DIFFUSION EXCEPTIONNELLE : « ALGÉRIE, LA GUERRE DES APPELÉS »

« Ils avaient 20 ans et leur insouciance s’est consumée dans les Djebels. Deux millions de Français ont traversé la Méditerranée pour une opération de maintien de l’ordre qui est devenue la Guerre d’Algérie. »

Printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Sans expérience de la vie, ces jeunes hommes sont confrontés à des dilemmes moraux auxquels aucune autre génération n’avait eu à répondre et leur insouciance va se consumer dans une entreprise dont personne ne connaissait le but. 

Après des décennies de silence, à l’heure du bilan de leur vie, ils libèrent leur parole. À partir de leurs témoignages et d’images amateurs inédites, Algérie, la guerre des appelés, un documentaire en deux parties, raconte l’épreuve qu’ils ont traversée.

Compétition FIPA DOC 2019
Sélection documentaire national

DIFFUSION

© ftv

Une soirée documentaire

Dimanche 3 novembre à partir de 20h50 sur France 5,
les deux films à la suite

à l’occasion du 65e anniversaire du début de la guerre d’Algérie

LES ÉPISODES

LE BOURBIER Épisode 1 (durée 68’21)

©Whatsupfilms

1956, 10 ans après la fin de la guerre, le temps est à l’insouciance. Mais de l’autre côté de la méditerranée l’Algérie s’embrase et le contingent est envoyé en masse pour une simple « opération de maintien de l’ordre ». Pour la plupart des appelés, c’est un premier voyage, une aventure. Mais sur place, ils sont plongés dans un conflit dont ils découvrent la violence. Dès l’arrivée, la différence de niveau de vie entre certains Européens et les Algériens en interroge beaucoup sur le but de cette guerre. Dispersés ensuite sur l’ensemble du territoire, piégés à la poursuite de rebelles insaisissables, ils sont condamnés à vivre sous une menace permanente.

L’incertitude de la guerre, son absurdité apparente, la disparition de copains et l’isolement se conjuguent alors pour dessiner une vie en pointillé où disparaissent les repères.

L’HÉRITAGE

Épisode 2 (durée : 61’16)

© Whatsupfilms
4 ans après le début de la révolte en Algérie et 2 ans de guerre à outrance, pas un canton de France qui ne compte son jeune homme « mort pour la France ». Alors qu’une majorité de Français est désormais favorable à une solution négociée en Algérie, sur le terrain, les 400 000 hommes du contingent se sont enlisés dans une sale besogne aussi vaine, ingrate, que dangereuse. Une sale besogne qui conduit à un engrenage implacable.

Car face à des rebelles mobiles qui se fondent dans la population, les plus hauts gradés ferment les yeux sur des méthodes déjà éprouvées en Indochine : la guerre du renseignement se gagne par tous les moyens.

Comment un simple soldat peut-il  résister ? Est-ce possible ?

Un fossé se creuse alors entre les appelés pris dans une guerre sans merci et une société française éblouie par l’embellie que promet le début des années soixante. Le silence des appelés s’installe alors, avant même leur retour définitif.

FICHE TECHNIQUE

Un film écrit et réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman

Conseiller historique Tramor Quemeneur

Documentaire en deux parties
Épisode 1 – Le bourbier – durée 68’21
Épisode 2 – L’héritage   – durée 61’16

Commentaire dit par Johanna Nizard

Musique originale Stéphane Lopez

Une production What’s Up Films (Matthieu Belghiti), avec le soutien de la Procirep Angoa, avec la participation du Centre national de cinéma et de l’image animée et de France Télévisions Année 2019

