Lisieux : la romancière Olivia Elkaim a discuté avec des élèves du lycée Frémont

Mardi 17 novembre 2020, au lycée Frémont de Lisieux (Calvados), des élèves de première et terminale ont échangé par visioconférence avec Olivia Elkaim, finaliste du Prix Femina.

Mardi 17 novembre 2020, de 9 h à 10 h 30, la romancière et journaliste Olivia Elkaim, finaliste du Prix Femina 2020, a présenté à 27 lycéens de l’institution Frémont de Lisieux (Calvados) son roman Le tailleur de Relizane paru le 19 août 2020 dans la collection La Bleue des éditions Stock. Ce roman est sélectionné pour le prix Femina des lycéens.

L’histoire se déroule pendant la guerre d’Algérie : « Mon grand-père était tailleur dans la petite ville de Relizane. J’ai découvert en parlant avec mon entourage qu’il s’est fait enlever par un commando du FLN une nuit en 1958, alors qu’il avait une quarantaine d’années ». Le roman évoque aussi l’enfance du père d’Olivia Elkaim et l’exil de sa famille en juin 1962. « C’est la première fois que j’assume totalement l’aspect autobiographique d’un texte ».

Mardi 17 novembre 2020, la romancière a discuté avec 27 lycéens de l’institution Frémont de Lisieux. Elle a fait de même avec des élèves de Grand-Quevilly la veille et de Déville-lès-Rouen une semaine plus tôt. « J’adore ça », confie l’autrice qui échangera prochainement avec des lycéens de Beauvais et d’Amiens. « Ils ont des questions à la fois très naïves et très sincères qui obligent à réfléchir à ce qu’on fait. Il y a des questions directes sur les conditions d’être écrivain, notamment sur la rémunération ».

À Lisieux, elle a trouvé les élèves « gentils, attentifs, curieux ». Ils lui ont demandé comment devenir écrivain et l’ont interrogée sur sa manière de travailler. La romancière a notamment expliqué qu’elle faisait des fiches pour ses personnages.

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Travail de mémoire sur la colonisation et la guerre d’Algérie : Des actes, pas des mots

21 novembre 2020 à 10 h 02 min

Le 24 juillet 2020, Emmanuel Macron confiait à l’historien Benjamin Stora une mission sur «la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie», en vue de favoriser «la réconciliation entre les peuples français et algérien».

Cette mission, que le président de la République présentait comme «le défi mémoriel de son quinquennat» (Le Monde.fr du 25 janvier 2020) se trouve pourtant d’ores et déjà minée par les choix politiques de l’Elysée et de son gouvernement. A tel point qu’il apparaît aujourd’hui impossible de ne pas voir le caractère purement politique et déclaratif de l’intérêt soudain du pouvoir pour la question de la mémoire entre la France et l’Algérie, pourtant au cœur de notre histoire collective.

Alors qu’Emmanuel Macron se gargarisait d’être le premier courageux à entamer un travail de mémoire sur ce sujet si brûlant, son gouvernement et sa majorité étaient discrètement à l’œuvre pour détruire le peu de dignité qu’avaient pu recouvrer les victimes civiles de la guerre d’Algérie.

Après la déclaration d’indépendance de l’Algérie et une guerre sanglante, une loi devait être votée par le Parlement français en 1963 instaurant un droit à pension pour les victimes civiles, non combattantes, qui auraient été blessées du fait d’actes de violence. Le territoire algérien étant français à l’époque, ce droit à pension apparaissait somme toute assez classique, à l’image des dispositifs adoptés concernant d’autres guerres coloniales.

Une différence notable était pourtant instituée, à savoir l’instauration d’une condition de nationalité française au jour de la promulgation de la loi pour les demandeurs. Il fallut attendre deux décisions du Conseil constitutionnel de 2016 et 2018 pour que la condition de nationalité soit supprimée car ne respectant pas le principe d’égalité.

Ainsi, par une décision historique rendue le 8 février 2018, les sages de Montpensier retenaient, contre l’avis du gouvernement, le caractère discriminatoire du dispositif en vigueur, soulignant que «le législateur ne pouvait, sans méconnaître le principe d’égalité, établir, au regard de l’objet de la loi, une différence de traitement entre les victimes françaises et celles de nationalité étrangère résidant sur le territoire français au moment du dommage qu’elles ont subis».

