« La Blessure. La tragédie des harkis », sur France 5 : un passé qui ne passe pas des deux côtés de la Méditerranée

Traîtres dans leur pays, parias ici. Tel est le sort réservé aux harkis, ces Algériens qui se sont battus du côté des Français pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), dont Isabelle Clarke et Daniel Costelle retracent l’histoire. S’appuyant sur des images d’archives exceptionnelles, des témoignages d’anciens harkis, de cadres de l’armée et d’historiens, le duo, qui, depuis des années, explore l’histoire contemporaine à travers des films percutants (dont la série Apocalypse), évoque le sujet de manière claire, honnête et nuancée.

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« Harkis », un film qui fera polémique tant en France qu’en Algérie

Les questions de la colonisation, de guerre d’Algérie et de la mémoire commune entre l’Algérie et la France relèvent souvent du passionnel. Les visions des deux rives de la Méditerranée ne sont pas réconciliables sur beaucoup de dossiers et cela près de 60 ans après l’indépendance de l’Algérie. Parmi ces dossiers, celui des harkis reste le plus sensible. « Traîtres pour les Algériens », « des hommes qui ont combattu le FLN pour les Français », ces supplétifs de l’armée française sont au centre de visions radicalement opposées des deux parties.

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Prix littéraire – «L’Art de perdre» de Zeniter gagne encore

L’Art de perdre (The Art of Losing) d’Alice Zeniter a remporté lundi l’International Dublin Literary Award, le prix le plus doté pour un roman publié en anglais, soit 100 000 euros, dont 25 % vont au traducteur, en l’occurrence Frank Wynne. Originaire de Sligo, en Irlande, il avait déjà reçu son pourcentage quand Atomised de Michel Houellebecq (les Particules élémentaires) avait été lauréat en 2002, ce qui lui avait d’ailleurs permis de se lancer à plein temps dans le métier, comme il le raconte au Irish Times.

Le roman d’Alice Zeniter raconte la guerre d’Algérie vue du mauvais côté, celui des perdants, et trois générations d’une famille de harkis. Paru en 2017 et écoulé depuis à 280 000 exemplaires, il n’en est pas non plus à sa première récompense : il avait notamment raflé le Goncourt des lycéens 2017.

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France-Algérie, deux siècles d’histoire – Quand l’armée française « pacifiait » au napalm, par Raphaëlle Branche

Parler de l’usage du napalm par la France durant la guerre d’indépendance, c’est revenir sur un déni d’État. À l’instar d’autres armes chimiques, ce produit a été utilisé en dépit des conventions de Genève dont Paris était signataire. S’il est difficile de dresser un bilan complet aujourd’hui, les témoignages sont là pour rappeler l’étendue de cette violence.

Les autorités françaises le répèteront sans trembler : « Napalm rigoureusement proscrit et jamais employé opération militaire en Algérie »1. Ce mensonge clairement affirmé par le ministre résidant Robert Lacoste2 en 1957 est répété sous la Ve République. Au quai d’Orsay, on assure ainsi que l’armée française « n’a jamais fait usage du napalm » et que « des instructions permanentes du haut commandement militaire français en Algérie interdisent l’emploi de ce produit »3.

Si la France ne peut reconnaître l’usage de cette essence gélifiée utilisée dans des bombes incendiaires, c’est que cette arme est proscrite par les conventions internationales dont le pays est signataire. Son usage viendrait en outre contredire la fiction de simples opérations de maintien de l’ordre menées dans l’Algérie française depuis novembre 1954.

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Pourquoi assimile-t-on la torture à la guerre d’Algérie ?

Fabrice Riceputi est historien, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent et auteur de « Ici on noya les Algériens » (éd. Le passager clandestin).

Ça m’intéresse Histoire : Comment l’armée française en est-elle arrivée à utiliser la torture contre le FLN ?

Fabrice Riceputi : Elle applique ce qu’elle a déjà fait en Indochine. Pour lutter contre des organisations clandestines fondues dans la population, la torture constitue un mode d’interrogatoire privilégié. En 1957, les généraux Salan et Massu arrivent frustrés de la défaite de Diên Biên Phu. Pendant des mois, les militaires vont même appeler les combattant du FLN « les Viets ».

Plus généralement, la torture est une forme extrême du maintien de l’ordre colonial. En Algérie, avant la guerre, la police française la pratiquait de façon routinière. Les armées coloniales ont toujours torturé, que ce soit lors des conquêtes ou pour lutter contre les rébellions.

« L’objectif de l’usage systémique de la torture, c’est de terroriser une population »

Pourquoi assimile-t-on alors la torture à la guerre d’Algérie ?