Durée du replay sur france.tv  J+7

Note d’intention des auteurs / réalisateurs

WhatsupFilms

NOTE D’INTENTION DES AUTEURS/RÉALISATEURS, THIERRY DE LESTRADE ET SYLVIE GILMAN

Quand Matthieu Belghiti nous a proposé – à Sylvie Gilman et à moi même – de travailler sur « Algérie, la guerre des appelés », un gros travail de recherches d’archives avait été réalisé par Tramor Quemeneur, historien et conseiller historique.
C’était une récolte unique de films amateurs tournés par les appelés eux-mêmes en Algérie, mais aussi des lettres, des photos. C’était un petit trésor… et nous avons pourtant hésité, Sylvie et moi. Pourquoi en effet un film supplémentaire sur la guerre d’Algérie ?  L’essentiel n’avait-il pas déjà été dit ?
Le vocabulaire de cette guerre est bien connu de tous : pacification, barricades, De Gaulle, rapatriés, putsch des généraux, OAS, Harkis, torture… Au gré de l’ouverture d’archives secrètes, du travail des historiens, les vérités enfouies ont affleuré. Qu’ajouter de plus au récit historique ? C’est à cette période là, où nous hésitions, que mon père est mort. Et alors que je mettais un peu d’ordre dans son hangar, quelques jours après la dispersion de ses cendres, j’ai trouvé sous un établi un objet tout en longueur, soigneusement empaqueté dans du papier cartonné. J’ai défait la corde qui le maintenait : c’était le fusil de mon père, canon replié. Je ne me souvenais pas de mon père se servant d’un fusil. Même pas à la chasse, contrairement à ses voisins. L’intérieur du canon était d’ailleurs recouvert de rouille. M’est alors revenu en mémoire une phrase qu’il avait maintes fois répétée, que je n’avais sûrement pas su comprendre : « Vous donnez un fusil à un homme, et ce n’est plus le même homme ». Son fusil maintenant entre les mains, j’ai compris qu’il parlait de la guerre d’Algérie. Mon père est mort sans en avoir dit plus sur sa guerre. Il est parti avec ses silences. Comme tant d’autres. Mais ce silence ne doit pas nous abuser : cette guerre a marqué toute une génération. Il m’a alors paru indispensable de faire raconter leur guerre à ceux qui étaient encore vivants. De poser les questions que je n’avais pas posées à mon père.

Sylvie, dont le père fut également en Algérie, s’est engagée dans la même démarche. Après le recueil des images, le projet du film s’est doublé d’un recueil de témoignages. Pour expliquer au mieux cette guerre, il fallait avant tout écouter ceux qui l’avaient faite, ceux qui l’avaient vécue, ceux qui l’avaient subie. Les paroles des anciens appelés que nous avons recueillies nous ont donné la certitude que ce film devait être un film de témoignages qui allaient nous permettre de faire revivre ces images. Une façon de s’approcher au mieux de la vérité de toute une classe d’âge, la dernière « génération du feu ». Avec l’idée que la multitude des visages allait donner un
visage à la guerre d’Algérie. La guerre d’Algérie, même si son récit s’est éclairé ces dernières années, demeure une zone d’ombre de notre histoire. Elle reste au cœur d’affrontements de mémoires, même à l’intérieur du pays. Si, en tant que documentariste, notre rôle est d’avancer sur ces terrains minés, une seule attitude paraît possible : adopter une démarche de vérité et d’honnêteté.

LA RENCONTRE AVEC LES APPELÉS

© Whatsupfilms
(en photo : André Maurel, un des appelés)
Tramor Quemeneur nous a donné accès à de nombreux appelés. Plusieurs sont aujourd’hui des personnages du film comme Stanislas Hutin ou Bernard Henry mort à 20 ans en Algérie. Ce dernier est présent dans le film grâce aux archives personnelles que son frère nous a confiées ainsi que les correspondances avec sa famille. Mais nous voulions avant tout rencontrer des personnes qui n’avaient encore jamais parlé. L’intention était de recueillir une parole la plus spontanée possible, en évitant les récits déjà construits, répétés maintes fois et qui risquaient de ne pas laisser place au sentiment. Nous ne cherchions pas forcément de révélations spectaculaires, nous voulions plutôt nous atteler à un travail d’archéologie. Mais une « archéologie du sentiment», pour reprendre l’expression de Ken Burns à propos de sa série « The war ». Car il s’agit avant tout de sentiments. Donc de paroles : celle des appelés. Pendant les interviews, il était très émouvant de voir tout à coup ressurgir chez ces hommes de plus de 80 ans les jeunes hommes de 20 ans. Le « jeune homme de 20 ans qui pleure encore», pour reprendre l’expression d’un appelé. De cette sincérité émerge toujours une vérité. C’est la vérité du soldat, c’est aussi la vérité du vieil homme qui cherche à se réconcilier avec le jeune homme qu’il fut. Il était évidemment très important de recueillir leur parole à la première personne. Et de centrer le témoignage sur ce qu’ils avait vécu et vu.
Dans le choix des intervenants nous avons voulu respecter un équilibre géographique, mais aussi balayer le spectre politique et social. Certains étaient professeurs, ouvriers, séminaristes, d’autres communistes, chrétiens engagés ou pour la plupart non politisés. Chacun incarnant à sa manière des « missions civilisatrices » de la France mises à mal pour tous sur place.

