La censure du film « Résistantes » « inacceptable » pour la société de distribution

« Cette censure inacceptable s’est exercée au nom d’une défense des harkis qui ne sont jamais cités dans ce film », peut-on lire dans un communiqué de La société de distribution les Films des deux rives basée à Montpellier. Cette société distribue dans toute la France le film « Résistantes, tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans ».

Le samedi 23 novembre, face aux risques de débordement de la communauté harki du Grand-Villeneuvois, le cinéma L’Utopie de Sainte-Livrade a, « avec regret », décidé d’annuler la projection du film en présence de la réalisatrice Fatima Sissani. La manifestation était organisée dans le cadre des AOC de l’égalité, en partenariat avec la revue Ancrage.

« Par la visite des camps de Bias, Sainte-Livrade et du Cafi, nous souhaitions, avec Fatima Sissani, donner la parole à des femmes engagées, d’hier à aujourd’hui, a expliqué L’Utopie pour motiver sa décision. Mais il semble malheureusement que l’Histoire soit encore trop douloureuse pour pouvoir engager un dialogue serein. »

« Les spectateurs de Sainte-Livrade ont été ainsi privés du témoignage d’Eveline Safir Lavalette, Zoulikha Bekaddour, Alice Cherki, résistantes engagées dans la lutte pour la libération de l’Algérie », indique la société de distribution qui compte médiatiser l’affaire. « Vous serez certainement sensibles à l’atteinte inacceptable à la liberté d’expression d’un film qui dispose de son visa d’exploitation légal », écrit-elle en rappelant qu’elle est membre du Syndicat des Distributeurs Indépendants (SDI). Ce dernier a déjà participé à la programmation de ce film dans plus de 80 salles en France.

Elle assure enfin « les responsables de la salle Utopie à Sainte Livrade de sa totale solidarité » et « appelle les producteurs, distributeurs et programmateurs de salles à protester contre cette censure d’un film Art et essai.

« Résistantes » est un documentaire de la guerre d’Algérie à travers le portrait de trois femmes qui s’étaient impliquées dans le conflit.

B.C.

« Qu’un sang impur » : première bande-annonce sombre et déchirante sur la guerre d’Algérie

Le scénariste d’Un prophète signe un film sur les conflits terribles des années 50 et 60 entre Algérie et France.

Aux armes, citoyens : cela fait déjà six ans que la guerre d’Algérie fait rage et aucun des deux camps, français ou rebelles, ne fait de prisonniers. C’est dans ces circonstances que la France rappelle le lieutenant-colonel Paul Andreas Breitner, vétéran de la guerre d’Indochine qui n’est plus que l’ombre de lui-même et espérait avoir laissé derrière lui son douloureux passé de soldat. Au cœur d’une mission quasi-suicidaire, le militaire rejoint un groupe hétéroclite et prend la route pour découvrir une Algérie bien éloignée de tout ce qu’il avait pu imaginer.

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« On ne pense pas assez à l’Algérie comme territoire de déracinés »

HISTOIRE. À partir d’un documentaire, Dorothée-Myriam Kellou réveille la mémoire des camps de regroupement de populations pendant la guerre d’Algérie. Explications.

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Modifié le – Publié le | Le Point.fr
À Mansourah, tu nous as séparés. Un documentaire intime, voire intimiste, qui aborde un aspect douloureux de la guerre d’Algérie. Bien que ces camps aient été organisés dans les Aurès très vite après le début des « événements d’Algérie » en novembre 1954, leur existence ne fut révélée qu’en 1959. Il aura fallu la « fuite » dans la presse du rapport rédigé par le tout jeune inspecteur des finances Michel Rocard pour que cet aspect des « événements d’Algérie » soit porté à la connaissance de l’opinion publique française et internationale. Combien d’Algériens furent soumis à ce traitement ?

Au théâtre de la Bastille, les fantômes intimes de la guerre d’Algérie

Le troisième volet de « Des territoires » confirme le talent de l’auteur et metteur en scène Baptiste Amann à enchâsser l’histoire dans l’actualité.

Par Publié hier à 09h15, mis à jour hier à 10h49

C’est la pièce qu’on attendait : celle qui arriverait à lier l’histoire de la guerre d’Algérie et l’actualité des « quartiers » d’aujourd’hui, avec une justesse et un panache jamais vus jusque-là. On doit ce spectacle, intitulé Des territoires (… et tout sera pardonné ?), à un auteur de 33 ans, Baptiste Amann, qui signe ici le troisième volet d’une trilogie entamée en 2014.

