Guerre d’Algérie : comment se réconcilier ?

2022 marquera les 60 ans de la fin de la Guerre d’Algérie, une guerre dont les blessures sont toujours profondes entre les deux pays. On en parle ce jeudi 18 février dans le #18H30Paca.
Publié le 18/02/2021 à 07h11

2022 marquera les 60 ans de la fin de la Guerre d’Algérie.

A l’approche de cet anniversaire, sous l’impulsion du président de la République, l’historien Benjamin Stora a rendu un rapport préconisant différentes mesures pour tenter de mettre en place des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur la délicate question de la réconciliation des  mémoires.

Sur son site internet, l’historien raconte comment il a travaillé. Il estime aussi qu’aujourd’hui en France 1 Français sur 10, soit 7 millions de personnes sont concernées directement par la guerre d’Algérie.

Ce n’est qu’une première étape. Préconisé par le rapport, une commission « Mémoire et Vérité » va être créée. Elle devrait réunir diverses personnalités déjà engagées dans le dialogue franco algérien. Charge à cette commission, d’affiner les propositions dont certaines sont déjà fortement critiquées. Cette commission sera aussi présidée par Benjamin Stora.

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Guerre d’Algérie : collecte de témoignages

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Une collecte de témoignages est organisée par une équipe de volontaires autour de l’association Histoire, Mémoire et Patrimoine à Nieuil-l’Espoir. Le président Jean-Yves Vénien explique la démarche : « Au moment où le président de la République a confié à l’historien Benjamin Stora la mission de tenter de rapprocher les mémoires française et algérienne de la guerre d’Algérie, on constate combien le sujet reste sensible des deux côtés de la Méditerranée. Pour notre part, nous ne souhaitons pas, par notre démarche, raviver des polémiques et des souffrances. En offrant la parole aux anciens d’Algérie, civils ou militaires, et à leurs proches, nous avons le sentiment de répondre à un besoin récemment exprimé de laisser une trace de cette expérience douloureuse. » Un projet similaire est en cours dans le canton de Lussac-les-Châteaux. « Contacter, écouter, transcrire avec autorisation, mais aussi respecter les silences et les contradictions. Nous qui avons rédigé les livres d’or des soldats de la Première Guerre mondiale dans les communes du canton de La Villedieu, et avons constaté combien le témoignage oral faisait défaut. Il ne faudrait pas manquer encore ce rendez-vous»
La forme finale de cette collecte sera un recueil de mémoires croisées, illustré si possible de documents personnels et contextualisé par une chronologie et un bref exposé historique. « La cohabitation de récits d’expériences, forcément très diverses selon le statut des témoins, les lieux et les dates, incitera, nous l’espérons, le futur lecteur à saisir la complexité et l’engrenage de cette page d’histoire tragique. Nous envisageons aussi une animation historique à définir (exposition, film, conférence…) quand la situation sanitaire le permettra. » Le périmètre de recherches s’étend en principe aux 16 communes du canton de Vivonne. La période de collecte s’étendra sur l’année à venir.
Tous ceux et toutes celles qui veulent témoigner sur cette période et ses conséquences ou participer à l’équipe d’animation sont bienvenus.
Les intéressés peuvent s’adresser à : Jacques Arlaud, j.arl@wanadoo.fr et Jean-Yves Vénien, jyv.venien@orange.fr

France-Algérie : quel travail de reconnaissance et de vérité ? (1)

Mercredi 17 Février 2021
Latifa Madani
Histoire et mémoire de la colonisation. Le rapport rendu par Benjamin Stora suscite de nombreuses réactions. Comment s’en saisir pour avancer sur la voie de la réparation ?

