Macron ouvre les archives secrètes de la guerre d’Algérie

Emmanuel Macron a fait hier un nouveau geste pour « réconcilier les mémoires » entre Français et Algériens en facilitant l’accès aux archives classifiées datant de plus de 50 ans, et donc sur l’histoire encore sensible de la guerre d’Algérie.

Cette décision marque une nouvelle étape dans la dynamique du chef de l’Etat pour tenter de relancer les relations franco-algériennes en les purgeant des « tabous » qui demeurent vivaces près de 60 ans après la fin de la colonisation et de la guerre, en 1962. Ce « travail de mémoire » s’est accéléré depuis la remise, le 20 janvier, du rapport de l’historien Benjamin Stora, et devrait encore s’amplifier d’ici la fin du quinquennat. Mardi dernier, Emmanuel Macron a ainsi reconnu la responsabilité française dans l’assassinat de l’avocat indépendantiste Ali Boumendjel en 1957.La décision sur les archives est moins symbolique et plus technique. Sa portée dépasse en outre le cadre algérien puisque le chef de l’Etat « a entendu les demandes de la communauté universitaire », qui se plaint de ses difficultés croissantes à accéder aux archives classifiées de plus de 50 ans en raison de l’application scrupuleuse du « secret-défense nationale ».

Concrètement, dès aujourd’hui, les Archives nationales et les services des ministères des Affaires étrangères et des Armées pourront déclassifier les archives par cartons entiers et non plus feuille par feuille comme cela était le cas. Cela devrait permettre d’ »écourter sensiblement les délais d’attente liés à la procédure de déclassification, s’agissant notamment des documents relatifs à la guerre d’Algérie » (1954-1962). Les chercheurs auront accès aux documents allant jusqu’à 1970, soit l’année du départ du dernier soldat français d’Algérie.
Ces dossiers peuvent ainsi porter sur « les disparus » de la guerre – 2 200 Algériens selon Alger – et sur « les documents internes que l’Etat a été susceptible de produire » durant cette période, selon un conseiller. Soit une « masse colossale » d’archives qui reposent dans « des milliers de cartons ».

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L’accès aux archives classifiées, dont celles sur la guerre d’Algérie, va être facilité

Dans le cadre du travail de mémoire sur la guerre d’Algérie, des documents couverts par le secret de la Défense nationale seront déclassifiés dès mercredi 10 mars.

C’était l’une des recommandations du rapport de l’historien Benjamin Stora, rendu en janvier dernier : Emmanuel Macron va faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la guerre d’Algérie.

Le chef de l’État « a pris la décision de permettre aux services d’archives de procéder dès (mercredi) aux déclassifications des documents couverts par le secret de la Défense nationale (…) jusqu’aux dossiers de l’année 1970 incluse », indique l’Elysée, ce mardi 9 mars, dans un communiqué. « Cette décision sera de nature à écourter sensiblement les délais d’attente liés à la procédure de déclassification, s’agissant notamment des documents relatifs à la guerre d’Algérie », selon le texte.

Cette annonce intervient une semaine après la reconnaissance par le président, « au nom de la France », que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été « torturé et assassiné » par l’armée française pendant la guerre d’Algérie en 1957.

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Déclassification facilitée des archives de la guerre d’Algérie : une avancée en trompe-l’œil ?

Déclassification facilitée des archives de la guerre d’Algérie : une avancée en trompe-l’œil ?

Après avoir reconnu la responsabilité de la France dans l’assassinat de l’avocat indépendantiste Ali Boumendjel, le président Emmanuel Macron fait un nouveau geste pour faciliter l’accès aux archives classifiées incluant notamment la guerre d’Algérie.

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Qui sont ces amoureux qui se sont échangés près de mille lettres pendant la guerre d’Algérie ?

Une habitante de Verneuil-en-Halatte, dans l’Oise, a trouvé dans sa cave une valise pleine de lettres échangées entre un soldat et sa bien-aimée pendant la guerre d’Algérie.

Par Nicolas Aubouin Publié le 2 Mar 21 à 18:20
À qui appartiennent ces lettres ? C’est la question posée par Catherine sur les réseaux sociaux. Cette habitante de Verneuil-en-Halatte, dans l’Oise, a trouvé une valise pleine de lettres échangées entre deux amoureux pendant la guerre d’Algérie. Près de mille courriers et photos dormaient ainsi dans sa cave. Elle aimerait remettre ce trésor à la famille des deux destinataires.Mais, malgré de nombreux partages, impossible de trouver ce que sont devenues ces personnes ou leurs potentiels descendants. Pour percer ce mystère, voici plusieurs indices contenus dans ces lettres.

