Raphaël Confiant : « La guerre d’Algérie est un non-dit aux Antilles »

Dans son dernier roman « Du Morne-des-Esses au Djebel », l’écrivain Raphaël Confiant revient sur la guerre d’Algérie à laquelle des milliers d’Antillais et de Guyanais ont pris part. Ces trois protagonistes étaient des anonymes, à la différence de Frantz Fanon. Entretien.
Raphaël Confiant : En fait, la grande image de Frantz Fanon a occulté celle de centaines d’Antillais et de Guyanais qui ont participé à cette guerre. Comme  si le rapport entre la guerre d’Algérie et les Antillais se résumait à Fanon. Il se trouve que les trois quarts des soldats n’ont fait qu’obéir aux ordres de leurs supérieurs, c’est-à-dire qu’ils ont commis, eux aussi, des exactions. J’ai connu d’anciens officiers antillais de cette guerre qui m’ont raconté des choses horribles.

Ce n’est pas forcément ce à quoi on se serait attendu…
Non. Mais c’étaient des êtres humains qui ne comprenaient rien à cette guerre. La plupart des appelés venaient de la campagne, comme celle du Morne-des-Esses (en Martinique). Ils débarquent dans un monde complétement différent du leur. Ils n’ont pas eu l’opportunité d’aller loin à l’école et c’est un choc pour eux. Certains étaient tout de même sensibles à la similitude des situations : fils de travailleurs agricoles, ils retrouvaient chez certains riches pieds-noirs, l’équivalent des békés martiniquais. Pourtant, il y a eu peu de désertions.

Mémoire

A Dreux, Gisèle Quérité mène une bataille de rue pour la mémoire

Mardi 20 Octobre 2020

 Dreux a suffisamment subi d’affronts comme ça », lâche Gisèle Quérité, secrétaire départementale du PCF, quand on l’interroge sur la cérémonie qu’elle a organisée avec ses camarades d’Eure-et-Loir, auxquels se sont joints des militants de Génération.s et de la France insoumise, ce 17 octobre. La date choisie – anniversaire de ce sinistre jour de 1961 où des Algériens manifestant pour l’indépendance trouvèrent la mort à Paris et en banlieue – ne doit rien au hasard. Le lieu non plus. Armés de pancartes au nom de Maurice Audin – ce mathématicien communiste torturé et assassiné par l’armée française pendant la guerre d’Algérie –, les militants ont symboliquement rebaptisé, samedi, la rue Marcel-Bigeard de la commune.

200 paras

C’est l’ancien maire LR de Dreux Gérard Hamel, qui, l’année dernière, avait choisi de célébrer la mémoire de ce militaire, tortionnaire en Algérie qui a laissé son nom, avant tout, aux « crevettes Bigeard », ces prisonniers ligotés et noyés dans la Méditerranée. À l’époque, quelque 200 paras étaient venus saluer la décision de l’édile et, samedi encore, une poignée d’entre eux a tenté d’entraver l’initiative communiste à coups de Marseillaise pour empêcher les discours. Pas de quoi impressionner Gisèle Quérité : « C’est un nom salissant une rue et une ville tout entière », a-t-elle rappelé, avant d’entonner à son tour l’hymne national, dont « les paras n’ont pas le monopole ». La responsable communiste a pris la plume, lundi, pour inviter le nouveau maire de droite, Pierre-Frédéric Billet, à adopter définitivement le nom de Maurice Audin pour cette rue.

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Table ronde. Une chape de plomb sur les archives historiques ?

endredi 23 Octobre 2020

 Plusieurs associations et personnalités ont saisi le Conseil d’État pour obtenir l’abrogation d’une mesure réglementaire entravant l’accès aux archives classées « secret-défense », ainsi que la liberté de la recherche.

Céline Guyon  Pré­si­dente de l’Association des archivistes de FranceClément Thibaud Président de l’Association des historiens contempo­ranéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche Pierre Mansat Président de l’Association Josette et Maurice-Audin

Depuis le début de l’année, par décision administrative, l’accès aux archives classées « secret-­défense » pour la période qui court de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970 est devenue plus que difficile. En quoi cela constitue-t-il un obstacle pour le travail des historiens ?