LE TRAVAIL DES ARCHIVES

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Pour nous, Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, ce qu’ont vécu ces jeunes hommes de 20 ans s’apparente à une odyssée. Quitter sa famille, sa fiancée, son village, prendre un bateau pour aller de l’autre côté de la mer, affronter l’inconnu, se confronter à la guerre, aux choix moraux qu’elle impose, puis rentrer à la maison. Revenir métamorphosé. Se murer dans le silence devant la pudeur des proches et l’indifférence des autres.

Notre pari était de réaliser un film qu’avec le maximum d’archives personnelles et amateurs tournées par des soldats en Algérie. Tramor Quemeneur a effectué un travail de recherches colossal en cinémathèques et chez des particuliers. Les images tournées en 8 mm, inédites pour la plupart, participent de manière essentielle à la signature de ce film, à sa subjectivité. Si certaines d’entre elles sont remarquables, il s’agit surtout de décrire le quotidien du soldat : camions ensablés, méchouis, balades à dos d’ânes, danses et travestissements de soldats faisant les idiots devant la caméra, ennui, écriture de lettres aux familles… Loin des images de conflits et de la guerre, les appelés ont enregistré leurs souvenirs d’Algérie. Au premier abord, ces images pouvaient paraître banales. Mais une fois portées par la voix d’autres appelés, ces images ont retrouvé toute leur émotion : derrière le grain de chaque plan, on sent tout à coup le
regard de celui qui filme, la main qui tremble de celui qui tient la caméra. Ces images participent tout autant que les témoignages à cette archéologie du sentiment.

LA CRÉATION DE DÉCOR POUR LES INTERVIEWS

Le décor était essentiel pour recueillir les témoignages. Il était important de faire venir nos appelés dans un décor unique. Venir jusqu’à Paris constituait une démarche très forte qui ouvrait déjà le chemin de la parole. Ce n’est pas sans scrupules que nous l’avons demandé à tous – c’était un effort important pour certains d’entre eux qui ont une santé déclinante – mais cela nous paraissait constitutif du projet. Il fallait créer les conditions particulières pour recueillir leur parole. La scénographie est minimale : un fauteuil, une lampe sur pied, une table basse et quelques éléments personnels que chaque témoin était libre d’apporter. L’important était avant tout de permettre à nos personnages de pouvoir faire ce saut arrière dans le passé. Chacun savait qu’un autre homme avant eux s’était assis sur le même fauteuil et qu’un autre homme leur succéderait. Enfin le décor unique égalise les différentes conditions sociales, comme l’armée.

NOTE DU CONSEILLER HISTORIQUE –  TRAMOR QUEMENEUR

J’ai commencé à travailler sur les appelés du contingent dans la guerre dans le cadre de ma thèse, dirigée par Benjamin Stora, qui portait plus particulièrement sur la question des désobéissances. Depuis lors, je n’ai jamais arrêté de travailler sur la guerre d’Algérie et sur les appelés. En 2010, j’avais élaboré un premier travail avec Benjamin Stora autour des archives privées et des parcours individuels. C’est le livre Algérie 54-62. Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, publié aux éditions Les Arènes. L’année suivante, j’ai poursuivi le travail avec le journaliste Slimane Zeghidour autour des photographies en couleurs prises par les appelés pendant la guerre (L’Algérie en couleurs, Les Arènes). Enfin, en avril 2018, j’ai publié un dossier dans le magazine Historia sur les témoignages d’appelés, à travers leurs lettres, leurs journaux intimes, leurs photographies…