Cette relation épistolaire a lieu en pleine guerre d’Algérie, vers 1956-1957. Le soldat s’appelle Robert Gerber. Selon les premières recherches, il aurait été affecté au régiment des chasseurs parachutistes. Sa petite-amie de l’époque se nomme Jeannine Bernard. Elle aurait vécu en région parisienne. Plusieurs courriers sont notamment adressé à Arcueil, dans le Val de Marne.

Si vous avez des informations, n’hésitez pas à contacter Actu Oise par mail à redaction.oise@publihebdos.fr. Nous transmettrons directement à la personne concernée.

 

« Il faut travailler sur les disparus de la guerre d’Algérie »

Benjamin Stora : « Il faut travailler sur les disparus de la guerre d’Algérie »

Pour l’historien, il est urgent de réconcilier des mémoires toujours à vif sur la question de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Selon lui, un geste est possible.
Interview Olivia Elkaïm
Publié le 03/03/2021 à 13h31 I Mis à jour le 03/03/2021 à 13h31

« La guerre est toujours une intimité » : Benjamin Stora cite la résistante Germaine Tillion dans France-Algérie, les passions douloureuses, ouvrage tiré du rapport « Les questions mémo­rielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » qu’il a remis à Emmanuel Macron le 20 janvier 2021 sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Car cette plaie, comme le dit justement le titre de son livre, reste ouverte. Elle concerne encore, de part et d’autre de la Méditerranée, des millions de personnes.

Votre livre s’intitule les Passions douloureuses, pourquoi ce conflit entre France et Algérie reste-t-il si singulier ?

L’Algérie n’est pas n’importe quelle colonie. La France y est restée presque un siècle et demi. Cinq à six générations de Français se sont succédé sur un territoire considéré comme appartenant à la France. Quand il y a eu séparation, au terme d’une guerre de sept ans, beaucoup l’ont vécu comme l’amputation d’un territoire national.

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Pierre Nora : « il n’y a pas de repentance à avoir »

Pierre Nora, historien, sur la guerre d’Algérie : « il n’y a pas de repentance à avoir » mais il salue aussi la reconnaissance de l’assassinat de Boumendjel : « il y a le problème du dialogue mémoriel entre la France et l’Algérie au plus haut niveau »

France Inter

France Inter
Pierre Nora, historien et éditeur, membre de l’Académie française, auteur de « Jeunesse » (Gallimard), est l’invité du Grand entretien de France Inter.

Plus d’infos : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-

Guerre d’Algérie : la reconnaissance de l’assassinat d’Ali Boumendjel est « un geste » qui en appelle d’autres, selon l’historien Benjamin Stora

Ce spécialiste reconnu de l’histoire contemporaine de l’Algérie avait été chargé de « dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ».
Article rédigé par
franceinfo avec AFP
France Télévisions

L’historien français Benjamin Stora estime que la reconnaissance par la France de l’assassinat du nationaliste algérien Ali Boumendjel est « un geste » symbolique qui en appelle d’autres. « Il faut prendre la mesure de chaque pas accompli et en proposer d’autres. Un geste succède à un geste », soutient-il dans un entretien publié jeudi 4 mars dans le quotidien algérien El Watan.

« Les gestes symboliques ne peuvent avoir de portée que s’ils sont appuyés de mobilisations citoyennes sur chacune des questions : les archives, les essais nucléaires, les disparus », estime également Benjamin Stora. « Il faut sortir du cadre du politique étroit et peut-être dégager des mobilisations originales sur des grandes questions de mémoire », suggère-t-il.

Ce spécialiste reconnu de l’histoire contemporaine de l’Algérie avait été chargé en juillet par Emmanuel Macron de « dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie (1954-1962) ». Après la remise de son rapport, le président de la République a reconnu, « au nom de la France », que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été « torturé et assassiné » par l’armée française pendant la bataille d’Alger en 1957.