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Archives nationales et documents classifiés, retour sur une polémique

Une polémique a récemment éclaté entre des historiens et la restriction à l’accès de certains documents d’archives. Entre Kafka et le Bureau des Légendes, voyage dans les fonds classifiés « Secrets » ou « Confidentiels » des Archives nationales. Entretien avec Emmanuel Rousseau, son directeur.

Une polémique a récemment éclaté entre des historiens et la restriction à l’accès de certains documents d’archives. Entre Kafka et le Bureau des Légendes, voyage dans les fonds classifiés « Secrets » ou « Confidentiels » des Archives nationales. Entretien avec Emmanuel Rousseau, son directeur.

Une controverse a récemment éclaté sur la gestion de certains documents d’archives devenus inaccessibles. Un recours a ainsi été déposé auprès du Conseil d’Etat par un collectif d’archivistes, d’historiens et d’associations qui réclament l’assouplissement d’un arrêté interministériel datant de 2011, limitant l’accès aux documents « classifiés » de plus de cinquante ans. Autrement dit les documents « confidentiels » ou « secrets » conservés dans les services d’archives publics. Pour comprendre ces enjeux, nous nous sommes rendus aux Archives nationales sur le site de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), un vaste bâtiment ultra-moderne qui conserve plus de 450 km…  linéaires d’archives, où nous avons rencontré Emmanuel Rousseau, conservateur général du patrimoine, directeur des fonds des Archives nationales.

EN SAVOIR PLUS

Choc intime, séisme collectif : nous sommes tous les enfants de la guerre d’Algérie

Les appelés de la guerre d’Algérie sont souvent revenus abimés par leur expérience de la mort, de la torture, de la violence. Mais leur traumatisme sourd a irradié toute la société française. Une grande enquête montre comment ils sont revenus, et pourquoi leur histoire est devenue la nôtre.

Un livre très important a paru à la rentrée 2020, signé de l’historienne Raphaëlle Branche, qui s’intitule Papa qu’as-tu fait en Algérie ? Une enquête forgée au plus près de la trajectoire d’appelés envoyés faire la Guerre d’Algérie à une époque où l’on disait encore qu’il s’agissait seulement d’une opération de maintien de l’ordre. Mais aussi, et cette fois-ci d’abord, une enquête ciselée par le témoignage de leurs proches, et en particulier la famille de ces gars de 20 ans envoyés faire leur service militaire de l’autre côté de la Méditerranée. Une famille qui se déplie sur le temps long et plusieurs générations successives : pour documenter le silence qui entoure depuis soixante ans l’expérience de la Guerre d’Algérie, Raphaëlle Branche a restauré ces histoires dans leur contexte intime pour qu’on touche de plus près, et plus profondément, le fracas sourd de l’écho de cette aventure nationale dans les vies ordinaires.

Que ce soit celle qu’on risque ou celle qu’on donne (et qu’on est autorisé à donner), c’est l’expérience de la mort que ces jeunes sont partis faire là-bas, alors que souvent ils n’avaient même pas atteint la majorité. De quoi faire d’eux la troisième génération du feu, de fait. Sauf que, longtemps, et durablement, on a tu pour cette génération-là “le feu” puisqu’on n’a pas prononcé le mot “guerre”. Collectivement, ils étaient les petits-enfants de combattants de 14-18 et les statistiques nous disent que, pour plus d’un, ils avaient été élevés par leurs grands-parents dans des foyers où l’on contemplait encore sur la cheminée le visage de ceux qui y étaient restés. Or eux étaient ainsi partis faire une guerre sans nom. Pour finalement en revenir et se consumer faute d’avoir les mots pour eux. C’est-à-dire, des mots pour se dire eux-mêmes, alors que durablement les associations d’anciens combattants, fondées sur les cendres de la Grande guerre, ont rechigné à les considérer comme tels. Et sans les mots pour dire ce qu’ils avaient pu vivre là-bas, et que les médias avaient largement euphémisé.

