Parution des actes de la guerre d’Algérie « Mémoire de la guerre d’Algérie en 2019 : la place des archives nationales et internationales »

À l’occasion de ses dix ans d’activité au service de la mémoire de la guerre d’Algérie, l’ESPACE PARISIEN HISTOIRE MÉMOIRE GUERRE D’ALGÉRIE (EPHMGA)  a organisé le  11  avril  2019 à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris un colloque  consacré aux archives de la guerre d’Algérie.

Vous retrouverez dans cet ouvrage l’intégralité des interventions de nombreux historiens, de responsables du monde de l’enseignement, de l’Établissement
de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD),  de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG), du Service Historique de la Défense (SHD), de La Contemporaine…

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Comment raconter la guerre d’Algérie ?

Le 5 décembre, on commémore les morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie. Pourquoi avoir choisi cette date et non celle du 19 mars qui correspond au cessez-le-feu ? Comment, 60 ans après, raconter la guerre ? On en parle avec l’écrivain Alexis Jenni, prix Goncourt pour « L’Art français de la guerre ».

Exposition sur la guerre d’Algérie

L’exposition a été officiellement inaugurée jeudi midi. « Nous voulions être en lien avec la Journée nationale d’hommage aux morts d’Algérie, du Maroc et de Tunisie », explique le maire, Serge Cuvillier.

Une vingtaine de panneaux prêtés par l’Office national des anciens combattants (Onac) permettront aux visiteurs de mieux cerner les enjeux et surtout les conséquences de ce conflit. « Les renseignements sont clairs et abordent différents aspects », mentionne Yann Le Gallo, président de l’Union nationale des anciens combattants d’Indochine, des théâtres d’opérations extérieures et d’Afrique du Nord (Unacita). Il est, par exemple, question des bilans, des Algériens en France et même de football. En effet, l’équipe de foot du Front de libération nationale (FLN) a été formée quelques semaines seulement avant la coupe du monde de 1958.

L’exposition est enrichie par la présentation de nombreux livres sur la guerre d’Algérie. « Les bénévoles de la médiathèque ont fait un gros travail de recherche pour les trouver », appuie le maire.

Cette belle présentation va également servir aux enfants des écoles, qui pourront ainsi cultiver le devoir de mémoire.

Jusqu’au 14 décembre, dans le hall de la médiathèque de Landaul.

Atelier débat : Algérie, mémoires ou histoire ?

Aujourd’hui, la nation rend hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie. Les associations patriotiques de Pleurtuit et alentours assureront cette commémoration le 8 décembre.

Mais en accord avec Gilles Revest, adjoint à la culture, Thierry Verstraete, de l’Université de tous les savoirs (UTLS), animera un atelier d’échange et de réflexion intitulé : Faire l’histoire de l’Algérie, de 1830 à 1962.

C’est en historien, spécialiste de l’histoire des colonisations, entre-autres, que Thierry Verstraete intervient dans le cadre annuel de l’UTLS. C’est aussi en historien, soucieux de concilier des mémoires et des histoires souvent opposées, voire violemment antagonistes, qu’il introduira un long temps d’échange avec le public par un exposé clair et objectif de l’histoire de l’Algérie, depuis la colonisation jusqu’à son indépendance.

Jeudi 5 décembre, à 14 h 30, atelier débat UTLS, Pleurtuit, Maison des associations.

Baptiste Amann au Théâtre de la Bastille, performance du dernier volet des Territoires

Le jeune auteur et metteur en scène Baptiste Amann, 33 ans, clôt une formidable saga historique en trois volets avec Territoires (…et tout sera pardonné ?). Après la Révolution et la Commune, c’est la guerre d’Algérie qu’il sonde à travers l’actualité. On y retrouve la fratrie qu’il a mise en scène au fil de sa trilogie construite au total sur six années avec de jeunes acteurs issus pour la plupart de l’école de Cannes et Marseille (ERACM).