Aussi, de la photo au film amateur, il n’y avait qu’un pas. C’est pourquoi, ce projet avec What’s Up Films m’a enthousiasmé. Nous avons écumé les cinémathèques de France, lancé des appels, découvert des pépites… En creusant, j’ai pu constater qu’il existe des films qui restent dans les familles, parfois sans même pouvoir être visionnés. Mais ils sont bien là et ils ont une valeur de témoignage importante. Nous avons ainsi fait des dizaines d’heures de visionnage de ces films, repéré certains d’entre eux, effectué des recherches sur leurs auteurs et obtenu leur témoignage. Thierry de Lestrade a réalisé un immense travail d’indexation et de « découpage » des films pour en garder la quintessence.

Il fallait en plus obtenir le témoignage des appelés. Nous voulions une sorte de « film cathédrale » qui rende compte du nombre conséquent de soldats engagés dans cette guerre (près de deux millions), de la variété de leurs parcours et de l’hétérogénéité de leurs positionnements politiques passés et présents.

Beaucoup d’entre nous avons un père ou un grand-père qui a participé à cette guerre. Ces anciens combattants arrivent maintenant à la fin de leur vie. Il fallait leur donner la parole, eux qui se caractérisent en général par leur silence. J’espère que ce film apportera de nombreuses réponses aux questions qui peuvent se poser, donnera une vue la plus objective et exhaustive possible sur les parcours des appelés dans la guerre, et qu’il amènera de nombreux grands-pères à raconter à leurs petits-enfants la guerre dure à laquelle ils ont dû participer, même si c’est parfois difficile, afin de lever le voile du non-dit et de permettre de cicatriser les plaies mémorielles.

Parution : « Une fille sans histoire »

Grande surprise de découvrir, dans les listes de romans de la rentrée, un titre qui m’était familier et que je ne pouvais oublier, Une fille sans histoire. Le nom de l’écrivaine avait changé… Ce n’était donc pas une réédition ! Dommage… L’envie m’a prise d’aller voir de plus près. Pourquoi la reprise d’un titre à trente ans d’écart : 1989 et 2019. Les thématiques étaient-elles proches ? La seconde romancière avait-elle voulu rendre hommage à la première ? La quatrième de couverture du second roman m’apprenait qu’il n’en était rien. Ma curiosité bien aiguisée, je re-lisais le premier et découvrais le second !

Tassadit Imache, il y a trente ans en 1989, inaugurait son entrée en littérature avec ce titre en apparence banal et qui ouvrait un récit de vie qui, lui, ne l’était pas du tout. Je vous parle d’un temps « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »… ! C’était surtout une période où a émergé un courant, dans les littératures algérienne et française, qu’on a nommé « littérature beur » et qui était illustré par des noms connus désormais ou, parfois, oubliés… comme les titres de leurs récits : Mehdi Charef, Mehdi Lallaoui, Mustapha Raïth, Azouz Begag, Nacer Kettane, Akli Tadjer, Farida Belghoul, Mohand Mounsi et d’autres dont Tassadit Imache. Plusieurs critiques s’y sont intéressés – en particulier le critique et universitaire britannique Alec G. Hargreaves qui soulignait la difficulté de nommer ces créations (« la culture innommable ? ») : « Ce n’est que dans les années 1970, avec la sédentarisation des populations d’origine maghrébine, que l’on commence à reconnaître dans la vie de celles-ci une véritable dimension culturelle. Depuis lors, les termes servant à désigner ce champ culturel, n’ont cessé de se succéder. « Culture immigrée », « culture beur », « culture franco-maghrébine », « culture issue de l’immigration », « culture de la banlieue », « cultures urbaines », « culture de la rue » : chacune de ces expressions a été le site de débats âpres et parfois confus ».