Céline Guyon Depuis le début de l’année, les services publics d’archives sont contraints d’appliquer de manière systématique une instruction générale interministérielle (l’IGI n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale) : les archives portant un tampon secret-défense doivent être déclassifiées physiquement pièce à pièce avant toute communication, même lorsqu’elles sont communicables de plein droit, au titre de la loi sur les archives. La mise en œuvre physique de la déclassification est une opération extrêmement lourde et chronophage, et sans assise légale. Ces nouvelles conditions de communication des archives portant un tampon secret-défense ont pour impact d’allonger les délais de mise à disposition des archives. Concrètement, cela conduit à bloquer pendant des mois, voire des années, l’accès aux documents concernant les épisodes les plus controversés de notre passé récent, donc à la fermeture temporaire de certains fonds d’archives.

 

 

Saint-Nazaire. La guerre d’Algérie au cinéma, un cycle au Jacques-Tati

Du lundi 2 au lundi 30 novembre, le cinéma Jacques-Tati, à Saint-Nazaire, consacre une rétrospective de six films sur la guerre d’Algérie dont une avant-première, le mardi 10, avec Des hommes de Lucas Belvaux.

À l’occasion de la sortie du nouveau film de Lucas Belvaux, Des hommes, le cinéma Jacques-Tati, à Saint-Nazaire, propose un cycle de six films rétrospectifs sur la guerre d’Algérie, du lundi 2 au lundi 30 novembre, 20 h.

« Face à la sensation d’absence de films de cinéma de fiction sur la représentation du conflit, la question se pose de savoir pourquoi une guerre si importante, si cruelle, ne fait pas trace dans le cinéma français depuis quarante ans. »

Le Jacques-Tati projette « six films majeurs, d’époque et genres variés, rarement montrés en salles, qui auront su tirer leur matière du vécu tragique et regarder en face une guerre, dont il fallut quarante ans pour qu’elle soit enfin reconnue comme telle. »

Programme. Lundi 2 novembre, 20 h, La Bataille d’Alger (Gillo Pontecorvo) ; lundi 9, L’Insoumis (Alain Cavalier) ; mardi 10, Des hommes, (Lucas Belvaux), en avant-première, suivie d’une rencontre avec Raphaëlle Branche ; lundi 16, Avoir vingt ans dans les Aurès, (René Vautier) ; lundi 23, La Trahison, (Philippe Faucon) ; jeudi 26, 20 h 30, Muriel ou le temps d’un retour, (Alain Resnais) ; lundi 30, Octobre à Paris, (Jacques Panijel).

« Du Morne-des-Esses au Djebel » : des soldats martiniquais engagés dans la guerre d’Algérie

9 mn

Notre invité est l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant. Il vient de publier « Du Morne-des-Esses au Djebel » chez Caraïbéditions, un roman qui raconte les aventures diverses de soldats martiniquais engagés dans la guerre d’Algérie. « Je suis admiratif des jeunes du Hirak », dit Raphaël Confiant, des décennies après la fin de cette guerre, soulignant le caractère pacifique de cette mobilisation.

« Un regard neuf sur la guerre d’Algérie »

Lucas Belvaux parle de son dernier film « Des Hommes ».

Bouleversé par Des Hommes, le livre éponyme de Laurent Mauvignier, paru en 2009 aux Éditions de Minuit, le réalisateur et comédien franco-belge Lucas Belvaux l’adapte aujourd’hui pour le grand écran. Il présente son onzième long métrage au cinéma les Carmes, vendredi 16 octobre. Entretien.

C’est ce regard singulier sur ceux qui ont vécu la Guerre d’Algérie et des faits qui n’ont jamais été racontés qui ont ému le réalisateur franco-belge au point de le porter à l’écran pour, dit-il, « reconnaître que l’histoire et les historiens ont fait leur chemin. Maintenant, il est temps de parler de ces événements sans honte et de les analyser pour que ça ne se reproduise pas ».

La Rep’ : Êtes-vous resté fidèle au récit de Laurent Mauvinier ?

Lucas Belvaux : Oui, tant sur le fond que sur la forme. J’ai coupé un peu bien sûr, comme souvent dans les adaptations au cinéma de grands livres, mais j’ai gardé les personnages, les lieux, les soliloques et les flash-back… Laurent Mauvignier est un romancier de l’introspection, dans ce livre-ci comme dans tous les autres d’ailleurs. Et le sujet m’intéressait d’autant plus qu’il avait une suite logique, cohérente avec mon précédent film, Chez nous, qui traite de l’extrême droite. Car on sait que le Front national est né directement de la guerre d’Algérie. Mais plus que la guerre elle-même, ce qui me touchait vraiment dans le livre de Laurent, c’est ce regard neuf et empathique vis-à-vis des appelés.

