De l’Algérie à la Normandie, le tragique destin du harki Bachir Rezigat

Emmanuel Macron a demandé pardon aux harkis, ces supplétifs de l’armée française de la guerre d’Algérie. Bachir est l’un d’entre eux. Il raconte son histoire dans l’Histoire.

C’est avec un sourire que nous accueille Bachir Rezigat à la terrasse d’un café de Louviers (Eure). Il se lève pour nous saluer, ce qui nous laisse tout le loisir d’apprécier l’élégance de sa tenue.

Tiré à quatre épingles dans son pantalon blanc et sa chemise de la même couleur, sur laquelle il a enfilé une veste de costume rayée, l’homme de 82 ans ressemble à une véritable gravure de mode.

Bachir est ce que l’on appelle un harki. Pendant la guerre d’Algérie (1954 – 1962), il choisit de rejoindre les rangs de l’armée française. Une évidence pour le jeune homme qu’il était alors.

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Avoir 20 ans dans l’OAS, le témoignage glaçant d’un membre du commando Delta

EXCLUSIF – Durant la guerre d’Algérie, Edmond Fraysse appartenait au bras armé de l’Organisation armée secrète: le commando Delta. Dans un livre choc à paraître et dont Le Figaro Magazine publie des extraits exclusifs, il raconte pourquoi et comment il a tué des combattants du FLN mais aussi des civils au nom de l’Algérie française.

OAS: trois lettres qui claquent comme une rafale. Le staccato d’une nostalgie. Celle de l’Algérie française. On a beaucoup écrit ou glosé sur cette organisation clandestine. À tort, à travers, et surtout à charge. Pour la première fois, voici le témoignage exclusif d’un homme qui l’a connue et vécue de l’intérieur. Edmond Fraysse (pseudonyme choisi dans la clandestinité) a tout juste 20 ans lorsqu’il rejoint le commando Delta, bras armé de l’OAS, à qui sont attribués plus de 1600 assassinats en 1961-1962.

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Le dialogue inédit entre Emmanuel Macron et les « petits-enfants » de la guerre d’Algérie

Le chef de l’Etat a reçu, jeudi, dix-huit jeunes gens issus de familles qui ont intimement vécu la guerre d’Algérie. « Le Monde » a pu assister à cette rencontre.

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Un invité s’est imposé sans bruit à ce déjeuner présidentiel : la souffrance. La souffrance d’appartenir à une histoire oublieuse, faite de non-dits, de dénis, de silences, de malentendus. Et de mensonges aussi. La souffrance de porter une mémoire lointaine qui brûle les âmes, génération après génération, depuis la fin de la guerre d’Algérie, en 1962.

Même Emmanuel Macron le concède : « J’étais frappé, durant ces dernières années, de voir à quel point l’histoire et les mémoires de la guerre d’Algérie étaient la matrice d’une grande partie de nos traumatismes. Il y a des souffrances qui ont été tues, et qui se sont construites comme étant irréconciliables. Or, je pense tout l’inverse. »

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Algérie : « Quand je suis arrivée, je n’avais qu’une petite valise »

Moucheik Si Merabet habite à Fontenay-le-Comte (Vendée). Aide soignante pendant la guerre d’Algérie, elle est arrivée en France en 1962. Elle participera à l’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives samedi 25 septembre 2021.

Un jour de mars 1962, elle a tout laissé. Moucheik Si Merabet est arrivée en France avec son mari et ses deux enfants, avec « une petite valise », c’est tout. Ils ont trouvé une petite maison au Puy Saint-Martin, à Fontenay-le-Comte (Vendée) pour y recommencer une vie, loin de la guerre.

Cette guerre, celle d’Algérie, Moucheik Si Merabet l’a vécue. À 26 ans, elle s’est engagée auprès des assistantes sociales rurales auxiliaires, plus tard appelées équipes médico-sociales itinérantes. Une unité féminine de l’armée française, chargée « d’une action psychologique et humanitaire auprès des populations civiles, explique-t-elle. Nous allions dépister les maladies et porter secours aux habitants regroupés en liaison avec la Croix Rouge et le Secours Catholique ».

« Il fallait rester neutre, en restant à notre place », dit-elle. Lorsqu’elle se déplace, avec ses trois collègues françaises, elle est escortée. Un jour, cette mission devient trop dangereuse. Elle entre alors à l’hôpital de sa ville, Tiaret. Elle y rencontre son époux, qui est fonctionnaire.