Lyn, Benjamin, Hafiz et Sam sont les frères et sœurs que l’on a suivis, d’abord autour de la figure de Condorcet, ensuite de Louise Michel et ici autour de Djamila Bouhired, icône algérienne de la révolution anti-coloniale. Développant une théâtralité qui déstructure l’espace et le temps, Baptiste Amann enchâsse les années cinquante à la société contemporaine et croise des lieux, tels une salle de procès à Alger, l’hôpital Henri Duffaud d’Avignon, des zones de logements sociaux, des rappels des quartiers dits sensibles allant de Vaulx-en-Velin au Mirail de Toulouse. La fratrie qui est le pivot de son action se retrouve, après la mort des parents, au chevet de l’un des leurs après une émeute. Dans l’hôpital où le médecin annonce la gravité de l’état de Benjamin, une aile des bâtiments est occupée par une équipe de tournage pour un film sur Djamila Bouired. Maniant les enchevêtrements tous azimuts, le metteur en scène va jusqu’à placer sur le plateau deux scènes en parallèle dans des endroits différents. Cette fusion des chronologies et des espaces qu’il a déjà brillamment réussie dans les premiers volets, prend à nouveau un tour riche en résonances et en pistes de réflexions.

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Comment enseigner la guerre d’Algérie ?

TRIBUNE. L’historien Abderahmen Moumen raconte la manière dont la recherche historique et l’école se sont peu à peu emparées d’un sujet extrêmement sensible et encore très débattu. En partenariat avec la Chaire Citoyenneté de Sciences Po-Saint-Germain-en-Laye.

Par Abderahmen Moumen

Algérie, harkis, pieds-noirs, Maurice Audin, répression des manifestants algériens du 17 octobre 1961, massacre d’Oran du 5 juillet 1962, disparus, décès de Jacques Chirac, « hirak » (mouvement de contestation du régime politique algérien), l’actualité récente nous a habitué à l’omniprésence médiatique de la guerre d’Algérie. Cette guerre d’indépendance correspond en France à la période allant du 1er novembre 1954, date du déclenchement de l’« insurrection » ou de la « Révolution » algérienne, selon les terminologies officielles employées par les belligérants, jusqu’à la sortie de guerre en 1962, sans qu’une date aujourd’hui ne fasse consensus quant à son terme. Après une lente prise en compte des conséquences de la guerre par l’État français, la guerre d’Algérie devient, très rapidement, un objet d’étude légitime et enseigné. Question socialement vive, le conflit fait néanmoins débat au sein de la société française, précédant, accompagnant ou suivant les avancées de la recherche scientifique et interrogeant les modalités de transmission scolaire de cette histoire.

Les mémoires plurielles de la guerre d’Algérie

Après la guerre d’Algérie, la France rassemble sur son territoire national l’ensemble des acteurs de celle-ci, porteurs d’autant de mémoires différentes du conflit. C’est en premier lieu, par leur nombre, près d’un million et demi, la mémoire des anciens combattants : appelés, rappelés et engagés ; celle de ceux que l’on désigne par l’expression « pieds-noirs » avec près d’un million de personnes (en y englobant les juifs d’Algérie qui se dissocient parfois des pieds-noirs) ; ou celle de ceux que l’on nomme par le terme générique de « harkis », avec près de 150 000 personnes si on y englobe toutes les catégories d’Algériens ou « musulmans français » rangés du côté de l’Etat ou de l’Armée française durant la guerre.

D’autres porteurs de mémoire sont aussi présents après l’indépendance en France : les militants anticolonialistes, des militants et combattants du Front de libération nationale (FLN) et du MNA (Mouvement national algérien), des militants/combattants de l’Organisation armée secrète (OAS) ou des familles des victimes du FLN, de l’Armée française ou de l’OAS. Après l’indépendance, plusieurs millions de personnes, acteurs ou témoins, se retrouvent ainsi sur le territoire français, avec autant de descendants (in)directement concernés, et finalement toute la société française, tout autant (in)directement affectée par ce conflit de décolonisation et ses aspects parfois méconnus de guerre(s) civile(s).