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Guerre d’Algérie, le silence dans les familles

Elle questionne le silence de ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie et la difficulté à faire surgir une parole lorsque les mots leurs manquaient ou qu’ils n’étaient pas interrogés. L’historienne Raphaëlle Branche est notre invitée.

aphaëlle Branche est professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Paris Nanterre. Elle est l’une des premières chercheuses à avoir mis en débat scientifique la violence de l’armée coloniale française et la torture érigée en système par la France pendant la guerre d’Algérie.

Le silence, ce n’est pas simplement quelqu’un qui ne parle pas, c’est aussi parfois, des gens qui n’écoutent pas, des gens qui ne questionnent pas.
(Raphaëlle Branche)

Elle publie ainsi la première thèse sur le sujet, qui a donné lieu au livre La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), paru en 2001 aux éditions Gallimard. Une œuvre transgressive à l’époque, car s’attaquer au sujet des violences illégales de l’armée française était encore tabou.

Cette douleur, même si elle est gardée cachée (…), peut irradier, se transmettre par des gestes, des mots, des attitudes, des relations aux autres, au monde (…) et marquer bien au delà de la personne qui a été d’abord concernée ou touchée.
(Raphaëlle Branche)

Aujourd’hui, Raphaëlle Branche publie Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial (La Découverte, septembre 2020), une recherche qui vise à comprendre les « structures de silence » ayant entouré la guerre d’Algérie. Les principaux intéressés ne sont  pas seulement des anciens appelés, jeunes à l’époque, mais bien leurs familles, unité d’analyse à part entière dont l’historienne recueille les témoignages. Les familles constituent en effet un objet d’histoire rarement identifié par les historiens du contemporain, alors qu’elles sont un lieu de construction de la mémoire et de la transmission.

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« Des hommes » de Lucas Belvaux : Gérard Depardieu en vétéran traumatisé par la guerre d’Algérie

L’adaptation du livre de Laurent Mauvignier met en scène des paysans hantés par la guerre d’Algérie, dont Feu-de-Bois, incarné par Gérard Depardieu. Lequel aborde le sujet dans le recueil autobiographique « Ailleurs ».

Au quintal de haine et d’abjection, il faut ajouter le poids de la mémoire et la surcharge pondérale de la solitude, au fond d’un gourbi. Le « calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur », sculpté par Mallarmé, c’est Gérard Depardieu, dans le beau film de Lucas Belvaux. « Des hommes » (prochainement en salles) est l’adaptation du roman polyphonique de Laurent Mauvignier, qui donne la parole – le plus souvent intérieure – à une poignée de paysans français, dont les rides cachent mal les cicatrices. Revenus traumatisés de la guerre d’Algérie, ils sont hantés par les images insoutenables de camarades abattus, de fellagas torturés, de filles violées, de villages détruits au napalm, de harkis trahis. Pour eux, la guerre ne sera jamais finie. Quarante ans plus tard, ils sont incapables de survivre en paix.

Le général Maurice Faivre est décédé

Nécrologie

Un officier au parcours sans faute qui n’a jamais oublié son année à Oued Berd en Algérie qui lui a permis de nouer des liens solides avec des familles de Harkis. Celles de Dreux lui doivent beaucoup.

Le général Maurice Faivre est parti, en fin de semaine. Mort en toute discrétion à Paris où il demeurait, dans le XVIe arrondissement avec son épouse Monique. Mort comme il avait vécu dans l’ombre et la dignité.

La dernière fois qu’on a vu publiquement, à Dreux, le général Maurice Faivre, c’était le 25 septembre 2017, au pied du monument aux Morts, en civil, très droit aux côtés des responsables des associations de Harkis. Toujours fidèle à ces familles drouaises dont beaucoup ont eu la vie sauve, dont beaucoup sont arrivées en 1964 à Dreux, par la grâce de celui qui était alors le commandant Maurice Faivre.

Né le 19 mars 1926, à Morteau, dans le Doubs, il a choisi de faire carrière dans l’armée. C’est en 1960 que son histoire avec l’Algérie commence. Il arrive comme jeune capitaine des Dragons-parachutistes dans la région de Oued Berd dans le département de Sétif. S’il commence par y construire une troisième caserne pour assurer la sécurité des villages, il construit aussi des écoles dans les trois villages dont il a la responsabilité et son épouse infirmière soigne les villageois.