La repentance est un mot écran
Gilles Manceron Historien, membre de la Ligue des droits de l’homme

La vérité doit être dite sur la colonisation et la guerre d’Algérie, mais le terrain est miné et les mots sont piégés. Un travail est nécessaire pour que les deux sociétés aient une connaissance des réalités et de la complexité de cette histoire, mais il faut se méfier de la tendance des États à instrumentaliser l’histoire.La République doit reconnaître que la colonisation contredisait le principe de l’égalité de tous les êtres humains proclamé lors de la Révolution française. La repentance est un mot écran destiné à faire obstacle à cette reconnaissance. Il a été inventé par des nostalgiques de la colonisation pour discréditer la demande de désigner pour ce qu’elles sont les injustices et les violences coloniales ponctuées de crimes contre l’humanité.

Ce qui a fait échouer le « traité d’amitié » annoncé par Jacques Chirac avec l’Algérie, c’est le « grand écart » qu’il a tenté entre ce projet de traité et la loi sur les « aspects positifs de la colonisation » de février 2005, qui résultait d’une promesse faite en 2002 au lobby « nostalgériste » pour le dissuader de voter Le Pen au second tour de la présidentielle. L’inscription demandée par l’Algérie dans le préambule du traité des « regrets » de la France pour « les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale » ne pouvait se concilier avec la vision « civilisatrice » des « bienfaits » de la colonisation.

La remise du rapport de Benjamin Stora à Emmanuel Macron le 20 janvier a été l’objet d’une manipulation de la part de l’Élysée. Annoncée à 17 heures, elle a été précédée, dans la matinée, par la diffusion à la presse par le « conseiller mémoire » de la présidence des « éléments de langage » qu’il fallait tenir à son sujet : « Colonisation et guerre d’Algérie : ni excuses, ni repentance. » Même si on ne trouve pas ces mots dans le rapport, ce sont eux qui s’y sont trouvés accolés alors que les préconisations de Benjamin Stora ouvrent sur la perspective non d’une « réconciliation », mais d’un apaisement des mémoires.

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Accès aux archives ‘secret-défense’ de plus de cinquante ans : « Toute la machine est enrayée »

12/02/2021
Par Anne Fauquembergue

Entretien | Alors que la parole officielle encourage l’accès aux archives dans la foulée du rapport Stora sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie », l’Association des archivistes français dénonce une restriction « inadmissible » dans l’accès aux documents secret-défense de plus de 50 ans.

L’Association des archivistes français, l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur, l’Association Josette et Maurice Audin et une quarantaine de personnes en leur nom propre ont déposé mi-janvier un recours devant le conseil d’État. Alors que les archives classées ‘secret-défense’ de plus de 50 ans sont librement communicables, ils dénoncent l’application stricte d’une mesure réglementaire qui oblige à une procédure de déclassification de ces documents. Cette procédure est inscrite dans l' »IGI 1 300″, l’instruction générale interministérielle numéro 1 300 issue des services de Matignon. De fait, elle bloque l’accès aux archives classées ‘secret-défense’ de plus de 50 ans et entrave les travaux de recherche sur la période 1934-1970.

Éclairage avec Céline Guyon, archiviste, maître de conférences associée à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB) et présidente de l’association des archivistes français (AAF).

Avant d’entrer dans les motifs de votre recours, pourriez-vous nous rappeler quels types de secrets sont définis dans la loi et quelles obligations s’y rapportent ?

Globalement, nous avons une loi sur les archives qui cherche à maintenir un équilibre entre la protection des secrets et le nécessaire accès aux archives produites par l’administration pour le travail historique. Les  archives publiques, c’est-à-dire l’ensemble des documents, mais aussi des données produites par l’État et par l’ensemble des administrations et des collectivités locales, sont librement communicables.

Il y a un principe fort inscrit dans la loi de libre accès aux archives, sauf exceptions. Parmi celles-ci, vous avez le secret commercial et industriel qui est protégé pendant vingt-cinq ans, le secret de la vie privée qui est protégé pendant cinquante ans et en ce qui nous concerne, le secret de la Défense nationale qui est également protégé pendant cinquante ans.

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France-Algérie : les essais nucléaires au cœur des questions mémorielles

61 ans après le premier essai nucléaire français dans le Sahara algérien, la question des indemnisations et de la décontamination des sites est toujours d’actualité.