Au sein de ces groupes, les mémoires sont tout autant hétérogènes avec des expériences de la guerre diverses. Des années 1960 aux années 1980, la plupart des acteurs de la guerre d’Algérie s’enferment dans le silence ou dans l’entre-soi, se rassemblant finalement autour de l’idée d’oublier ces années de violence traumatisantes, et les priorités étant tout autre : se reclasser pour les pieds-noirs, sortir des camps pour une partie des familles d’anciens harkis, rattraper les années perdues en Algérie pour les appelés du contingent, travailler puis retourner au pays pour les Algériens de France. Mais pour tous, l’Algérie devient le pays du traumatisme ou le pays sublimé.

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Tourner la page des « opérations de maintien de l’ordre » ?

Néanmoins, et ce dès 1962, de nombreuses publications ont pour origine des acteurs de cette guerre. De Francine Dessaigne avec son « Journal d’une famille pied-noir. Alger 1960-1962 » (L’Esprit nouveau, 1962) aux ouvrages du Bachaga Boualam (« Mon pays la France », 1962 ou « Les Harkis, au service de la France », 1963, aux éditions France-Empire), en passant par Edmond Jouhaud avec « Ô mon pays perdu, de Bous Sfer à Tulle » (Fayard, 1969) ou Michel Esnault et « L’Algérie d’un appelé – Février 1961-Mars 1962 » (1975).

Chaque année et ce dès la fin des années 1960, des œuvres filmiques traitent, en sujet principal ou en fond, le conflit à l’instar de « Élise ou la vraie vie » (1967) de Michel Drach, « Avoir vingt ans dans les Aurès » (1972) de René Vautier, « RAS » (1973) d’Yves Boisset ou « le Coup de sirocco » (1979) d’Alexandre Arcady. Des chansons évoquent aussi la guerre d’Algérie de « Adieu mon pays » (1962) d’Enrico Macias à « Fleur d’oranger » (1972) d’Hugues Aufray.

Pour l’État français, il s’agit avant tout de tourner la page de ce qui s’appelle encore officiellement les « opérations de maintien de l’ordre », et ce, malgré les revendications des appelés du contingent pour l’obtention de la carte d’ancien combattant. Plusieurs lois d’amnistie suivent ainsi les accords d’Évian signés le 18 mars 1962, et cela, quelle que soit l’orientation politique des présidents de la Ve République : en 1964, en 1966, en 1982 jusqu’à l’article 13 de la loi du 23 février 2005.

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Aucune date, en souvenir des morts pour la France, n’est l’objet de commémorations officielles. Les anciens combattants affiliés à la Fédération nationale des anciens combattants Algérie Maroc Tunisie (FNACA), la plus importante association – en nombre d’adhérents – d’anciens d’AFN, organisent pourtant dès le 19 mars 1963 les premières commémorations en souvenir des « camarades tombés en Algérie, Maroc et Tunisie », soit une date qui cristallise jusqu’à aujourd’hui les tensions mémorielles.

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Boualem Sansal-Pierre Vermeren: «Pourquoi la guerre d’Algérie n’est pas finie»

LE FIGARO MAGAZINE. – Huit mois après le «printemps algérien», où en est l’Algérie? Le processus électoral en cours est-il démocratique et transparent? Pourquoi les Algériens sont-ils divisés? Cela va-t-il, malgré tout, dans le bon sens?

Boualem SANSAL – L’Algérie vit dans le drame depuis son indépendance, lorsque le colonel Boumediene, chef de l’armée des frontières, s’est emparé du pouvoir et a placé son homme, Ben Bella, à la présidence de la République et son secrétaire particulier, Bouteflika, à la tête du puissant ministère des Affaires étrangères. La Constitution de l’Algérie venait de s’écrire là pour toujours.

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