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Parution : Pierre Guyotat, « Divers – Textes, interventions, entretiens 1984-2019 »

C’est toujours une joie de recevoir de la part de l’immense Pierre Guyotat ses Divers – Textes, interventions, entretiens 1984-2019 (Belles Lettres) et une marque de son amitié.

Pierre Guyotat y signe un texte intitulé « Courbet au rayon X : contre la loi de censure », paru originellement dans Libération en 1994. Il y défendait Jacques Henric, dont le livre Adorations perpétuelles (Le Seuil) reproduisait en couverture L’Origine du monde, le si célèbre tableau de Courbet, ce qui avait poussé la police, sur intervention de maires désœuvrés et illettrés, à faire retirer l’ouvrage des vitrines de plusieurs librairies françaises.

Pierre Guyotat en parle, hélas, en spécialiste. Il faut encore et toujours redire que, publié en 1970 chez Gallimard et préfacé par Roland Barthes, Philippe Sollers et Michel Leiris, son Éden, Éden, Éden est aussitôt interdit. Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur en prohibe l’affichage, la vente aux mineurs et la publicité. Ni la pétition signée des noms de Maurice Blanchot, Sartre, Genet, Simone de Beauvoir, Pasolini, Pierre Boulez…, ni l’intervention de François Mitterrand devant l’Assemblée, ni l’instruction écrite de Georges Pompidou, alors président de la république, à son ministre de l’Intérieur, ne font revenir celui-ci sur sa décision.

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Parution : « Jeanne, l’Algérie, la guerre »

Aux éditions du Vistemboir cette année c’est une double rentrée littéraire puisque le label normand a inauguré il y a peu une nouvelle collection polar… le Noir du Vistemboir.

Par Bertrand Goulet

Deux ouvrages viennent s’ajouter à la collection de cette maison d’édition caennaise, deux ouvrages écrits par des auteurs normands, comme il se doit.
Avec « Jeanne, l’Algérie, la guerre » Anne-Marie Allain signe ici son premier roman et plonge le lecteur dans la période de la guerre d’Algérie avec le regard et le ressenti d’une adolescente bousculée et déchirée entre deux mondes juste séparés par la Méditerranée, l’Algérie en guerre et la France en paix.

Nivillac. Ils racontent un « Retour en Algérie »

Novembre est le Mois du film documentaire qui en est à sa 20e édition. La médiathèque L@ Parenthèse et le cinéma La Couronne proposent Retour en Algérie les 8 et 9 novembre 2019.

A la médiathèque L@ Parenthèse, la semaine dernière, Gaëlle Beaussaron, la directrice, et Sébastien, collaborateur au cinéma La Couronne, accueillaient Pierre-Marie Prat, écrivain, et Emmanuel Audrain, cinéaste.

Et Gaëlle Beaussaron, d’expliquer leur présence : « Comme nous avions retenu collégialement, avec La Couronne et la médiathèque de Saint-Dolay, le thème Des droits de l’homme : (re)mis en question ?, il nous a semblé intéressant de débattre sur l’ordre et l’immoral. Pierre-Marie Prat, ancien pied-noir résidant à Nivillac, nous a orientés vers l’historienne Armelle Mabon , et Emmanuel Audrain, présent parmi nous, réalisateur de plus d’une douzaine de films dont le documentaire qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir Retour en Algéri ».

Pierre-Marie Prat a publié, voici deux ans, Voyez passer les orphelines (www.lignesdevie.com), histoire romancée sur la guerre en Algérie, pays qu’il a quitté en 1958 à l’âge de 10 ans.

« Mettre des mots sur les maux »

Armelle Mabon, de Lorient, a publié la bande dessinée Morts par la France : Thiaroye 1944. Elle raconte l’histoire de soldats sénégalais qui sont envoyés en bateau à Dakar en 1944, après avoir combattu pour la France, et qui vont se faire massacrer. Leur seul tort : avoir réclamé leur solde.