Parce qu’on y a massivement recouru du fait de la longueur du conflit, de son ampleur et de l’implantation très importante du FLN dans la population. On estime à plusieurs milliers le nombre de disparitions, mais on ne saura jamais combien précisément. En s’en prenant ainsi à des colonisés, on a fait disparaître leur corps, mais aussi leur histoire.

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Cannes 2022 : avec « Tirailleurs » et « Les Harkis », le festival assure le devoir des mémoires

Deux films sur deux histoires douloureuses de la France sont présentés à Cannes en souvenir de ceux qui dans les anciennes colonies du Sénégal et de l’Algérie, à des époques différentes, ont rejoint les rangs de l’armée française. Leur sort méconnu est ici raconté au Festival de Cannes.

Quel souvenir avons-nous de l’engagement des 200 000 tirailleurs, ces soldats qui feront pour 30 000 d’entre eux le sacrifice de leur vie pour défendre la France durant la Grande Guerre ? C’est la question que pose le réalisateur Mathieu Vadepied en présentant Tirailleurs à Cannes dans la section Un Certain Regard avec une sortie en salles prévue à l’automne. Le film rend hommage à ces hommes enrôlés depuis les anciennes colonies, volontairement ou de force, pour rejoindre les rangs de l’armée française.

« Tout ce que je suis est dans ce film », a confié Omar Sy qui incarne l’un de ces hommes arrachés à leur village. Il est dans Tirailleurs, acteur et co-producteur. La culture sénégalaise lui a été transmise par son père. Omar Sy joue intégralement dans la langue d’origine de ces soldats sénégalais, le peul. Il ne prononce qu’une seule réplique en français durant toute la durée du film. Le reste est sous-titré. Pourquoi ce choix ? Par souci « d’authenticité », répond Mathieu Vadepied, interrogé par Franceinfo. « C’était important et à l’origine du projet, il n’était pas possible de faire autrement pour trouver une incarnation et une vérité dans le point de vue qui est le nôtre. C’est aussi parce que la langue maternelle d’Omar Sy est le peul que nous avons décidé que ce serait le peul. »

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Cannes 2022 : dans « Les Harkis », Philippe Faucon s’intéresse à la complexité de la guerre d’Algérie


Le film se focalise sur le sentiment d’abandon des jeunes Algériens, rangés aux côtés de l’armée française.

Philippe Faucon a beau s’attaquer aux questions parmi les plus épineuses du débat national, l’immigration, les discriminations, le postcolonialisme, etc., le cinéaste ne signe jamais des œuvres à sujet. Il fait du cinéma, souvent avec des non-professionnels, cherchant avec eux quelque chose d’unique, venu de l’intérieur, susceptible d’être porté à l’écran. Ce patient travail révèle des portraits sensibles de personnages que la société efface souvent derrière des catégories : des adolescents des quartiers nord (Samia, 2000), des jeunes radicalisés (La Désintégration, 2011), une femme de ménage (Fatima, 2015), un ouvrier de chantier (Amin, 2018)…

Né en 1958 au Maroc, fils de militaire, Philippe Faucon a une histoire personnelle avec ce conflit qui suscite toujours des débats virulents
Après La Trahison (2005), chronique de la désillusion d’un lieutenant français pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Philippe Faucon revisite les dernières années du conflit avec Les Harkis, présenté à la Quinzaine des réalisateurs : le film explore le sentiment d’abandon qui s’empare des soldats algériens, engagés aux côtés de l’armée française. Les harkis vont se retrouver pris en étau, exposés aux représailles du FLN, alors que les négociations en vue d’un cessez-le-feu ont commencé et que se profile l’indépendance de l’Algérie.

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Quand le soldat Cabu croquait l’Algérie en guerre


Le Maghreb des livres expose à l’Hôtel de ville de Paris des dessins peu connus du caricaturiste assassiné en 2015.
Par Frédéric Potet

« Chercher l’argent là où il est », dessin de Cabu publié dans « La Dépêche de Constantine ». © V.CABUT
Mort le 7 janvier 2015 dans l’attentat contre Charlie Hebdo, Cabu connaissait bien le pays d’origine de ceux qui l’ont tué : l’Algérie. L’exposition « Cabu croque Constantine », présentée par le festival Le Maghreb des livres du vendredi 13 au dimanche 15 mai à l’Hôtel de ville de Paris, n’évoque nullement cette coïncidence plus dramatique qu’ironique, mais se penche sur le long séjour (vingt-sept mois) que le dessinateur passa, dans le cadre de son service militaire, dans ce qui était alors un département français, en pleine guerre. Peu connu, l’épisode s’est avéré décisif dans la conscientisation politique de Cabu. Mobilisé à l’âge de 20 ans sans opinion affirmée sur l’armée, il deviendra sur place un antimilitariste acharné, caractère qui ne le quittera jamais par la suite et nourrira abondamment son œuvre.