Les deux premiers épisodes, Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) et Des territoires (… d’une prison l’autre) étaient déjà plus que prometteurs. Ce dernier volet confirme un talent d’auteur comme il n’en apparaît qu’un ou deux par génération. Comme tout artiste digne de ce nom, Baptiste Amann est bien en train d’inventer son territoire propre, à la croisée de l’histoire, du politique, de l’intime et de l’art.

Lire le portrait (2017) : Théâtre : les territoires gagnés de Baptiste Amann

Ce territoire part de ceux que l’on a souvent dit « perdus » pour la République. Baptiste Amann vient d’Avignon, d’une de « ces zones pavillonnaires qui constituent autant d’angles morts dans notre représentation schématique de la société urbaine, coincée entre deux fantasmes, celui des centres-villes et celui des cités HLM », comme il le dit lui-même. Le pavillon de ses parents faisait face à la cité, et Baptiste Amann écrit à partir de là. Et il écrit somptueusement bien, dans une langue qui ne reste pas engluée au réel, comme on en subit trop de nos jours, où les formes indigentes, platement réalistes, se sont multipliées.

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Un film pour raconter une partie de la guerre d’Algérie

Samedi, la médiathèque L’Arc-en-ciel propose une séance gratuite de cinéma. Le film projeté, réalisé par Dorothée-Myriam Kallou, a pour titre À Mansourah, tu nous as séparés.

Il revient sur un épisode méconnu de la guerre d’Algérie, lorsque 2 350 000 personnes ont été déplacées par l’armée française dans le cadre de la lutte contre le Front de libération nationale (FLN). Forcées de quitter leur lieu de résidence, elles ont été regroupées dans des camps. Malek Kallou est retourné à Mansourah, son village natal, accompagné de sa fille, Dorothée-Myriam, pour revenir sur cet épisode historique que la plupart des jeunes ignorent malgré les terribles bouleversements qu’il a causé. La projection sera suivie d’un temps d’échange avec Malek Kallou.

Samedi 16 novembre, à 20 h, à la médiathèque. Gratuit. Réservation obligatoire au 09 67 04 68 78 ou directement à la médiathèque.

« Harkis, quand la France abandonne ses enfants »

Aujourd’hui dans Affaires sensibles, l’histoire de Français que la France a oubliés : les harkis. Invitée Fatima Besnaci-Lancou, spécialiste de la guerre d’Algérie et co-fondatrice de l’association Harkis et droits de l’Homme.

« Harki. Nom masculin. Militaire servant dans une formation militaire – appelée harka – pendant la guerre d’Algérie ». Mais aussi, par extension « Membre de la famille d’un harki ou descendant d’un harki ». C’est la définition que donne le Larousse, suggérant ainsi que le qualificatif se transmet par le sang, de génération en génération. Un mot singulier, puisqu’il désigne encore aujourd’hui des centaines de milliers de Français alors que les harkis, ces militaires engagés aux côtés de la France en Algérie, n’ont été soldats, de fait, que pendant la guerre.

Réfugiés en France à partir de 1962, ceux que l’on appelle alors « Français musulmans rapatriés », ne forment pas tout de suite une communauté. C’est l’accueil que leur réserve la France qui va les souder autour d’une histoire partagée : celle de l’exclusion et du silence. Une histoire qui serait sans doute restée longtemps enfouie, s’il n’y avait pas eu les enfants de harkis : brisés, révoltés, engagés, ils vont se battre pour être entendus et reconnus.

Des montagnes de Kabylie au Massif Central, des camps de transit aux HLM de banlieues, c’est ce combat, celui des harkis et de leurs enfants, que nous allons raconter aujourd’hui.

invitée Fatima Besnaci-Lancou

Notre invitée, Fatima Besnaci-Lancou, est Docteur en Histoire contemporaine, spécialiste de la guerre d’Algérie, co-fondatrice de l’association Harkis et droits de l’Homme. et membre du Conseil scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur les harkis.

EN SAVOIR PLUS

PARUTION : « MARRAINE DU DJEBEL »

Préface Benjamin Stora
Isabelle Laurent

À vingt ans, Pierre Simon quitte ses Vosges natales et la ferme familiale pour débarquer en Algérie, aux côtés d’autres soldats venus des quatre coins de la métropole, tous appelés à la fin des années 50, dans le cadre de leur service national, à renforcer la présence militaire en Algérie. Le 11 février 1958, il écrit sa première lettre à Georgette Kollmann. La correspondance entre Pierre et Georgette courra tout au long des 21 mois de mobilisation du jeune homme. Au retour de la guerre, nombre de ces correspondances se sont poursuivies et se sont concrétisées par un mariage. Le jeune soldat rejoindra sa marraine de guerre, devenue entre-temps institutrice, dans ses forêts de Moselle, et dont les mots finiront par le sauver.Photos et lettres à l’appui, Isabelle Laurent retrace l’histoire de ses parents, Pierre Simon et Georgette Kollmann, et à travers elle, l’histoire de toutes ces jeunes femmes – institutrices, infirmières, agricultrices, étudiantes, ménagères – qui, par leurs lettres, ont soutenu toute une génération d’appelés du contingent pendant la guerre d’Algérie.