Emmanuel Audrain, résidant à Lorient, est un documentariste gravitant autour de deux univers : celui de la mer et celui tourné vers l’écoute et l’amitié. C’est de ce dernier que s’inspire son dernier film Retour en Algérie.

Et Emmanuel Audrain relate comment il en est arrivé là : « C’était à Guidel, lors d’une assemblée générale d’une association d’anciens d’Algérie. Quelqu’un a demandé à prendre le micro, mais lorsqu’il a celui-ci en mains, il s’est mis à pleurer, sans rien dire. C’est là que j’ai compris que je devais mettre des mots sur les maux, en essayant de dialoguer avec ces soldats, de libérer tant la parole que la mémoire enfouie, ou du moins de les accompagner psychologiquement ».

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Guerre d’Algérie : quand le secret défense entrave la mémoire

Comme Maurice Audin, des milliers d’Algériens disparaîtront du fait des forces de l’ordre françaises pendant la guerre d’Algérie. Emmanuel Macron a promis l’ouverture des archives pour sortir leur trace du brouillard du récit officiel et du refoulé. Historiens et familles l’attendent encore.

l y a un an, Emmanuel Macron annonçait l’ouverture des archives dans l’affaire Maurice Audin. Une décision très attendue, soixante-et-un ans après la disparition du mathématicien communiste algérien d’origine européenne, investi dans la guerre d’Algérie du côté de l’indépendance. Et autant d’années de lutte pour Josette Audin, sa femme, qui a sans relâche réclamé la lumière sur les suites de l’arrestation de son mari par les parachutistes de l’armée française, un jour de juin 1957, à Alger. C’est-à-dire, à une époque qu’on appellera “la Bataille d’Alger”, et où les pouvoirs de police, comme le pouvoir militaire, étaient entre les mains du général Massu.

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Les vidéos du débat sur les archives de la guerre d’Algérie

Comme le montrent les cinq montages vidéo rendant compte des débats que nous présentons ici, la question du libre accès aux archives de cette période est apparue, lors de cette journée comme une question centrale.

Le président Macron a rendu publique, le 13 septembre 2018, lors de sa visite à la veuve de Maurice Audin, Josette Audin, une déclaration disant que son mari avait été tué par les militaires qui le détenaient et que sa mort avait été rendue possible par un système autorisant l’armée à détenir et interroger tout suspect. Ce système a conduit à des milliers d’autres disparitions d’Algériens (voir le site 1000autres.org), et, afin d’aborder leur sort, le besoin se fait sentir aujourd’hui d’un arrêté de dérogation générale portant ouverture des archives de la guerre d’Algérie, comparable à celui de décembre 2015 concernant celles de la Seconde Guerre mondiale.

Voici les principaux moments de ces débats.

Le député de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, ainsi que Pierre Audin soulèvent la question de l’obstacle que constitue en France le « secret défense » pour la recherche de la vérité dans le sort de ces disparus de la guerre d’Algérie. Gilles Manceron souligne que l’appliquer aujourd’hui a pour effet de dissimuler des crimes. Dans l’affaire Audin, Sylvie Thénault montre que les archives militaires contiennent des documents produits par le mensonge et ne croit pas qu’on apprenne grand chose dans les archives sur les disparitions. Gilles Morin n’est pas d’accord, il pense qu’on trouvera des traces significatives quand on ouvrira les archives et qu’il faut que cette ouverture soit extrêmement large, beaucoup plus large que ce qui nous est promis pour l’instant. Au nom du Service interministériel des archives de France, Jean-Charles Bedague, explique que les archivistes font, en fonction des textes en vigueur, un énorme travail préalable de repérage des documents concernant les disparus et demandent la levée, un à un, de leur classification, ce qui prend beaucoup de temps.

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Rendre accessibles les archives de la guerre d’Algérie

Il serait temps que la France cesse de se distinguer parmi les démocraties par des entraves à la liberté d’accès à ses archives. Si les obstacles longtemps opposés à l’accès à celles de la Seconde Guerre mondiale ont été peu à peu levés, il en persiste d’importants concernant l’accès à celles d’une autre page de son histoire, celle des guerres coloniales, en particulier de la guerre d’Algérie.