Mais l’armée française décide de mettre la famille à l’abri, en France. C’était quelques mois seulement avant l’indépendance de l’Algérie. « Nous étions les premiers arrivés à Fontenay. Les gens nous regardaient bizarrement », raconte Moucheik, aujourd’hui âgée de 89 ans. Loin des siens, elle se sent seule. « Heureusement que j’avais mes enfants. » Pour s’occuper, elle s’engage dans toutes les associations possibles. « Je ne voulais pas rester à la maison. » Elle s’intègre en « se faisant toute petite, pour ne pas se faire remarquer ». Jusqu’à effacer une partie de son identité. Elle ne parlera pas l’arabe avec ses enfants.

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Mémoire Hommage national aux harkis : «On espère que le Président ne nous décevra pas»

Après le «pardon» exprimé par le chef de l’Etat lundi, les anciens combattants ont assisté à la traditionnelle journée d’hommage national, ce samedi. Entre soulagement et prudence, les descendants de harkis attendent beaucoup de la loi de «reconnaissance et de réparation» annoncée par Emmanuel Macron.

par Victor Boiteau publié le 25 septembre 2021 à 18h53

Khadra Safrioune se souvient de la «faim et du froid» de son enfance, dans la cité de l’Oasis, à Saint-Valérien, dans l’Yonne. Fille de harki, elle est arrivée en France à l’âge de trois ans. D’abord à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), un ancien camp militaire où transitèrent des milliers de familles de rapatriés après les accords d’Evian, signés le 18 mars 1962 et mettant fin à la guerre d’Algérie.

«J’allais à l’école à pied. Nous n’avions ni chauffage, ni vêtements chauds, se souvient pour Libération la présidente de l’association des harkis et de leurs enfants Aube-Bourgogne. Les souvenirs sont intacts, ils sont gravés.» A elle, aux autres descendants de harkis et aux anciens combattants eux-mêmes, Emmanuel Macron a officiellement demandé «pardon», lundi dernier. «Au nom de la France, je dis aux harkis et à leurs enfants, à voix haute et solennelle, que la République a alors contracté à leur égard une dette, a déclaré le chef de l’Etat, devant près de 300 invités conviés pour l’occasion à l’Elysée. Aux combattants, je veux dire notre reconnaissance. Nous n’oublierons pas. Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas.»

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Guerre d’Algérie : qui sont les Harkis ?

Les Harkis, musulmans recrutés comme auxiliaires de l’armée française durant la guerre d’Algérie (1954-1962) pour lutter contre le FLN, tiraient leur nom du mot « harka », qui signifie « mouvement » en arabe.

L’armée française a recruté localement pour des opérations particulières jusqu’à 200.000 de ces Algériens. Mais au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, consacrant la défaite française en Algérie, le gouvernement français refuse leur rapatriement massif.

Seuls quelque 42.000 Harkis – accompagnés parfois de leurs femmes et enfants – sont évacués en France par l’armée et transitent par des camps aux conditions de vie souvent indignes. Quelque 40.000 autres y parviennent par des filières semi-clandestines ou clandestines. Au total, entre 80.000 et 90.000 personnes arrivent en France selon certaines estimations, pour la majorité entre 1962 et 1965. Les autres, désarmés, sont livrés à leur sort en Algérie. Considérés comme
des traîtres par le nouveau régime, ils sont victimes avec leurs familles de sanglantes représailles. Pierre Messmer, à l’époque ministre des Armées du général de Gaulle, déclarera en 2003 que « la position de la France était la seule possible », « inévitable et légitime ».

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Journées du Patrimoine à Paris : un « Panthéon des oubliés » place de la République

Militants antiracistes, féministes, venus des Antilles ou issus de l’immigration… SOS Racisme va installer sur la célèbre place parisienne une sculpture pour honorer des personnalités méconnues de notre Histoire et célébrer la diversité.

Ce week-end du 18-19 septembre, c’est les Journées du Patrimoine ! Pour l’occasion, l’association SOS Racisme installe ce dimanche une statue bien particulière place de la République, à Paris : elle honore des héros et des héroïnes méconnues de l’Histoire.  Une sorte de « Panthéon des Oubliés », explique Dominique SOPO, le président de l’organisation.