Par , à Alger

À l’orée du Tanezrouft, le terrible « désert de la soif » embusqué dans le sud-ouest du Sahara algérien, il est difficile d’imaginer que là, à quelques encablures de la petite bourgade de Taourirt, ensevelie par l’ennui et la poussière, la France est devenue la quatrième puissance nucléaire. C’était un 13 février 1960, après son premier essai – le plus puissant premier essai nucléaire jamais réalisé – : l’opération Gerboise bleue et ses 70 kilotonnes de fracas et de radiations. Mais ce désert, dans la région de Reggane, n’est pas aussi désertique qu’il y paraît. L’essai nucléaire (quatre fois la puissance d’Hiroshima) s’effectue en présence de soldats et de journalistes français, d’ouvriers algériens, et tout proche (à peine 70 km) des villages alentour.

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Avoir 17 ans dans l’OAS, le combat perdu pour l’Algérie française

« L‘attentat qui m’a le plus marqué, ça a été au Cirque Monte-Carlo en septembre 1960. Là vous réagissez de manière brutale et bestiale ». Peu de temps après, Régis Guillem rejoignait l’Organisation armée secrète (OAS) qui allait à son tour ensanglanter l’Algérie.

Soixante ans après la création de l’OAS, le 11 février 1961, ces trois lettres restent associées aux pages les plus noires de la Guerre d’Algérie, entre insurrection pro-Algérie française et coups de force d’ultras de l’extrême droite qui débordèrent en métropole.

Pour Régis Guillem, jeune aide-comptable de Mostaganem (Ouest de l’Algérie), l’OAS devient alors l’ultime rempart contre le Front de libération nationale (FLN) qui mène lui-même une lutte sans merci pour l’indépendance de l’Algérie depuis 1954.

« A l’âge de 12 ans, j’avais déjà vu des têtes décapitées le long d’une voie ferrée. C’était des garde-barrière, le mari et la femme », raconte-t-il.

Mais le « déclic » qui le conduit à prendre les armes, ce sera l’attentat du Cirque Monte-Carlo à Mostaganem, qui fait cinq morts et une cinquantaine de blessés.

La voix de Régis Guillem, aujourd’hui âgé de 76 ans et directeur commercial à la retraite à Royan (Ouest de la France), se brise encore au souvenir de cette soirée-là.

« Quand mon ami a pris sa fiancée, qui était là, elle n’avait plus de jambes. La bombe était tombée sur elle », dit-il.

« Je me suis dit +maintenant ce sera oeil pour oeil, dent pour dent+ », ajoute le futur combattant de l’OAS, d’abord passé par Jeune Nation, un mouvement nationaliste révolutionnaire né en métropole qui s’implanta en Algérie à la fin de l’année 1956.

« Un travail à faire »

« A partir de ce moment-là, avec des amis, on a commencé à faire ce qu’on appelait du contre-terrorisme. Ensuite, l’OAS est arrivée, j’ai été recruté parce que j’avais déjà un petit commando », relate Régis Guillem.

« Récupération » de véhicules, d’armes, hold-up pour collecter des fonds: le jeune combattant de l’Algérie française participe d’abord à la logistique inhérente à toute organisation clandestine.

Passé de Mostaganem à la grande métropole voisine d’Oran, où la guérilla urbaine fait rage, il se retrouve aux prises avec les gardes mobiles, parfois dans de véritables combats de rue.

Mais il va aussi être associé à des opérations beaucoup plus musclées au coeur même de l’ADN de l’organisation: le « ciblage » et l’élimination des « adversaires » de l’Algérie française.

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Pour les appelés de la guerre d’Algérie, la plaie est toujours vive

Les lettres des jeunes appelés qu’a retrouvées l’historienne Raphaëlle Branche pour son dernier livre, “Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?”, le montrent : pour protéger leurs proches, ou par peur d’être jugés, beaucoup minimisaient les exactions. Aujourd’hui encore leurs blessures intimes ne sont pas refermées.