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Les poussières de sable du Sahara étaient porteuses de Césium-137, résidu d’anciens essais nucléaires français


Quand un nuage de sable jaune orangé nous rappelle le passé. Du sable ramassé dans le massif du Jura a été analysé par un laboratoire près de Rouen en Normandie. On y retrouve des traces des essais nucléaires français au Sahara au début des années 60.
Publié le 26/02/2021 à 14h18 • Mis à jour le 28/02/2021 à 08h50

Pierre Barbey est spécialiste de la radioprotection à l’Université de Caen, il est aussi conseiller scientifique bénévole du laboratoire ACRO, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest.

Le 6 février, lorsque le phénomène de nuages de sable du Sahara traverse la France, il est aux premières loges dans le massif du Jura dans le secteur de Chapelle des Bois (Doubs). “Ce jour-là, c’était très étrange, nous avons chaussé les raquettes tôt le matin, la neige était blanche, au fil de la balade tout a changé, ça a duré toute la journée. J’étais avec des amis qui étaient inquiets en voyant ces poussières ocres recouvrir le sol », raconte-t-il.

Le scientifique pense très vite que ces poussières peuvent provenir du Sahara. Sur sa voiture, avec un kleenex, il prélève un échantillon. “Je me rappelle très bien qu’il y a 30 ans au moment de la création de l’ACRO (née après la catastrophe de Tchernobyl), nous avions déjà analysé du sable en provenance du Sahara. On y avait vu des traces de Césium-137. 30 ans après, je ne savais pas si on en aurait encore des traces, à une si lointaine distance du Sahara” ajoute le scientifique.

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Programmes et manuels d’histoire: pour ces profs, voici ce qu’il manque vraiment


Décolonisations, invisibilisation, repentance : l’histoire qu’ils enseignent est l’objet de polémiques. Face à la guerre de tranchées du débat public, trois profs donnent leurs positions sur ces questions.

Par Catherine Laurent

HISTOIRE – Attention, matière sensible! Déboulonnage de statues, guerre d’Algérie, esclavage… Les débats qui animent la société, les tensions qui la fracturent et les mémoires blessées remettent régulièrement en cause l’enseignement de l’histoire à l’école, tour à tour accusé de repentance ou de ne pas représenter une partie des citoyens français.

Une question dont s’empare régulièrement la classe politique: en 2017, le candidat à la présidentielle François Fillon regrettait qu’on apprenne aux enfants à “avoir honte” de la France au lieu de “réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national”. Le candidat Emmanuel Macron avait, lui, qualifié la colonisation de “crime contre l’humanité” en pleine campagne présidentielle de 2017. En 2005, sous Jacques Chirac, l’idée d’enseigner les aspects “positifs” de la colonisation avait été inscrite dans la loi, avant d’être supprimée sous le coup des critiques.

Accorder, dans les programmes scolaires, plus de place à l’histoire de la France en Algérie

Rapport Stora, 2021

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Guerre d’Algérie : les cicatrices profondes des descendants de combattants algériens, de harkis et de pieds-noirs

Les équipes de France 2 ont rencontré un pied-noir, un petit-fils de combattants algériens et un fils et petit-fils de harkis, alors qu’un rapport portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie a été remis à Emmanuel Macron fin janvier.

Même 60 ans après, la guerre d’Algérie a laissé des cicatrices profondes dans les mémoires. Même loin des yeux, dans son cœur de pied-noir, l’Algérie est restée son pays. Jacki Malléa a quitté précipitamment cette terre natale à l’âge de 22 ans, quatre jours après la déclaration d’indépendance. « Il y avait des bruits qui couraient partout, que les Algériens allaient se venger (…). Quand j’étais dans l’avion, je me suis même posé la question, si je faisais bien de partir. Je laissais mon pays », raconte Jacki Malléa. Comme lui, 900 000 Français d’Algérie ont alors été rapatriés en France à partir de l’été 1962.

« C’est normal qu’on se révolte »
Dans la famille de Hichem Meguellatni, aussi, une partie du passé s’est envolée. Petit-fils d’ancien combattant algérien, il n’a aucune photo de son grand-père paternel. Tout a disparu avec lui, le jour de son exécution par l’armée française. La guerre, qui éclate en novembre 1954, oppose l’armée française aux partisans de l’indépendance algérienne. Les nationalistes veulent mettre un terme à plus d’un siècle de colonisation. « Tu n’as pas le droit de vivre comme tu veux chez toi. On te prend ce qui t’appartient. Les terrains, ce n’est pas à vous. C’est normal qu’on se révolte », confie Hichem Meguellatni.

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