La France n’a pas à rougir de son histoire. Nombreux sont les épisodes qui sont pour ses citoyens d’aujourd’hui des motifs de fierté, de la proclamation des droits de l’homme en 1789 à sa contribution à la déclaration universelle de 1948, en passant par le « moment de la conscience humaine » qu’a été la dénonciation, en 1898, de l’injustice faite à Dreyfus, ou par la loi qui a imposé, en 1905, au prix d’un important débat de société, la séparation des Eglises et de l’Etat. Forte de cette histoire, la France n’a pas lieu de dissimuler d’autres pages moins glorieuses qui, elles aussi, appartiennent à son passé. Celle de la Seconde Guerre mondiale, où « il n’y a pas eu beaucoup de Jean Moulin » et où ses institutions ont collaboré avec l’occupant, a longtemps été tenue dans l’ombre. Et aujourd’hui celle des guerres coloniales, où de nombreux crimes ont été commis en son nom, reste difficile à aborder en raison de la non communicabilité d’un certain nombre d’archives d’Etat.

Les archives doivent être librement accessibles aux citoyens. Une loi de la Première République, du 24 juin 1794, a créé les « Archives nationales », elle stipule que « Tout citoyen peut demander communication des documents qui sont conservés dans les dépôts des archives, aux jours et heures qui sont fixés ». Elle pose le principe selon lequel l’accès aux archives est un droit civique.

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Archives de la «guerre d’Algérie» : les mises en garde d’un historien français

Par Mohamed K. L’historien français Gilles Manceron ne s’explique pas pourquoi les autorités de son pays hésitent toujours à rendre accessibles les archives concernant la «guerre d’Algérie», malgré la promesse faite solennellement depuis plus d’une année par le président Emmanuel Macron, à l’occasion de l’hommage officiel qu’il avait rendu à Maurice Audin.

Dans une longue contribution parue dans son blog personnel, ce spécialiste de l’histoire de la colonisation estime que, «forte» d’une histoire glorieuse, la France «n’a pas lieu de dissimuler d’autres pages moins glorieuses qui, elles aussi, appartiennent à son passé». Il cite la Seconde Guerre mondiale, «où il n’y a pas eu beaucoup de Jean Moulin» et où des institutions ont collaboré avec l’occupant, et aujourd’hui les guerres coloniales, «où de nombreux crimes ont été commis en son nom», mais qui restent difficiles à aborder en raison, selon lui, de «la non-communicabilité d’un certain nombre d’archives d’Etat».

L’auteur part du principe selon lequel l’accès aux archives est un droit civique dans son pays. Il regrette qu’en dehors des archives inhérentes à la Seconde Guerre mondiale, grâce à une dérogation générale faite en 2015, cet outil n’ait pas été utilisé pour ce qui concerne tous les documents de la «guerre d’Algérie». Il note, à ce propos, que lors d’une journée d’étude organisée le 20 septembre 2019  dans une salle de l’Assemblée nationale sur «les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises», la question du libre accès aux archives de cette période a été posée avec insistance par les participants.

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Harkis au camp de rivesaltes

de FATIMA BESNACI LANCOU
La relegation des familles septembre 1962 decembre 1964 Paru le 27 juin 2019 Essai (broché)

Résumé

Le camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, a été un camp d’internement et de relégation utilisé à partir de la fin des années 1930 jusqu’aux années 1960. Dans le cadre de la collection « Récits et témoignages » du Mémorial du Camp de Rivesaltes, Fatima Besnaci-Lancou, historienne et essayiste, a rassemblé quinze témoignages relatant les conditions dans lesquelles des familles de harkis ont été internées dans le camp à partir de l’été 1962. L’auteure, elle-même alors enfant, y fut internée. À travers les parcours de ces hommes et de ces femmes, c’est tout un pan de l’histoire entre l’Algérie et la France qui s’incarne au fil des récits.  En co-édition avec le Mémorial du Camp de Rivesaltes, collection « Récits et témoignages », sous la direction scientifique de Denis Peschanski, historien.