Concrètement, la sculpture consistera en un buste, sans tête, posé sur un piédestal, avec un écran numérique sur lequel défileront les noms, visages et biographies de figures oubliées de l’Histoire de France, qui se sont pourtant, à leur échelle, en leur temps, mobilisés afin de changer le monde.

« Le Panthéon de la France est bien plus grand qu’on ne le croit, bien plus diversifié qu’on nous le présente : il y a des immigrés, des personnes des Antilles, des femmes… qui devraient être d’avantage représentés dans l’espace public. » En effet, explique Dominique Sopo, si on prend la seule question de la représentation des femmes dans les noms de rues, « il n’y en a pas beaucoup en dehors des saintes et de Marie Curie. »

Ce qui a construit la France

Quelques dizaines de personnalités seront ainsi honorées par cette sculpture, mais d’autres noms pourront être ajoutés ensuite, explique le président de SOS Racisme. Il cite notamment Solitude (ou « mulâtresse Solitude »), une ancienne esclave née en Guadeloupe qui s’est battue contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Ier en 1802. Il évoque également Henri Alleg, un journaliste qui a dénoncé la torture utilisée pendant la guerre d’Algérie et qui l’a lui-même subie. Des figures peu connues de la population aujourd’hui, mais leur parcours « fait partie de ce qui a aussi construit la France. »

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Guerre d’Algérie : vers un nouveau geste d’Emmanuel Macron en faveur des harkis

Officiellement, l’initiative s’inscrit uniquement dans le cadre de la politique mémorielle d’Emmanuel Macron depuis le début de son quinquennat. Dans les faits, difficile de ne pas y voir une tentative de resserrer les liens avec une catégorie de population stratégique, dans l’optique de l’élection présidentielle de 2022.

Le chef de l’Etat a prévu d’organiser une réception consacrée à la mémoire des harkis, lundi 20 septembre, à l’Elysée, cinq jours avant le traditionnel hommage national, qui a lieu chaque année. Près de 300 personnes sont invitées, selon la présidence de la République, appartenant pour la plupart à des associations de ces combattants algériens qui ont servi la France, avant d’être abandonnés par Paris dans des conditions tragiques. Après les accords d’Evian du 18 mars 1962, nombre d’entre eux furent victimes de sanglantes représailles de la part des nationalistes algériens.

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Alors que François Hollande avait reconnu, en septembre 2016, « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis », Emmanuel Macron « veut franchir un nouveau pas » dans la « reconnaissance » de cet « abandon », selon l’Elysée. « Un nouveau chapitre » qu’il entend « ouvrir », sous deux formes différentes.

D’abord, en octroyant un soutien financier plus conséquent à cette communauté. Après avoir annoncé, en 2018, le versement de 40 millions d’euros sur quatre ans, visant à revaloriser les pensions des anciens combattants et à venir en aide à leurs enfants qui vivent dans la précarité, le chef de l’Etat devrait annoncer le déblocage de nouveaux fonds en faveur des harkis et de leurs descendants. La « reconnaissance » inclut « la dimension pécuniaire », indique l’Elysée, refusant de communiquer le montant exact. Manière de laisser à M. Macron le soin de l’annoncer lui-même, lundi.

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La guerre d’Algérie au programme du ciné-club de Montauban

À l’initiative du club des cinéphiles de Montauban, une projection-débat a réuni plus de 60 personnes au cinéma Le Paris pour assister à la projection du film « Des Hommes » de Lucas Belvaux. Ce film est inspiré du bouleversant roman éponyme de Laurent Mauvignier, auteur bien connu des Montalbanais puisqu’il fut l’invité d’honneur de Lettres d’Automne. Il a reçu le label du Festival de Cannes en 2020 et évoque les traumatismes ressentis par de jeunes Français partis faire leur service militaire en Algérie.

« Appelés en Algérie en 60, Rabut et Bernard sont rentrés et se sont tus leur vie durant. Bernard est devenu alcoolique et raciste. Le jour de l’anniversaire de sa sœur, il déboule dans la fête de village… ». Entre regrets et amertume, le film s’appuie sur le talent du trio Depardieu-Frot-Darroussin. Comme à chaque séance du ciné-club, un débat suivait la projection. Il était animé par Henri Guieysse en présence des représentants de la FNACA 82, Roger Pouillon et Jean-Claude Calvet ; du cercle algérianiste, Jacqueline Curato et Roger Davezac docteur en histoire spécialiste de la guerre d’Algérie.