Fin janvier, l’historien Benjamin Stora remettait au président de la République son rapport pour une « réconciliation mémorielle » entre la France et l’Algérie. En excluant toute forme de repentance, il préconise un certain nombre d’initiatives concrètes, pour que ce passé soit regardé en commun par les deux pays, et enfin assumé. Près de soixante ans après la fin d’une guerre qui, longtemps, n’en porta pas même le nom, le sujet reste extrêmement sensible d’un point de vue géopolitique. Beaucoup plus intimement, il l’est aussi dans la mémoire de ceux qui y participèrent. Côté français, plus de 1,2 million de jeunes gens effectuèrent leur service militaire en Algérie entre 1954 et 1962. Mobilisés pendant vingt-huit mois, que racontaient-ils alors…

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Hommage à Jean-Claude Carrière

Ecrivain, scénariste, parolier, metteur en scène et acteur, Jean-Claude CARRIERE nous a quittés le 8 février.
Notre association tient à lui rendre hommage.
Lorsque nous avons organisé le colloque « La guerre d’Algérie au cinéma » le 5 octobre 2017, à l’Hôtel de Ville de Paris, lui-même ancien d’Algérie, était interviewé par notre ami commun Jean-Pierre FARKAS, membre de notre association également disparu.

Fidéle à leurs personnalités leurs échanges furent captivants ponctués d’anecdotes et d’humour en « vieux complices » comme ils se nommaient eux-mêmes.

Notre association salue sa mémoire et adresse à sa famille et à ses proches sa respectueuse sympathie.

Jean-Pierre LOUVEL, Président de l’EPHMGA

8 février 1962 : la police massacre des manifestants, métro Charonne

En ce début d’année, l’OAS (Organisation de l’armée secrète) milite pour le maintien de l’Algérie française. Elle organise une série d’attentats dont le dernier s’en prend au ministre Malraux. Une petite fille de 4 ans est défigurée pendant l’explosion. Dès le lendemain, des milliers de manifestants se rassemblent à Paris pour protester contre ces violences. Vers 19h30, une partie du cortège est séparée par la police et doit se replier vers le métro Charonne. Les manifestants sont massacrés par les forces de l’ordre.

Par N.S. – 08 févr. 2021 à 08:03 | mis à jour à 08:05 – Temps de lecture : 3 min

Le 8 février 1962, une manifestation est violemment réprimée, métro Charonne à Paris.

La France est alors en pleine guerre d’Algérie.

L’OAS (Organisation de l’armée secrète) milite pour le maintien de l’Algérie française.

En ce début d’année 1962, elle organise des séries d’attentats contre ceux qu’elle accuse de trahir la France.

La demeure de Jean-Paul Sartre est notamment visée dans la nuit du 6 au 7 janvier.

Un mois plus tard, le 7 février, dix charges plastiques explosent au domicile de diverses personnalités, dont André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles.

Ce dernier attentat défigure Delphine Renard, une jeune fillette de 4 ans qui vivait dans l’immeuble.

Ce drame bouleverse une partie de l’opinion publique.

La manifestation du 8 février.
Le lendemain, les syndicats CGT, CFTC, FEN, SNI et UNEF organisent une manifestation à Paris « contre le fascisme » et « pour la paix en Algérie ».

Mais la capitale est soumise au régime d’état d’urgence. Le gouvernement interdit le rassemblement.

Cela n’empêche pas 20 000 à 30 000 manifestants de descendre dans les rues de la ville à partir de 18H30.

Quelques accrochages avec la police éclatent, mais rien d’exceptionnel.

Une heure plus tard environ, les manifestants commencent à se disperser.

Le massacre de Charonne.
C’est alors que des policiers chargent le cortège près de la station de métro Charonne, boulevard Voltaire.

Une autre compagnie de CRS prend les manifestants en tenaille. Ceux-ci n’ont autre choix que de se diriger vers le métro.

Les forces de l’ordre se défoulent alors sur les manifestants. Les coups de matraque pleuvent.

Certains policiers arrachent les grilles d’aération du métro et celles protégeant les arbres, et les balancent sur la foule en contre-bas. Elles pèsent entre 20 et 40 kg.

On dénombre à la fin de la journée des centain

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