« Voici le merveilleux livre d’un amour qui se construit doucement entre une jeune institutrice et un jeune soldat, perdu au milieu de la guerre d’Algérie. Le récit progresse en partie par le dévoilement progressif de lettres intimes, pleines de vérités, d’émotions contenues. (…) Souvenirs emmurés, que les enfants de ceux du contingent commencent peu à peu à découvrir. Des textes qui valent pour hier, mais aussi pour toujours, c’est-à-dire pour aujourd’hui. Des écrits de toutes les guerres. » Benjamin Stora

Isabelle Laurent est auteure pour la jeunesse.

Broché – format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-84186-917-6 • 4 avril 2019 • 240 pages
EAN PDF : 9782347001667
EAN ePUB : 9782347016814

Roman: « Mon père, ce tueur », de Thierry Crouzet, l’autre face de la médaille militaire

Mercredi 6 novembre 2019 / Danièle Secrétant

Mon père, ce tueur. Il faut être très courageux, ou poussé par une absolue nécessité, pour écrire ce genre de récit-témoignage, qui n’a laissé que très peu de place à la fiction, dit Thierry Crouzet. Mon père était un tueur, annonce-t-il avec calme, avec même un certain étonnement dans la voix. Tel qu’il en parle, il ne s’agit pas d’un psychopathe, il s’agit d’un homme à la personnalité complexe embarqué dans une histoire elle aussi complexe : la guerre d’Algérie. Il s’agit de l’histoire partielle d’une lignée d’hommes portés vers la violence, de génération en génération.

Factuel publiera, dans les jours à venir, une chronique sur le dernier ouvrage de Thierry Crouzet, un récit très autobiographique : Mon père, ce tueur, sorti en août 2019, édité par La manufacture de livres. Un récit, une interrogation majeure, à partir d’une histoire de violence individuelle, de crainte d’une transmission familiale de cette violence, en guise d’héritage. Qui était cet homme, qui était ce père, ce tueur ? C’est aussi une histoire de violences collectives avec pour contexte, la guerre d’Algérie. C’est enfin une histoire de l’addition de ces violences, vécue par un enfant, par un adolescent, décryptée plus tard par un homme.

L’auteur a accepté de témoigner pour Factuel. Ou plutôt, d’expliquer comment l’enfant qu’il fut a vécu sous l’ombre d’un père qu’il voyait comme un surhomme, beau, grand, costaud… Il explique comment, brutalement, l’image du père s’est effritée, pour laisser place à celle d’un homme terrifiant. Il décrit le lent cheminement de l’écriture de cette histoire, vers l’acceptation de son édition.

« Il m’est difficile de mesurer combien cette pression qui a longtemps pesé sur moi m’a façonné. Je reste encore souvent sur la défensive, méfiant, sur le qui-vive, surtout quand je suis au milieu d’une foule. Ce n’est que seul, dans la nature, que je me sens libre, soulagé, protégé » a écrit Thierry Crouzet. Une nature dans laquelle il se réfugie grâce à de très longues randonnées à vélo, une nature qui lui permet de tenir à distance les démons qui encore parfois viennent le mettre à l’épreuve, il le reconnaît. Quand on a grandi dans une ambiance de violence, sans pouvoir identifier ce mal dans lequel sa famille baignait, il est difficile de se défaire de certaines pulsions vers la colère, vers l’agressivité. Thierry Crouzet dit qu’il a appris à se connaître, à sentir venir cette « chose » qui rampe en lui, qu’il a appris à la maîtriser, à ne pas passer à l’acte.

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André Maurel : « Quand j’étais en Algérie, je me sentais comme l’occupant »

 

  • Écrit par  Philippe Amsellem
  • lundi 4 novembre 2019 16:18

Au printemps 1956, André Maurel a fait partie des 2 millions de Français appelés qui ont traversé la Méditerranée pour prendre part à la guerre d’Algérie. Ce Toulonnais témoigne dans le documentaire « Algérie, la guerre des appelés », diffusé dimanche 3 novembre sur France 5.

