emmanuel Macron. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a annoncé, vendredi 10 décembre, la prochaine ouverture des archives sur « les enquêtes judiciaires » de la guerre d’Algérie (1954-1962), près de soixante ans après l’indépendance, et alors que la relation franco-algérienne est en crise depuis des mois. « J’ouvre avec quinze ans d’avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont rapport avec la guerre d’Algérie », a-t-elle déclaré sur BFMTV.

« Je veux que cette question – qui est troublante, irritante, où il y a des falsificateurs de l’histoire à l’œuvre –, on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur un mensonge », a argué la ministre sur la chaîne d’info en continu. Selon Libération, « la décision annoncée par la ministre de la Culture doit être mise en œuvre par le biais d’un arrêté, et ces archives pourraient donc être ouvertes dès l’an prochain. » Pourquoi cette déclassification des archives est-elle si attendue ? Eléments de réponse.

Si l’histoire de la guerre d’Algérie est en grande partie connue, il reste beaucoup de zones d’ombre. Un exemple parmi d’autres : celui des disparus. « Des dizaines de milliers de personnes ont disparu durant la guerre d’Algérie. De nombreuses familles ne savent pas dans quelles conditions leur proche a été exécuté ou enterré », explique à Ouest-France Pierre Mansat, président de l’Association Josette et Maurice Audin, qui milite pour la reconnaissance des crimes coloniaux. « Il y a beaucoup de choses à mettre au jour sur ce plan-là et les archives sont essentielles. »

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Guerre d’Algérie : des milliers d’archives bientôt rendues publiques par la France

Des milliers de dossiers des archives françaises sur la guerre d’Algérie vont être rendues publiques en avance. Des documents sensibles qui lèveront peut-être le voile sur cette période opaque de l’histoire.

Pendant encore 15 ans, même les historiens ne pouvaient pas y avoir accès. Quels sont ces documents que la France a décidé de rendre publiques avant la date prévue ? Des enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police sur des faits commis en Algérie comme dans l’Hexagone pendant la guerre entre 1954 et 1962. Des archives qui permettront peut-être de lever l’opacité avec laquelle ces enquêtes ont été menées durant cette période : « On devrait pouvoir avancer sur la connaissance des perquisitions, arrestations, filatures (…) et bien entendu sur toute une série de brutalités, d’exactions qui ont pu être commises », prévoit l’historien Benjamin Stora.

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« L’ouverture des archives au public contribuera à réconcilier les Algériens avec leur histoire »

Mohamed El Korso, l’un des initiateurs de la fronde des historiens algériens contre les « entraves » dans l’accès aux archives, dénonce une pratique « administrative de nature coercitive ».
Propos recueillis par Frédéric Bobin

Publié le 31 mars 2021 à 13h00 – Mis à jour le 01 avril 2021 à 23h52Temps de Lecture 6 min.

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Abdelmadjid Chikhi, directeur général du Centre national des archives algériennes et « conseiller mémoire » du président Tebboune, à Alger, le 6 août 2020. RYAD KRAMDI / AFP
Neuf historiens algériens ont publié le 25 mars une lettre ouverte au président Abdelmadjid Tebboune lui demandant de mettre fin aux « entraves bureaucratiques » dans l’accès aux archives nationales. L’un des initiateurs de ce mouvement de fronde sans précédent, l’historien Mohamed El-Korso, affirme dans un entretien au Monde Afrique que les signataires ne demandent que le « respect du droit constitutionnel » au « libre accès aux archives communicables ». Il critique la gestion « politique » de l’administration des archives algériennes par son directeur, Abdelmadjid Chikhi, par ailleurs « conseiller mémoire » du président Tebboune.

Pourquoi avoir pris l’initiative de cosigner cette Lettre ouverte au président de la République sur l’ouverture des archives algériennes ?
Historiens, enseignants, chercheurs, archivistes, étudiants en histoire n’ont pas cessé de dénoncer, pour certains depuis une quinzaine d’années, la gestion bureaucratique des archives. Cette dernière empêchait les lecteurs, particulièrement les universitaires, d’accéder aux documents, ainsi que le stipule la loi du 26 janvier 1988 sur la « communicabilité » des fonds au bout de vingt-cinq ans, hors exceptions pour les documents judiciaires (50 ans), relevant de la défense nationale (60 ans) ou de la vie privée (100 ans).

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Guerre d’Algérie : la France va ouvrir ses archives sur les « enquêtes judiciaires » avec « quinze ans d’avance »

C’est ce qu’a annoncé la ministre de la culture Roselyne Bachelot. En mars, Emmanuel Macron avait déjà décidé de « faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de cinquante ans », couvrant la période du conflit.
La ministre de la culture, Roselyne Bachelot, a annoncé vendredi 10 décembre la prochaine ouverture des archives sur « les enquêtes judiciaires » de la guerre d’Algérie (1954-1962), près de soixante ans après la fin du conflit et alors que la relation franco-algérienne est en crise depuis des mois. Une déclaration qui intervient deux jours après la visite à Alger du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.
« J’ouvre avec quinze ans d’avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont rapport avec la guerre d’Algérie », a-t-elle annoncé sur BFM-TV. « On a des choses à reconstruire avec l’Algérie, elles ne pourront se reconstruire que sur la vérité », a estimé la ministre de la culture, qui a dans son périmètre la gestion des archives.
« Je veux que sur cette question – qui est troublante, irritante, où il y a des falsificateurs de l’histoire à l’œuvre – je veux qu’on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur un mensonge », a argué la ministre, ajoutant :
« C’est la falsification qui amène toutes les errances, tous les troubles et toutes les haines. A partir du moment où les faits sont sur la table, où ils sont reconnus, où ils sont analysés, c’est à partir de ce moment-là qu’on peut construire une autre histoire, une réconciliation. »
Interrogée sur les conséquences de cette décision, notamment sur la confirmation à venir d’actes de torture commis par l’armée française en Algérie, Mme Bachelot a déclaré : « C’est l’intérêt du pays que de le reconnaître. »

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Guerre d’Algérie : les propositions du groupe « Regards de la jeune génération sur les mémoires franco-algériennes » à Emmanuel Macron

Le groupe « Regards de la jeune génération sur les mémoires franco-algériennes », constitué par des descendants de militaires français, de harkis, de rapatriés ou de combattants du FLN, devait remettre ses propositions au chef de l’Etat. Verbatim.

Document. « Dans le cadre du rapport de Benjamin Stora “Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie” commandé par monsieur le président de la République, Emmanuel Macron, publié en janvier 2021 et avec l’aide de Cécile Renault, directrice de projet au sein de l’Elysée et chargée de mettre en œuvre les préconisations de ce rapport, nous nous sommes réunis à partir du mois de juin 2021 afin de réfléchir, d’échanger et d’apporter notre vision sur l’apaisement des mémoires franco-algériennes. Le résultat de notre travail se présente sous forme de messages, adressés au président de la République.

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