De son vrai Jean Cabut, le jeune homme travaille déjà pour plusieurs journaux (L’Union, Ici Paris, Paris-Match) quand il est appelé pour servir son pays, en septembre 1958. La guerre a commencé depuis quatre ans. Entre 1956 et 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français seront envoyés en Algérie ; 25 000 n’en reviendront jamais. Parti de son fief de Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne), le soldat Cabut fera d’abord ses classes dans un régiment semi-disciplinaire de zouaves, avant d’être affecté au fort Clauzel, près de Bougie (aujourd’hui Béjaïa), puis d’être intégré au 137e régiment d’infanterie de Constantine. Il finira sa « carrière » militaire dans cette même ville en rejoignant le service cartographique du « 5e bureau d’action psychologique » au retour d’une permission salvatrice.

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Guerre d’Algérie : comment la France en est venue à tenter d’assassiner l’un de ses propres ressortissants

Cette nuit de juin 1957, la ville marocaine d’Oujda, frontalière de l’Algérie, devait être encore chaude du soleil de la journée. Ses habitants, dans les quartiers européens comme dans la médina, avaient dû laisser les fenêtres des chambres ouvertes, les rideaux flottant au gré de quelques souffles d’air.

Au centre de la cité, dans sa villa bourgeoise, le docteur Louis Tonellot, directeur de l’hôpital Maurice-Loustau, tardait à s’endormir, en dépit de l’heure avancée. Ce chirurgien de 46 ans était assis à son bureau. Il n’avait pas eu beaucoup de chemin à parcourir pour venir de l’hôpital. La maison familiale, entourée d’un grand jardin, se trouvait juste en face. Une rue à traverser, un bel escalier à gravir, et il arrivait chez lui, auprès des siens.

Les trois enfants du couple, deux garçons et une fille, dorment profondément. La petite dernière, Michèle, 6 ans à peine, a rejoint sa mère dans le lit parental. Tout semble paisible lorsque, tout à coup, une explosion retentit et fait trembler l’édifice. La bombe, deux kilos d’explosif plastique, était posée sur la terrasse des parents. La déflagration a soufflé les vitres, le mobilier et l’huisserie de la pièce. La fillette et sa mère ont été blessées par des éclats. Le père, lui, n’a rien, et peut donc prodiguer les premiers soins après s’être assuré que ses deux fils sont indemnes. A l’évidence, l’attentat visait à tuer. C’est un miracle si personne n’est mort. L’engin avait été mal orienté, conclueront les enquêteurs.

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Un fils de harki témoigne : « je suis fier du parcours de mon père »


Le Saumurois Tayeb Kacem est à l’origine d’une cérémonie organisée jeudi 12 mai à Saumur, en mémoire des harkis, ces supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie qui ont été abandonnés. Il raconte son parcours de fils de harki.

Tayeb Kacem est président de Harkis 49, une association qui défend la mémoire de ces supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie qui vécurent un drame après la fin du conflit. Tayeb Kacem organise jeudi 12 mai une cérémonie en leur hommage. Elle est doublée d’une conférence et d’une exposition.Qui était votre père ?

Tayeb Kacem : « Mon père était paysan en Algérie. Il a intégré l’armée française en 1948 et effectué la guerre d’Indochine où il a été blessé. Il est rentré en 1952. »

Et déjà à son retour, il est pris entre deux camps…

« Il a été fait prisonnier par le Front de libération nationale (FLN) qui lui a reproché d’avoir été dans l’armée française. Il s’est sauvé dans un autre village et là, il a été fait prisonnier par l’armée française qui le soupçonnait d’être du FLN. Le commandant, qui était son chef en Indochine, l’a fait libérer et lui a conseillé d’intégrer l’armée française. Il a rejoint les gardes mobiles de sécurité, des militaires dépendant du ministère de l’Intérieur. Le 21 mars 1960, il a été blessé grièvement. Il a même été déclaré mort. Notre famille vivait dans la caserne des GMS. »

« On nous a conseillé de ne pas rester là »
Quelles ont été pour vous, les conséquences des Accords d’Evian signant le cessez-le-feu en mars 1962 ?

« Un jour, nous avons découvert que tout le monde avait quitté notre caserne. Il restait quelques familles….

Saumur. Un fils de harki témoigne : « je suis fier du parcours de mon père »

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