Comme André Maurel, nombreux sont les appelés du contingent français à être partis en Algérie entre 1954 et 1962, la fleur au fusil. Sans penser au fait qu’ils s’impliquaient en réalité dans une guerre coloniale, celle d’Algérie. Un an après la reconnaissance par Emmanuel Macron du recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, et à l’occasion des 65 ans du début de cette boucherie (500 000 morts), André Maurel, qui fait partie des témoins d’Algérie, la guerre des appelés, se confie sur les sentiments qui l’ont habité pendant cette période. Mais également a posteriori, dans la mesure où son jugement a quelque peu évolué. Retour sur certains des « dilemmes moraux », comme le suggèrent les réalisateurs du documentaire (Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman), auxquels il a été confronté.

Pour quelles raisons avez-vous voulu témoigner dans ce documentaire ?

André Maurel : Je n’ai pas parlé de la guerre d’Algérie pendant longtemps. Je me suis dit qu’il y avait quand même eu, du côté français, 30 000 morts. Pas plus tard qu’hier, mon voisin de 35 ans ne savait même pas qu’il y avait eu la guerre en Algérie. Je voulais témoigner pour qu’il reste une trace de cela. Je veux éviter l’oubli. Moi, je suis né en 1932. À l’époque, la France était en compétition avec les Anglais pour qui aurait le plus d’empires coloniaux. Sur les livres de géographie, on voyait qu’ils avaient plus de territoires conquis que nous. J’allais là-bas en me disant qu’il fallait conserver nos biens.

Pourquoi n’avez-vous pas parlé de ce que vous avez vécu en Algérie, bien avant aujourd’hui ?

A.M. : J’avais peur de passer pour un bouffon, un va-t-en-guerre. C’était un traumatisme. J’étais tireur au fusil-mitrailleur. Mon pourvoyeur, celui qui me portait une musette de chargeurs, s’est fait plomber à deux mètres de moi. Et j’en ai vu d’autres tomber. J’étais en fait un civil habillé en fusilier marin. La guerre d’Algérie est un épisode important de ma vie. C’est la première fois qu’on essayait de me descendre. J’avais 24 ans à ce moment-là. C’est un épisode de ma vie post-traumatique.

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Témoignage sur la guerre d’Algérie. « Nous étions des chasseurs, les fellagas le gibier »

Au printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Deux millions de français, âgés d’à peine vingt ans, ont traversé la Méditerranée pour une opération de maintien de l’ordre, appelée à devenir la guerre d’Algérie.

Parmi eux, Jean-Pierre Crépin, né le 17 octobre 1937 à Lisieux (Calvados). Jeune instituteur, il avait réussi à retarder son départ en obtenant un sursis d’un an en prenant une « inscription factice » à la faculté. Il quitte finalement Granville en septembre 1958 pour Guingamp (Côtes d’Armor), son lieu de convocation, « sans savoir que c’était pour partir en Algérie. » Il prend le bateau à Marseille, « encore en civil. Nous étions 3 000 à bord. »

Pacifiste au sein d’un commando

Ce n’est qu’une fois arrivé à Alger qu’il revêt les habits militaires, pour être intégré au 9e régiment des zouaves. Il fait ses classes quatre mois en Kabylie. « En tant qu’instituteur, j’aurai dû faire une école d’officier mais j’ai refusé, explique ce pacifiste, qui avait manifesté contre cette guerre. Je faisais alors partie des rares privilégiés à être préparé mentalement à ce qu’il allait m’arriver, en lisant notamment La Question, d’Henri Alleg, interdit à l’époque, et les journaux (Témoignage Chrétien, France Observateur) qui tentaient de rendre compte de la réalité. »

« Nous étions chasseurs de gibier »

Après ses classes, Jean-Pierre Crépin est envoyé dans un commando de chasse en zone interdite, dans le massif montagneux de l’Ouarsenis, au sud d’Alger, dans le cadre de la mise en place du plan Challe. Ce plan avait pour objectif de détruire les unités de l’Armée de libération nationale (ALN) de l’intérieur, d’occuper de façon permanente leurs positions, et de démanteler l’organisation politico-administrative du Front de libération nationale (FLN). « Ces zones interdites, parfois équivalentes à un département français, étaient vidées complètement de leur population qui trouvait refuge dans des camps. Nous étions des chasseurs qui chassaient le gibier, en l’occurrence les fellagas (combattants du FLN). » Au sein de ce commando, Jean-Pierre Crépin côtoient des harkis (supplétifs dans l’armée française), « des volontaires payés pour rapporter de l’argent dans leur famille ».

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