La Rep’ : Un comble que ce soit un réalisateur belge qui parle d’un conflit français ?

L. B. : Je suis autant Belge que Français, vous savez, j’ai la double nationalité, et je vis en France depuis plus de quarante ans. Même si je ne suis pas aussi intime avec ce conflit que Laurent Mauvignier, il est quand même devenu aussi mon histoire. J’ai toujours eu, depuis l’enfance, des rapports avec la France et mon père avait des copains anciens combattants d’Algérie…

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Quand la France a fait de l’Algérie rurale un vaste camp de concentration

Par

Dorothée Myriam Kellou a filmé son père Malek dans son retour au pays, à Mansourah, en Algérie, où il n’était pas revenu depuis un demi-siècle, depuis que l’armée française avait transformé son village en un camp de déportation pendant la guerre d’indépendance. Ensemble, ils documentent une tragédie occultée: les camps de regroupement.

Mediapart poursuit sa série sur l’histoire entre la France et l’Algérie avec un troisième volet qui interroge tout à la fois un silence et une quête. Le silence d’un père qui s’est tu sous le poids des violences de la colonisation. La quête d’une enfant qui, à l’âge adulte, a voulu savoir, combler les trous d’un récit familial tronqué.

Dorothée Myriam Kellou a filmé son père Malek dans son retour au pays, au bled, à Mansourah, en Algérie, où il n’avait pas mis les pieds depuis plus de 50 ans, un demi-siècle, depuis que l’armée française avait transformé son village kabyle à l’est du pays en un camp de déportation pendant la guerre d’indépendance. C’était en 1955.

À Mansourah, tu nous a séparés est un film bouleversant (visible ici jusqu’à la fin du mois d’octobre sur Mediapart) qui documente une tragédie de grande ampleur largement occultée en France, celle des camps de regroupement de populations pendant la guerre d’Algérie, dont les conséquences ravageuses se font encore sentir aujourd’hui.

Plus de la moitié de la population rurale algérienne a été déplacée de force de son lieu d’habitation d’origine, dans des conditions inhumaines, par l’armée française durant ce conflit que la France n’a nommé guerre qu’en 1999. Elle représente les « derniers grands silenciés » de la guerre d’Algérie, pour reprendre la formule de l’historien Benjamin Stora.

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JOURNÉE D’HOMMAGE AUX VICTIMES CIVILES ET MILITAIRES DE L’OAS AU CIMETIÈRE PARISIEN DU PÈRE LACHAISE 6 OCTOBRE 2020

Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo

Dépôt de gerbe de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons

Jean-Philippe Ould Aoudia, président des Amis de Max Marchand… durant son intervention

Les porte-drapeaux durant la minute de silence.

France-Algérie. Résilience et réconciliation en Méditerranée

France-Algérie. Résilience et réconciliation en Méditerranée. Boris Cyrulnik et Boualem Sansal, éditions Odile Jacob, avril 2020, 263 pages.

Cet ouvrage est né d’un dialogue entre l’écrivain algérien Boualem Sansal et le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Deux intellectuels appelés à échanger leurs analyses sur le devenir de l’Algérie alors qu’elle est bouleversée par le Hirak lancé par les jeunes Algériens en février 2019. La recherche des racines du phénomène est l’occasion d’une analyse à deux voix de l’identité et de l’histoire de l’Algérie.

Une analyse sur le long temps historique portant sur les origines du peuplement du territoire algérien et les spécificités sociologiques des populations, sur les colonisations successives, sur la guerre d’Algérie et les traces qu’elles ont laissées.

A bien des égards, l’ouvrage est un réquisitoire contre la confiscation du pouvoir par le FLN qui a mobilisé à son profit la guerre de libération pour établir un pouvoir totalitaire.

L’enseignant d’histoire sera particulièrement intéressé par la constitution d’une histoire officielle, véritable roman national, très éloigné des réalités historiques.

C’est tout autant une réflexion sur la violence de la colonisation, sur la fracture majeure du 8 mai 1945, sur le terrorisme, sur la mise en place d’une dictature « élue ».

De nombreux parallèles historiques sont constamment sollicités : l’occupation, la collaboration et la Résistance en France, la naissance d’Israël, le combat des Palestiniens etc.

D’abondantes notes en bas de page complètent et éclairent les allusions des auteurs.

Cet ouvrage est une lecture passionnante entre deux hommes de culture et de dialogue profondément attachés à l’Algérie.

Claude Basuyau