« Un an après, les Dragons sont remplacés par l’Infanterie de Marine. Il est muté à Alger mais quitte à regret cette région qu’il n’oubliera jamais », raconte Kaci Bouchaïb, un ami très proche de Maurice Faivre.

La fin de la guerre d’Algérie arrive. Le capitaine devenu commandant est appelé en Allemagne, à Baden-Baden. Mais l’histoire le rattrape quand les premiers Harkis arrivent à Choisy-le-Roi et mentionnent tous qu’ils ont été sous les ordres du capitaine Faivre. L’armée l’appelle et lui donne carte blanche pour s’occuper de l’accueil des Harkis.

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Emmanuel Macron confie à l’historien Benjamin Stora une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie »

L’historien devra, d’ici la fin de l’année, « formuler librement des recommandations » en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ».

Le Monde avec AFP Publié le 24 juillet 2020 à 22h25 – Mis à jour le 25 juillet 2020 à 08h14

Emmanuel Macron a reçu, vendredi 24 juillet, l’historien Benjamin Stora et lui a confié une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie », en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien », a annoncé l’Elysée.

Cette mission, dont les conclusions sont attendues à la fin de l’année, « permettra de dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ainsi que du regard porté sur ces enjeux de part et d’autre de la Méditerranée », a expliqué la présidence.

Lire l’analyse : Emmanuel Macron fait de la guerre d’Algérie le défi mémoriel de son quinquennat

Dans une démarche parallèle, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait annoncé, dimanche, avoir nommé le docteur Abdelmadjid Chikhi, directeur général du centre national des archives algériennes, pour mener un travail de « vérité » sur les questions mémorielles entre les deux pays.

Né en 1950 à Constantine en Algérie, Benjamin Stora est l’un des spécialistes les plus réputés de l’histoire de l’Algérie, en particulier de la guerre (1954-1962) qui déboucha sur l’indépendance du pays. Dans sa lettre de mission, Emmanuel Macron précise qu’« il importe que l’histoire de la guerre d’Algérie soit connue et regardée avec lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris. » Pour lui, il en va aussi « de la possibilité pour notre jeunesse de sortir des conflits mémoriels ».

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Objectif : « formuler librement des recommandations »

« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algérien », écrit le président. Car « le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée ».

Signe fort d’un dégel dans les relations entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale, Paris a remis début juillet les restes de vingt-quatre combattants algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle. Un geste considéré comme « un grand pas » par Alger. « A travers ce genre de geste, la France redécouvre son histoire », avait estimé Benjamin Stora dans un entretien à l’Agence France-Presse (AFP). Pour lui, « il y a un mouvement mondial de réappropriation de l’histoire des peuples, et la France ne peut pas passer à côté de ça ».

La mission confiée par Emmanuel Macron doit permettre « à Benjamin Stora de formuler librement des recommandations sur les prochaines étapes de ce travail de vérité et de mémoire », selon l’Elysée.

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la déprime des anciens combattants face au 11 novembre confiné, vécu comme une « déchirure »

Avec le confinement, les anciens combattants sont privés de ce grand moment mémoriel qu’est la commémoration de l’armistice de 1918. Mais les conséquences de la crise sanitaire vont bien au delà : certains quittent les associations qui ont bien du mal à assurer leur mission.

Triste automne pour les anciens combattants. Après le 75 ème anniversaire de la capitulation nazie passé à la trappe le 8 mai dernier, c’est désormais au tour du 11 novembre de subir le confinement. Certes, des cérémonies sont prévues, mais en « format restreint » selon la formule consacrée. Maires, députés et représentants de l’Etat, moins d’une dizaine de personnes au total, se retrouveront devant les monuments aux morts, mais pas ceux qui ont combattu pour la France.  Au mieux, la présence d’un porte-drapeau est prévu par le protocole. Un comble pour une commémoration qui honore désormais le sacrifice de l’ensemble du monde combattant, au delà des poilus de la Grande Guerre.

Je suis un ancien appelé d’Algérie. On a su me trouver à l’époque, mais aujourd’hui pour honorer les anciens il n’y a plus personne ! Ça donne l’impression que les autorités ne font une cérémonie que pour la forme.

Yves Frich, président du comité d’entente anciens combattants de Châlons-en-Champagne

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